Vernon Subutex 1 – Virginie Despentes – Lu par Jacques Frantz

Vernon Subutex, ancien disquaire, approche de la cinquantaine et n’a plus de travail. Il s’est petit à petit coupé du monde et vit replié sur lui même. Il n’a plus d’argent pour payer son loyer alors pas question de se donner rendez-vous au restaurant ou au café avec les copains. Il passe ses journées à écouter de la musique ou à glander devant l’ordinateur. 

Dans le passé, tout un petit monde gravitait autour de Vernon. Sexe, drogue, rock’n’roll, voilà en quoi consistait son univers. Aujourd’hui, il a besoin d’aide mais ses copains ont tous suivi des routes différentes et ils ne semblent plus avoir grand chose en commun. L’un d’entre eux est devenu un chanteur célèbre. Un autre est marié et englué dans une vie qui ne lui convient pas. D’autres sont morts, fréquentent le milieu du cinéma ou du porno.

Anti-héros, Vernon Subutex n’attend plus grand chose de la vie. Autour de ce personnage central, gravitent de très nombreux personnages secondaires qui sont l’occasion pour Virginie Despentes de décrire, à travers des trajectoires de vie, les dérives de notre société. Consommation à outrance, drogues, cinéma, pornographie, politique, économie, religion, égoïsme, tout y passe avec un regard froid et sans concessions.

Si j’ai eu du mal à m’intéresser à ce roman au départ en raison de la multiplicité des personnages, j’ai finalement été complètement conquise. Les propos acerbes sur notre société lus par Jacques Frantz m’ont véritablement emportée. Dans ces passages, le rythme s’accèlère, la colère et le dégoût ressortent dans la voix. Quelle prestation remarquable !

Vernon Subutex est un roman extrêmement sombre, parfois vulgaire, souvent glauque. C’est d’ailleurs ce que lui reprochent certains lecteurs. L’univers dépeint dans le roman est tellement trash et repoussant qu’il peut mettre mal à l’aise. Mais le propos est d’une lucidité indéniable et c’est en cela que je l’ai apprécié. Dans mon esprit, le dénouement est assez clair. Je verrai bien si je me suis trompée en lisant la suite !

Les avis d’Enna, Sandrine, Sylire, Estelle et Meuraïe.

DESPENTES, Virginie, FRANTZ, Jacques, Vernon Subutex 1, Audiolib, 2016.

Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie

Ifemelu vit en couple avec Obinze depuis plusieurs mois lorsqu’elle décide de partir aux États-Unis pour poursuivre ses études. Dans son université, au Nigéria, ses professeurs sont très souvent en grève et la jeune femme aspire à une autre vie. Obinze, qui rêve depuis longtemps de ce pays, la rejoindra plus tard.

Sur le continent américain, Ifemelu prend conscience du fait qu’elle est noire. Jusqu’ici, elle n’avait jamais pensé à sa couleur de peau. Elle n’arrive pas à trouver de travail pour financer ses études et va de désillusions en désillusions. Du jour au lendemain, elle ne donne plus de nouvelles à Obinze qui l’a pourtant beaucoup soutenue à son arrivée. Elle ne répond ni à ses appels ni à ses mails. Ce qu’elle est devenue est trop éloigné de ce qu’elle espérait en décidant de quitter le Nigéria.

Pendant quinze ans, elle essaie de trouver sa place. Elle vit en couple, travaille, possède un cercle d’amis. En apparence, elle s’est intégrée. Mais dans la réalité, Ifemelu se sent souvent en décalage par rapport au monde qui l’entoure. Elle ouvre un blog dans lequel elle parle du racisme, de la discrimination, des noirs américains et des noirs non américains, du défrisage ou non des cheveux des femmes noires, etc. Chaque jour, de nombreux visiteurs laissent des commentaire et le blog finit par être une source de revenus pour elle.

De son côté, Obinze trace aussi son chemin, en Angleterre puis au Nigéria.

Au moment où commence le roman, Ifemelu a décidé de quitter son petit ami américain et de retourner vivre au Nigéria. Elle raconte donc son expérience aux USA avec du recul. Le ton est souvent acerbe mais Ifemelu est une jeune femme dynamique qui se laisse rarement abattre. Elle rebondit et l’humour, omniprésent, rend le livre très agréable à lire.

J’ai beaucoup aimé Americanah. Le point de vue d’Ifemelu sur les problèmes liés à la race est intéressant. La pertinence de son regard sur l’Occident et ses paradoxes donne une réelle profondeur au livre même si, parfois, le propos est répétitif et rend certains passages un peu longs. La vie d’Ifemelu n’est pas sans intérêt non plus. On tourne les pages avec l’envie de savoir ce qu’elle va devenir et quelques surprises viennent agrémenter le dénouement.

Un livre à découvrir pour son propos sur la négritude mais aussi la vie d’une femme qui n’a pas sa langue dans sa poche.

C’est un pavé qu’Enna a dévoré.

Pour Leiloona, « on ressort de cette lecture grandi ».

Jérôme se « demande quand même pourquoi [il] ne [s’est] pas davantage laissé embarquer par ce texte moderne et enlevé. Peut-être parce qu’il est trop féminin. Peut-être parce que [ses] références sur la condition noire sont venues parasiter [sa] lecture. […] Quoi qu’il en soit, [il] ne regrette pas une seconde d’avoir découvert ce roman-fleuve et la voix d’une auteure à la personnalité très marquée ». Il vous propose également plusieurs liens pour découvrir d’autres avis.

NGOZI ADICHIE, Chimamanda, Americanah, Gallimard, 2015.

L’heure des bilans a sonné

Nous sommes le 31 décembre et l’heure des bilans a sonné. Voici donc les livres qui ont marqué mon année 2014. Un petit clic sur la couverture et vous pourrez lire le billet complet.

Dans la catégorie « les livres qui me parlent » :

Dans la catégorie « Je me suis pris une claque » :

Dans la catégorie « Ces livres qui font du bien » :

Dans la catégorie « Ils me font courir plus vite quand je les écoute en faisant mon footing » :

Dans la catégorie « Je les ai fait découvrir à mes élèves et ils ont adoré » :

 

Dans la catégorie « ces romans jeunesse dont on n’a pas assez entendu parler » :

Dans la catégorie « je suis impatiente de découvrir la suite » :

Dans la catégorie « soif d’aventures » :

Dans la catégorie « je devrais lire plus souvent des BD » :

Dans la catégorie « auteurs au talent formidable » :

Dans la catégorie « album magnifique » :

 

Sur la route de Blue Earth – Joseph Monninger

Hattie et Dolorès s’ennuient ferme dans la petite ville du New Hamsphire dans laquelle elles habitent. Toutes les deux passionnées de chevaux, elles travaillent dans un ranch. Quand elles apprennent que Speed, le cheval préféré d’Hattie, va être euthanasié car il est trop vieux, les deux jeunes filles décident de s’enfuir avec lui.

A bord d’un vieux pick up, elles prennent la direction des grandes plaines de l’Ouest. Là bas, elles souhaitent trouver un endroit où Speed sera heureux au milieu des autres chevaux. L’animal a passé sa vie dans des centres équestres à tourner en rond dans des manèges, un enfant sur le dos. Hattie aimerait bien qu’une fois dans sa vie, il se sente libre.

Le sauvetage de Speed est également un prétexte pour fuir une vie compliquée. Dolorès a des relations très difficiles avec sa mère qui l’a jetée dehors depuis qu’elle a un nouvel homme dans sa vie. Ce road trip est l’occasion pour les deux amies de prendre du recul sur leur vie, de grandir et de prendre des décisions importantes.

Sur la route de Blues Earth est un roman jeunesse bien écrit et agréable à lire. C’est aussi une belle histoire d’amitié qui plaira aux amoureux des chevaux et aux ados qui se cherchent et ont soif de liberté. La première partie du voyage est malheureusement un peu longue. A partir, du moment où Hattie et Dolorès font des rencontres, le roman devient plus intéressant. Dommage que ces rencontres n’aient pas été exploitées plus tôt. L’emsemble est tout de même très bon et je ne manquerai pas de conseiller ce livre à mes élèves.

MONNINGER, Joseph, Sur la route de Blue Earth, Flammarion, 2014.

Au revoir là-haut – Pierre Lemaître

Ne jamais dire : « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau »…

Depuis de nombreuses années déjà, le prix Goncourt et moi sommes fâchés. Trop de grosses déceptions, trop d’enjeux commerciaux, trop de tapage médiatique. Je ne lis donc plus les romans primés par le prestigieux jury. Sauf que cette fois-ci, je n’avais pas vraiment le choix : Au revoir là-haut, fait partie des titres sélectionnés pour le prix audiolib 2014 auquel je participe. Et cette lecture audio fut une heureuse surprise !

Le roman débute à la fin de la Première Guerre mondiale, quelques jours avant l’armistice. Albert est prisonnier d’un trou d’obus et va mourir enterré vivant. Édouard lui sauve la vie au prix de son visage : il devient une gueule cassée. Les deux hommes, qui ne se connaissaient pas auparavant, deviennent amis et prennent leur revanche sur toutes les atrocités qu’ils ont subies. Eux qui avaient des valeurs et une morale montent une escroquerie à peine croyable.

Le capitaine d’Aulnay-Pradelle, un sale type qui n’hésite pas à mettre en péril la vie de ses soldats pour monter en grade, sort indemne de la guerre. Pire, il gagne énormément d’argent sur le dos des poilus morts pour la France. Autour de lui, gravitent tout un tas de personnages qu’il domine ou pense dominer.

A travers cette histoire tragique, Pierre Lemaître décrit toute la société de l’après-guerre. Son roman, extrêmement documenté, plonge le lecteur cent ans en arrière. Tous les milieux sociaux sont représentés et si, les hommes tiennent une place prépondérante, on sent l’importance du rôle des femmes. Le caractère des personnages, leur histoire personnelle, sont merveilleusement bien décrits et replacés dans le contexte de l’époque.

Le roman est écrit de telle façon que le suspens est entretenu jusqu’au dernier moment. Ce n’est pas un polar mais on sent que l’auteur maîtrise le genre et s’en est servi. Malgré certains passages un peu longs et ennuyeux, j’avais hâte d’arriver à la fin pour savoir jusqu’où Albert et Edouard allaient aller dans leur arnaque et comment le capitaine d’Aulnay-Pradelle allait finir sa vie. 

La voix de Pierre Lemaître est parfois un peu monotone et certains passages paraissent d’autant plus longs. Elle rend par contre très bien compte du caractère tragique de la destinée des personnages du roman.

Au final, c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai écouté ce roman pendant presque 17h !

LEMAITRE, Pierre, Au revoir là-haut, Audiolib, 2014.

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