L’assassin qui revait d’une place au paradis – Jonas Jonasson – Lu par Féodor Atkine

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Après un séjour de plusieurs dizaines d’années en prison, Dédé le meurtrier décide de reprendre du service. Il s’installe dans un ancien lupanar transformé en pension et casse des bras de temps en temps pour gagner de l’argent. Continuer la lecture de « L’assassin qui revait d’une place au paradis – Jonas Jonasson – Lu par Féodor Atkine »

D’après une histoire vraie – Delphine de Vigan – Lu par Marianne Epin

J’ai eu un vrai coup de coeur pour la version papier de D’après une histoire vraie en octobre dernier. Quand j’ai su qu’il faisait partie de la sélection du prix audiolib auquel je participe pour la 3ème année consécutive et que la lectrice était Marianne Epin, j’étais vraiment heureuse d’avoir l’occasion de le relire.

Pour l’intrigue, je vous renvoie à mon billet de l’époque. Marianne Epin qui lit également Rien ne s’oppose à la nuit, du même auteur, est une lectrice de talent. Elle sait donner vie à la narratrice. J’ai d’ailleurs été surprise d’entendre la vraie voix de Delphine de Vigan dans l’entretien qui se trouve à la fin du livre.

Cette relecture m’a permis de me concentrer sur des aspects du roman auxquels je n’avais pas forcément prêté attention la première fois. Ainsi, je me suis aperçue que L., la femme que rencontre la narratrice et qui a une emprise très importante sur sa vie, n’était pas une initiale de prénom choisie au hasard. L. c’est aussi Elle (le double de l’auteur ?), et à l’oral, c’est vraiment flagrant.

J’ai beaucoup apprécié l’entretien avec l’auteur. J’aurais même aimé qu’il soit un peu plus long. On n’en trouve pas dans tous les livres audios mais quand il y en a, c’est un vrai plus. Cela permet de prendre du recul sur l’oeuvre et de la remettre en perspective.

DE VIGAN, Delphine, EPIN, Marianne, D’après une histoire vraie, Audiolib, 2015.

On regrettera plus tard – Agnès Ledig

Un soir d’orage, alors qu’elle lit confortablement emmitouflée dans une couverture, Valentine entend frapper de grands coups à sa porte. Armée d’une poêle en fonte pour se défendre en cas de besoin, elle ouvre et découvre un homme trempé, une fillette dans les bras.

Anna-Ninna est fiévreuse et ne tient plus debout. Valentine s’occupe d’elle et appelle le médecin pendant que l’homme, qui s’appelle Eric, part s’occuper de ses chevaux avec un voisin.

Anna-Nina et Eric parcourent la France à bord d’une roulotte depuis de nombreuses années. L’orage a fortement endommagé leur ni douillet et  Valentine leur propose de les loger le temps qu’Eric puisse effectuer les réparations.

Valentine est enseignante. Elle vit seule et en souffre. Très vite, elle s’attache à Anna-Nina. Elle l’emmène dans sa classe et la fillette, qui a tout appris aux côtés de son père, découvre pour la première fois l’école et la vie en collectivité. C’est un réel plaisir pour elle.

Son père en revanche est moins enthousiaste. Il est habitué à passer 24h/24 seul avec sa fille et depuis qu’il est arrivé chez Valentine, il a l’impression qu’Anna-Nina lui échappe. Même s’il sait que ce moment devait arriver un jour où l’autre, il en souffre.

Éric est habitué à vivre au rythme de la nature et ne parle pas beaucoup. Il fuit les questions que Valentine lui pose sur les raisons de son mode de vie atypique. Contrairement à lui, cette dernière est toujours en activité. Elle travaille, jardine, bricole, fait des conserves pour l’hiver, lit, etc. Sa soif d’activité cache une immense souffrance.

Dès les premières pages, le lecteur sait que ces deux là ne se sont pas rencontrés par hasard. Ils doutent d’eux-mêmes, s’attirent, se repoussent et essaient d’avancer comme ils peuvent. Ce sont des écorchés vifs que la vie n’a pas épargné. Peut être comme chacun d’entre nous en somme.

Autour d’eux, gravitent trois personnages secondaires : une femme enceinte emprisonnée pendant la guerre dont on ne découvre le lien avec le reste de l’histoire que vers la fin du roman, l’ami intime de Valentine depuis le lycée et un voisin qui la considère comme sa fille . Eux aussi ont beaucoup de profondeur psychologique. On aurait presque envie de les rencontrer pour discuter un moment.

J’ai dévoré ce roman en quelques heures et je l’ai refermé à fleur de peau, regrettant de devoir quitter ces personnages si attachants. J’ai aimé leur mode de vie simple et leur parler vrai. J’ai aimé aussi leurs failles et leurs tentatives pour aller de l’avant.

Certains reprocheront à On ne regrettera plus tard sa facilité, au niveau du style comme de l’intrigue, et son dénouement attendue. Ils auront sans doute un peu raison mais qu’est-ce que ça fait du bien de lire le sourire aux lèvres et le coeur gonflé d’espoir pour l’avenir !

Leiloona a beaucoup aimé elle aussi.

LEDIG, Agnès, On regrettera plus tard, Albin Michel, 2016.

Refuges – Annelise Heurtier

Mila, une jeune italienne, vient passer ses vacances avec ses parents à Lampedusa, l’île de son enfance. Depuis qu’elle a perdu son frère et que sa mère a sombré, la famille n’est jamais revenue dans ce lieu paradisiaque. Mila se souvient des bons moments passés en compagnie de sa grand-mère et espère retrouver un peu de bien être et de sérénité sur l’île.

Ses parents ont décidé de donner un coup de neuf à la maison en repeignant les murs. Pour elle, pas question de rester avec eux, l’ambiance est bien trop triste. Elle préfère parcourir l’île à vélo, seule, s’arrêtant ici où là au grè de ses envies.

Par l’intermédiaire d’une connaissance commune, Mila rencontre Paola, une jeune fille de son âge qui travaille sur l’île tous les étés. Cette dernière a l’air heureuse, épanouie et sûre d’elle. Mila aimerait bien être pareille.

Parallèlement à l’histoire de cette adolescente, on découvre celles de migrants ayant fuit l’Erythrée pour rejoindre l’Europe. Lampedusa est un endroit tristement connu aujourd’hui en raison de sa situation géographique stratégique pour ceux qui espèrent une vie plus décente sur le vieux continent. A l’époque où ce déroule cette fiction, en 2006, les médias en parlaient encore peu.

Les jeunes hommes dont il est question ici ont une rage de vivre incroyable et sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins. Ont-ils vraiment d’autres choix ? La vie qu’ils mènent depuis leur naissance dans la Corne de l’Afrique n’en est pas une…

Comment l’histoire de Mila et celle de ces migrants se rejoignent-elles ? Il vous faudra lire ce magnifique roman jusqu’aux dernières lignes pour le savoir et comprendre pleinement son titre, Refuges.

Le personnage de Mila est attachant. Pleine de doutes et de désespoir, on la voit évoluer et s’interroger au fil des pages jusqu’à ce qu’elle trouve enfin son chemin. Quant aux autres personnages, les migrants, ils sont plus nombreux et leurs trajectoires sont moins détaillées mais elles sont évoquées avec pudeur et on en sait suffisament pour imaginer le reste.

J’ai été envoûtée du début à la fin par cette histoire de vie remplie de sensibilité et d’empathie. On referme le livre le sourire aux lèvres et le coeur rempli d’espoir malgré le sujet extrêmement difficile.

« Ugo a arrêté de se détruire, parce qu’il n’espère plus de choses impossibles. Il a compris, nous avons compris, que la seule issue que l’ont ait, c’est de faire avec. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille se résigner, ou faire comme si ça n’existait pas. On fait ce qu’on peut faire avec nos moyens. » p. 222

HEURTIER, Annelise, Refuges, Casterman, 2015.

Mémoire de fille -Annie Ernaux

Annie Ernaux fait partie de ces très rares écrivains dont j’achète les romans sans même savoir de quoi il est question. Dans Mémoire de fille, je savais qu’elle parlait de sa première expérience sexuelle, rien de plus. Avec un autre auteur, je me serais peut être méfiée du sujet. Avec elle, je savais que je pouvais y aller les yeux fermés.

Longtemps, Annie Ernaux a essayé d’écrire ce livre sans jamais y parvenir. Ce qui s’est passé cet été là, et surtout la façon dont cela s’est déroulé, est un tel objet de honte qu’il est difficile d’en parler ou d’écrire de manière directe sur le sujet.

Celle qui s’appellait alors Annie Duchesne, et qu’Annie Ernaux appelle dans ce texte « la fille de 58 » ou « elle », est tombée amoureuse de H., le moniteur-chef de la colonie de vacances dans laquelle elle travaillait cet été là. Ils ont passé la nuit ensemble, elle a découvert à quoi ressemblait un sexe d’homme, et le lendemain, il l’a rejetée pour une autre. Cette autre, c’est la fille parfaite pour Annie Duchesne. Elle est élégante et exerce le métier d’institutrice. Pour la fille d’épicier-cafetier, elle est le symbole de la réussite sociale, un idéal à atteindre.

La fille de 58, 10 avant mai 1968 et la libération sexuelle, s’est alors laissée aller dans les bras d’autres hommes. Des hommes qui lui étaient tous indifférents. Dans sa tête, il n’y avait qu’ H. A la colonie, elle devient la risée des autres moniteurs, la fille facile, la putain. Mais elle s’en moque et suit son chemin. Ce n’est qu’une fois la rentrée passée, alors qu’elle a quitté l’école religieuse d’Yvetot pour le lycée Jeanne d’Arc de Rouen, qu’elle prend du recul sur son comportement et que la honte l’envahie.

Comme toujours avec Annie Ernaux, chaque phrase, chaque mot, chaque verbe, chaque adjectif est choisi avec soin. La mémoire ne sert qu’à donner l’image la plus proche possible de la réalité. Il est souvent nécessaire de relire plusieurs fois certains passages pour en saisir toute la portée. L’auteur nous donne quelques clés, faisant ça et là quelques remarques sur son travail d’écriture.

Les va-et-vient incessants entre le passé et le présent donnent à Mémoire de fille une dimension vraiment intéressante. On mesure tout l’écart qu’il y a entre la société de la fin des années 1950 et aujourd’hui. Mais on observe surtout comment cette première expérience sexuelle a été un évènement marquant dans la vie d’Annie Duchesne et a influencé l’évolution et les choix de vie de celle qui deviendra quelques années plus tard Annie Ernaux. Un roman qui fait désormais partie de mes indispensables !

 ERNAUX, Annie, Mémoire de fille, Gallimard, 2016.

Vernon Subutex 1 – Virginie Despentes – Lu par Jacques Frantz

Vernon Subutex, ancien disquaire, approche de la cinquantaine et n’a plus de travail. Il s’est petit à petit coupé du monde et vit replié sur lui même. Il n’a plus d’argent pour payer son loyer alors pas question de se donner rendez-vous au restaurant ou au café avec les copains. Il passe ses journées à écouter de la musique ou à glander devant l’ordinateur. 

Dans le passé, tout un petit monde gravitait autour de Vernon. Sexe, drogue, rock’n’roll, voilà en quoi consistait son univers. Aujourd’hui, il a besoin d’aide mais ses copains ont tous suivi des routes différentes et ils ne semblent plus avoir grand chose en commun. L’un d’entre eux est devenu un chanteur célèbre. Un autre est marié et englué dans une vie qui ne lui convient pas. D’autres sont morts, fréquentent le milieu du cinéma ou du porno.

Anti-héros, Vernon Subutex n’attend plus grand chose de la vie. Autour de ce personnage central, gravitent de très nombreux personnages secondaires qui sont l’occasion pour Virginie Despentes de décrire, à travers des trajectoires de vie, les dérives de notre société. Consommation à outrance, drogues, cinéma, pornographie, politique, économie, religion, égoïsme, tout y passe avec un regard froid et sans concessions.

Si j’ai eu du mal à m’intéresser à ce roman au départ en raison de la multiplicité des personnages, j’ai finalement été complètement conquise. Les propos acerbes sur notre société lus par Jacques Frantz m’ont véritablement emportée. Dans ces passages, le rythme s’accèlère, la colère et le dégoût ressortent dans la voix. Quelle prestation remarquable !

Vernon Subutex est un roman extrêmement sombre, parfois vulgaire, souvent glauque. C’est d’ailleurs ce que lui reprochent certains lecteurs. L’univers dépeint dans le roman est tellement trash et repoussant qu’il peut mettre mal à l’aise. Mais le propos est d’une lucidité indéniable et c’est en cela que je l’ai apprécié. Dans mon esprit, le dénouement est assez clair. Je verrai bien si je me suis trompée en lisant la suite !

Les avis d’Enna, Sandrine, Sylire, Estelle et Meuraïe.

DESPENTES, Virginie, FRANTZ, Jacques, Vernon Subutex 1, Audiolib, 2016.

Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie

Ifemelu vit en couple avec Obinze depuis plusieurs mois lorsqu’elle décide de partir aux États-Unis pour poursuivre ses études. Dans son université, au Nigéria, ses professeurs sont très souvent en grève et la jeune femme aspire à une autre vie. Obinze, qui rêve depuis longtemps de ce pays, la rejoindra plus tard.

Sur le continent américain, Ifemelu prend conscience du fait qu’elle est noire. Jusqu’ici, elle n’avait jamais pensé à sa couleur de peau. Elle n’arrive pas à trouver de travail pour financer ses études et va de désillusions en désillusions. Du jour au lendemain, elle ne donne plus de nouvelles à Obinze qui l’a pourtant beaucoup soutenue à son arrivée. Elle ne répond ni à ses appels ni à ses mails. Ce qu’elle est devenue est trop éloigné de ce qu’elle espérait en décidant de quitter le Nigéria.

Pendant quinze ans, elle essaie de trouver sa place. Elle vit en couple, travaille, possède un cercle d’amis. En apparence, elle s’est intégrée. Mais dans la réalité, Ifemelu se sent souvent en décalage par rapport au monde qui l’entoure. Elle ouvre un blog dans lequel elle parle du racisme, de la discrimination, des noirs américains et des noirs non américains, du défrisage ou non des cheveux des femmes noires, etc. Chaque jour, de nombreux visiteurs laissent des commentaire et le blog finit par être une source de revenus pour elle.

De son côté, Obinze trace aussi son chemin, en Angleterre puis au Nigéria.

Au moment où commence le roman, Ifemelu a décidé de quitter son petit ami américain et de retourner vivre au Nigéria. Elle raconte donc son expérience aux USA avec du recul. Le ton est souvent acerbe mais Ifemelu est une jeune femme dynamique qui se laisse rarement abattre. Elle rebondit et l’humour, omniprésent, rend le livre très agréable à lire.

J’ai beaucoup aimé Americanah. Le point de vue d’Ifemelu sur les problèmes liés à la race est intéressant. La pertinence de son regard sur l’Occident et ses paradoxes donne une réelle profondeur au livre même si, parfois, le propos est répétitif et rend certains passages un peu longs. La vie d’Ifemelu n’est pas sans intérêt non plus. On tourne les pages avec l’envie de savoir ce qu’elle va devenir et quelques surprises viennent agrémenter le dénouement.

Un livre à découvrir pour son propos sur la négritude mais aussi la vie d’une femme qui n’a pas sa langue dans sa poche.

C’est un pavé qu’Enna a dévoré.

Pour Leiloona, « on ressort de cette lecture grandi ».

Jérôme se « demande quand même pourquoi [il] ne [s’est] pas davantage laissé embarquer par ce texte moderne et enlevé. Peut-être parce qu’il est trop féminin. Peut-être parce que [ses] références sur la condition noire sont venues parasiter [sa] lecture. […] Quoi qu’il en soit, [il] ne regrette pas une seconde d’avoir découvert ce roman-fleuve et la voix d’une auteure à la personnalité très marquée ». Il vous propose également plusieurs liens pour découvrir d’autres avis.

NGOZI ADICHIE, Chimamanda, Americanah, Gallimard, 2015.

L’heure des bilans a sonné

Nous sommes le 31 décembre et l’heure des bilans a sonné. Voici donc les livres qui ont marqué mon année 2014. Un petit clic sur la couverture et vous pourrez lire le billet complet.

Dans la catégorie « les livres qui me parlent » :

Dans la catégorie « Je me suis pris une claque » :

Dans la catégorie « Ces livres qui font du bien » :

Dans la catégorie « Ils me font courir plus vite quand je les écoute en faisant mon footing » :

Dans la catégorie « Je les ai fait découvrir à mes élèves et ils ont adoré » :

 

Dans la catégorie « ces romans jeunesse dont on n’a pas assez entendu parler » :

Dans la catégorie « je suis impatiente de découvrir la suite » :

Dans la catégorie « soif d’aventures » :

Dans la catégorie « je devrais lire plus souvent des BD » :

Dans la catégorie « auteurs au talent formidable » :

Dans la catégorie « album magnifique » :

 

Sur la route de Blue Earth – Joseph Monninger

Hattie et Dolorès s’ennuient ferme dans la petite ville du New Hamsphire dans laquelle elles habitent. Toutes les deux passionnées de chevaux, elles travaillent dans un ranch. Quand elles apprennent que Speed, le cheval préféré d’Hattie, va être euthanasié car il est trop vieux, les deux jeunes filles décident de s’enfuir avec lui.

A bord d’un vieux pick up, elles prennent la direction des grandes plaines de l’Ouest. Là bas, elles souhaitent trouver un endroit où Speed sera heureux au milieu des autres chevaux. L’animal a passé sa vie dans des centres équestres à tourner en rond dans des manèges, un enfant sur le dos. Hattie aimerait bien qu’une fois dans sa vie, il se sente libre.

Le sauvetage de Speed est également un prétexte pour fuir une vie compliquée. Dolorès a des relations très difficiles avec sa mère qui l’a jetée dehors depuis qu’elle a un nouvel homme dans sa vie. Ce road trip est l’occasion pour les deux amies de prendre du recul sur leur vie, de grandir et de prendre des décisions importantes.

Sur la route de Blues Earth est un roman jeunesse bien écrit et agréable à lire. C’est aussi une belle histoire d’amitié qui plaira aux amoureux des chevaux et aux ados qui se cherchent et ont soif de liberté. La première partie du voyage est malheureusement un peu longue. A partir, du moment où Hattie et Dolorès font des rencontres, le roman devient plus intéressant. Dommage que ces rencontres n’aient pas été exploitées plus tôt. L’emsemble est tout de même très bon et je ne manquerai pas de conseiller ce livre à mes élèves.

MONNINGER, Joseph, Sur la route de Blue Earth, Flammarion, 2014.

Au revoir là-haut – Pierre Lemaître

Ne jamais dire : « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau »…

Depuis de nombreuses années déjà, le prix Goncourt et moi sommes fâchés. Trop de grosses déceptions, trop d’enjeux commerciaux, trop de tapage médiatique. Je ne lis donc plus les romans primés par le prestigieux jury. Sauf que cette fois-ci, je n’avais pas vraiment le choix : Au revoir là-haut, fait partie des titres sélectionnés pour le prix audiolib 2014 auquel je participe. Et cette lecture audio fut une heureuse surprise !

Le roman débute à la fin de la Première Guerre mondiale, quelques jours avant l’armistice. Albert est prisonnier d’un trou d’obus et va mourir enterré vivant. Édouard lui sauve la vie au prix de son visage : il devient une gueule cassée. Les deux hommes, qui ne se connaissaient pas auparavant, deviennent amis et prennent leur revanche sur toutes les atrocités qu’ils ont subies. Eux qui avaient des valeurs et une morale montent une escroquerie à peine croyable.

Le capitaine d’Aulnay-Pradelle, un sale type qui n’hésite pas à mettre en péril la vie de ses soldats pour monter en grade, sort indemne de la guerre. Pire, il gagne énormément d’argent sur le dos des poilus morts pour la France. Autour de lui, gravitent tout un tas de personnages qu’il domine ou pense dominer.

A travers cette histoire tragique, Pierre Lemaître décrit toute la société de l’après-guerre. Son roman, extrêmement documenté, plonge le lecteur cent ans en arrière. Tous les milieux sociaux sont représentés et si, les hommes tiennent une place prépondérante, on sent l’importance du rôle des femmes. Le caractère des personnages, leur histoire personnelle, sont merveilleusement bien décrits et replacés dans le contexte de l’époque.

Le roman est écrit de telle façon que le suspens est entretenu jusqu’au dernier moment. Ce n’est pas un polar mais on sent que l’auteur maîtrise le genre et s’en est servi. Malgré certains passages un peu longs et ennuyeux, j’avais hâte d’arriver à la fin pour savoir jusqu’où Albert et Edouard allaient aller dans leur arnaque et comment le capitaine d’Aulnay-Pradelle allait finir sa vie. 

La voix de Pierre Lemaître est parfois un peu monotone et certains passages paraissent d’autant plus longs. Elle rend par contre très bien compte du caractère tragique de la destinée des personnages du roman.

Au final, c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai écouté ce roman pendant presque 17h !

LEMAITRE, Pierre, Au revoir là-haut, Audiolib, 2014.

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