Un cri dans la forêt – Marin Ledun

Amis depuis la maternelle, Antonin et Lucas sont inséparables. Partis cueillir des champignons, ils décident de braver les interdits en dépassant les limites de la propriété familiale. La forêt les attire. Ils trouveront forcément leur bonheur au milieu des pins. Continuer la lecture de « Un cri dans la forêt – Marin Ledun »

En douce – Marin Ledun

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Ce 14 juillet 2015, la foule est réunie pour admirer le feu d’artifice à Begaarts-plage, une station balnéaire de la côte landaise. Mais la fête va mal tourner pour Simon Diez. Émilie a décidé d’en faire sa proie. Elle le séduit sur une piste de danse, bien consciente que sa prothèse de jambe intrigue les hommes. Puis, elle l’emmène dans son mobil-home situé dans un chenil perdu en pleine forêt et lui tire froidement une balle dans la jambe.

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Un vent de cendres – Sandrine Collette – Lu par Kriss Goupil

Octave, Andreas et Laure reviennent d’un mariage. L’ambiance est à la fête. Ils sont à bord d’une voiture décapotable et roulent vite, trop vite. Quand ils aperçoivent le camion qui a perdu son chargement au milieu de la route, il est trop tard. Laure meurt sur le coup.

10 ans plus tard. Andreas et Octave sont marqués à vie. Andreas ne sort jamais de chez lui. Il est à la tête d’un domaine viticole mais vit reclus dans une des ailes de l’immense demeure. Octave, lui, gère les affaires et donne les ordres à Lubin, l’ouvrier qui s’occupe de la propriété. Son visage est défiguré et il ne peut pas se déplacer sans sa cane.

C’est l’époque des vendanges. Les saisonniers arrivent. Des locaux mais aussi beaucoup de jeunes. Parmi eux, Malo et sa soeur Camille qui ressemble étrangement à Laure. Malo flaire tout de suite le danger. Le regard qu’Octave pose sur sa soeur ne lui plaît pas du tout et il le fait savoir. Camille est jeune et innocente. Elle ne se rend pas compte qu’il se passe des choses anormales autour d’elle.

La tension est palpable et va crescendo jusqu’au dénouement. Le mauvais pressentiment de Malo s’avère tout à fait justifié. Mais que va t-il se passer exactement ?

La voix de Kriss Goupil, à laquelle j’ai eu un peu de mal à m’habituer au départ car elle est aiguë, met en scène cette ambiance angoissante et oppressante de manière admirable. Elle apporte même un vrai plus au texte.

Il y a beaucoup de non-dits dans ce roman. L’imagination du lecteur tourne à plein régime pour interpréter les zones d’ombres. Mais comment imaginer un histoire aussi épouvantable ? Le cadre bucolique, les vignes, les vendanges, le travail difficile mais l’ambiance agréable et festive : rien ne laisse augurer une histoire noire comme celle que nous propose Sandrine Collette. On est bien loin des contes de fées auxquels le roman fait parfois référence…

COLLETTE, Sandrine, GOUPIL, Kriss, Un vent de cendres,CdL Éditions, 2015.

L’homme qui a vu l’homme – Marin Ledun

Une fois commencé, impossible de lâcher ce roman noir qui entraîne le lecteur à réfléchir sur la notion de démocratie à travers une sombre histoire de disparition dans le Nord du Pays basque.

Nous sommes à la fin du mois de janvier 2009. Jokin Sasco, un militant basque, n’a pas donné signe de vie depuis plusieurs jours. Sa famille, inquiète, organise une conférence de presse. Il faut dire que Jokin Sasco n’est pas le premier militant à être une victime de l’ombre. Trahisons, enlèvements, séquestrations et même tortures sont monnaie courante.

Qui agit ? Pour le compte de qui ? Dans quel but ? Qui finance ? Autant de questions auxquelles le journaliste Iban Urtiz va tenter de répondre. Etza Sasco, la soeur de Jokin, Éléa Biscaya, son ex petite-amie, et dans une moindre mesure le journaliste Marko Elisabe vont l’aider dans sa quête de vérité.

Iban se retrouve vité mêlé à une histoire qui le dépasse. Les basques ne se livrent pas si facilement à un Erdaldun, un étranger. Quant aux États français et espagnol, ils sont loin d’être clairs dans cette histoire et sont surtout prêts à tout pour que la vérité n’éclate pas au grand jour. Le journaliste, victime de pressions, d’intimidations puis de violences, va t-il parvenir à ses fins ou devenir lui aussi victime d’une guerre dont on n’identifie même plus clairement les opposants ?

Marin Ledun est un auteur qui n’a plus à faire ses preuves. Quand j’ai su qu’il avait écrit un roman sur les militants basques, j’ai tout de même été surprise de son audace. Je me suis demandée quelle allait être la réaction des basques justement. Visiblement, elle a été très positive et quand on lit le roman, on comprend pourquoi. L’auteur, avec le sérieux qui le caractérise, ne s’est pas attaqué à ce sujet à la légère. Inspiré de l’histoire vraie de la disparition d’un militant basque, Jon Anza, L’homme qui a vu l’homme est un roman dans lequel on apprend beaucoup de choses sur un sujet que peu de gens connaissent vraiment. Marin Ledun ne prend pas le parti des basques mais celui de la justice et de la démocratie. Cela donne un roman fort avec des personnages attachants qu’on n’a pas envie de quitter. Et ça tombe bien car mon petit doigt me dit qu’une suite se prépare.

LEDUN, Marin, L’homme qui a vu l’homme, Ombres noires, 2014.

Un petit bout d’enfer – Rachel Corenblit

Juliette a quatorze ans mais se comporte comme si elle en avait seize. Enfin c’est ce qu’elle croit… Elle a fait une trés grosse bêtise. Pour la punir, son père a décidé de l’envoyer pendant tout le mois de juillet chez sa grand-mère. Là-bas, pas de téléphone portable ni d’ordinateur. L’ennui mortel !

Un jour, la jeune fille sort seule pour faire quelques courses. Elle en profite pour se rendre au cinéma. Au moment où elle choisit un film interdit aux moins de seize ans, elle ne se doute pas que ce qui va heurter sa sensibilité, ce n’est pas ce qui va se passer à l’écran…

Un petit bout d’enfer, ce roman porte bien son nom. En 140 pages, il n’y a pas une seule lueur d’espoir. Dés le premier paragraphe, le lecteur est mis dans l’ambiance. Un homme est en proie au desespoir et à la folie. Petit à petit, on découvre son passé et on comprend un peu mieux comment il en est arrivé là. Juliette, elle, croise malencontreusement sa route et se fait entraîner dans une histoire digne des pires films d’horreur.

La construction est réussie : alternance de points de vue, retour sur le passé, etc. L’écriture ciselée donne un rythme dynamique au roman. Le supens et la tension sont entretenus jusqu’au bout. Mais malgré tout cela, je n’ai pas aimé Un petit bout d’enfer. Trop noir pour moi ! Il m’aurait sans doute fallu un peu d’espoir…

CORENBLIT, Rachel, Un petit bout d’enfer, Rouergue, 2009

Le cinquième clandestin – Marin Ledun

Une jeune femme africaine se jette du cinquième étage, rue Mouffetard, à Paris, avec un bébé de trois mois dans les bras. On conclut à un suicide sans essayer d’en comprendre les raisons. Personne ne la connait dans le quartier. Elle est sans-papier. Son proprétaire l’avait menacée de la dénoncer à la préfecture si elle ne payait pas son loyer. Tout cela semble suffisant pour expliquer une telle décision. Mais avec un enfant dans les bras, tout de même…

Quand Mona Cabriole, journaliste à Parisnews, se rend sur les lieux, elle croise le regard d’une jeune femme qui s’enfuit en courant dès qu’elle essaie de lui parler, remarque des comportements surprenants, écoute les gens et pressent que quelque chose de très grave se déroule dans le quartier. Elle veut en savoir plus. Ce suicide n’est pas clair…

Tout le monde semble mentir et fermer les yeux. La peur, les petits arrangements avec soi-même, les raisons de ce comportement sont toujours les mêmes… L’enquête de Mona la mène chez les marchands de sommeil, dans des sous-sols glauques et du côté de la clandestinité.

Roman noir, Le cinquième clandestin se transforme en thriller au fil des pages. Tout commence par une critique de notre société qui veut renvoyer les sans-papiers chez eux par charters mais n’hésite pas à les faire travailler dans les pires conditions pour trois fois rien ou à leur louer des chambres insalubres. Et puis l’enquête de Mona avance, la journaliste se rend compte que le sujet sur lequel elle travaille est vraiment trés dangereux, elle prend de plus en plus de risques pour comprendre et surtout obtenir des preuves. Le lecteur, lui, se demande bien comment elle va se sortir de tout cela.

Un roman trés court qui se dévore du début à la fin !

LEDUN, Marin, Le cinquième clandestin, La Tengo éditions, 2009.

Luz – Marin Ledun

Ce premier dimanche des vacances d’été ressemble malheureusement trop à bon nombre de dimanches pour Luz. Les adultes n’en finissent pas de manger et surtout de boire. Et puis, il y a Vanier, ce voisin qu’elle ne peut pas voir avec son ventre proéminent, ses grosses mains, son odeur de sueur et d’alcool et ses réflexions déplacées.

La chaleur est épouvantable. Luz décide d’aller se baigner sur les rives de la Volte. Là-bas, elle espére retrouver ses soeurs mais apparement, elles ne sont pas là. Elle tombe par hasard sur Thomas, un élève de sa classe qu’elle ne connaît pas bien. Il est accompagné de Manon, une amie. Tous les trois décident de longer un peu la rivière pour rejoindre un endroit plus calme. C’est un lieu difficile d’accès et donc moins fréquenté. A partir de ce moment là, les ennuis commencent. Ce qui ne devait être qu’un dimanche après-midi de plus, semblable aux autres, se transforme petit à petit en un véritable cauchemar.

Luz est une adolescente comme beaucoup d’autres. Elle est en pleine période de conflit avec ses parents et se cherche un peu du point de vue de la personnalité. Néanmoins, elle est mature pour son âge et porte un regard très lucide sur son entourage. Tout ce qui lui arrive lui permet de grandir encore un peu plus et de voir son père et sa mère d’un autre oeil.

Ce roman noir m’a tenue en haleine du début à la fin. L’angoisse est palpable. La chaleur étouffante ajoute une tension supplémentaire à cette histoire dramatique. On ne s’ennuie pas un seul instant et on tourne chaque page en se demandant comment tout cela va se terminer. L’adolescence n’est pas une période facile, on le sait, et les conduites à risque peuvent avoir de graves conséquences. Ce qui est encore plus grave, c’est quand les adultes eux-mêmes n’ont pas une attitude responsable.

L’écriture de Marin Ledun est très travaillée. On sent une recherche au niveau de la construction des phrases et du vocabulaire. Ce roman pour ados est tout aussi réussi que Les visages écrasés ou Fractale, textes destinés aux adultes. Si vous ne connaissez pas l’auteur, je vous le conseille vivement !

Extrait :

« Les pentes ravinées cèdent la place à des massifs d’essences variées qui s’épanouissent au pied de la vallée encaissée de la Volte. Luz escalade un pierrier et gagne l’ombre des saules, des chênes verts et des accacias, au rythme des riffs de guitare et de la voix adolescente de Matthew Bellamy. L’herbe sèche craque sous ses pieds. Des genêts aux fleurs fanées saturées de sauterelles et de guêpes bordent le sentier qui mène à la rivière. Plus bas, elle repère les traces d’un feu de camp. Des canettes gisent au milieu des cendres froides. Elle se prend à rêver d’un jour où elle n’aura plus besoin d’une permission pour venir ici et où elle se baignera à la belle étoile avec ses amis. » p. 23

LEDUN, Marin, Luz, Syros, 2012.

Les visages écrasés – Marin Ledun

Carole Matthieu est médecin du travail dans un centre d’appel où on vend des forfaits Internet à 29,90€ par mois et où les employés, casque sur l’oreille, tentent de répondre aux doléances des clients. Dans son cabinet, elle reçoit à longueur de journées des salariés  qui n’en peuvent plus de la pression exercée sur eux et des conditions de travail effroyables qu’ils subissent quotidiennement. Elle les écoute, prescrit des médicaments, les renvoit vers des psychiatres et surtout, fait des rapports à sa hiérarchie. Mais ses supérieurs s’en moquent. Pour eux, elle est plutôt un frein qui les empêche d’exercer leur travail comme ils le souhaitent c’est-à-dire en mettant la pression aux autres et en usant et abusant de la bassesse et de la lâcheté.

Vincent Fournier est un des salariés que Carole Matthieu voit régulièrement en consultation. Il est épuisé, a perdu 16 kilos en deux mois et les traitements ne font aucun effet. Ancien cadre, il a été reconvertit en opérateur. Un jour, il a tenté d’étrangler sa chef. Il n’en pouvait plus de cette plate-forme téléphonique où on lui reprochait de ne pas être assez performant. Il a été muté ailleurs mais les conditions de travail sont toujours les mêmes.

D’autres employés ont décidé d’en finir et de passer à l’acte : ils se sont suicidés. Que va t-il se passer pour Vincent Fournier ? Et le Docteur Matthieu, comment fait-elle pour supporter la souffrance des autres ? Comment vit-elle l’absurdité du monde du travail ?

Un conseil, si le sujet vous intéresse ne cherchez pas à en savoir plus et lisez ce roman. Je l’ai dévoré. J’avais du mal à le lâcher et j’aurais aimé avoir suffisament de temps devant moi pour le lire d’une traite ou presque. Cela faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé !

Les visages écrasés dresse un portrait très sombre -mais malheureusement très réaliste- du monde de l’entreprise. La logique économique domine. Il n’y a aucune humanité. Les salariés sont des numéros dont on doit tirer le maximum. La direction est chargée d’assurer le bon fonctionnement de cette logique absurde. Elle surveille, met la pression, sanctionne. Les syndicats ne savent pas quelle attitude adopter et jouent parfois le jeu de l’entreprise. Tensions et violences psychologiques font partie du quotidien.

C’est toute la mécanique implacable du monde du travail que Marin Ledun s’attache à décrire ici. Les dossiers médicaux et les rapports du Docteur Matthieu sont là pour montrer « l’autre histoire », celle des hommes et des femmes broyés par leur travail. Parce que bien entendu, l’entreprise aimerait bien cacher tout cela et dire que les problèmes de ses salariès sont d’ordre strictement personnels.

Ancien employé de France Télécom Marin Ledun sait de quoi il parle. Son roman aurait cependant pu avoir pour cadre bon nombre d’autres entreprises…

Extrait :

« Le problème, ce sont ces fichues règles de travail qui changent toutes les semaines. Ces projets montés en quelques jours, annoncés priorité-numéro-un, et abandonnés trois semaines plus tard sans que personne ne sache vraiment pourquoi, sur un simple coup de fil de la direction. La valse silencieuse des responsables d’équipes, toujours plus jeunes et plus inflexibles, mutés dans une autre agaence ou partis par la petite porte. Cette tension permanente suscitée par l’affichage des résultats de chaque salarié, les coups d’oeil en biais, les suspicions, le doute permanent qui ronge les rapports entre collègues, les heures supplémentaires effectuées pour ne pas déstabiliser l’équipe, le planning qui s’inverse au gré des mobilités, des résulats financiers et des ordres hebdomadaires. […] L’infantilisation, les sucettes comme récompenses, les avertissements comme punition. […] Le problème c’est l’organisation du travail et ses extensions. » p. 19-20

LEDUN, Marin, Les visages écrasés, Seuil, 2011.

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