Une famille normale – Garance Meillon

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Qu’est-ce qu’une famille normale ? Un papa (de sexe masculin), une maman (de sexe féminin), deux enfants (un garçon et une fille de préférence, l’aîné ayant deux ou trois ans de plus que le second) et un chien !  Bon, allez, j’arrête avec mon humour à deux balles. Il y a sans doute autant de réponses à la question initiale que de familles.

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Les grandes et les petites choses – Rachel Khan

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Nina Gary, 18 ans, est étudiante en droit à Assas, la célèbre université parisienne. Elle habite avec ses parents, son frère et son grand-père dans le 20ème arrondissement. D’origine juive par sa mère et africaine par son père, elle a une identité plurielle. A la maison, le français, l’anglais, l’arabe, le wolof et l’hébreu se mélangent au gré des conversations.
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Si c’est un homme – Primo Lévi – Lu par Raphaël Enthoven

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On ne peut sortir indemne de la lecture de Si c’est un homme. Découvert en 2009, ce témoignage écrit deux ans après son retour d’Auschwitz par Primo Lévi, m’avait marquée par la finesse de l’analyse des comportements humains.

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Ce qui nous sépare – Anne Collongues

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Un RER qui quitte Paris et file vers une banlieue grise comme il en existe tant en Ile-de-France. La nuit est tombée, à l’intérieur du wagon les paysages défilent. Les passagers ont conscience de la présence des autres mais sont plongés dans leurs pensées les plus intimes et les plus douloureuses. Continuer la lecture de « Ce qui nous sépare – Anne Collongues »

L’assassin qui revait d’une place au paradis – Jonas Jonasson – Lu par Féodor Atkine

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Après un séjour de plusieurs dizaines d’années en prison, Dédé le meurtrier décide de reprendre du service. Il s’installe dans un ancien lupanar transformé en pension et casse des bras de temps en temps pour gagner de l’argent. Continuer la lecture de « L’assassin qui revait d’une place au paradis – Jonas Jonasson – Lu par Féodor Atkine »

D’après une histoire vraie – Delphine de Vigan – Lu par Marianne Epin

J’ai eu un vrai coup de coeur pour la version papier de D’après une histoire vraie en octobre dernier. Quand j’ai su qu’il faisait partie de la sélection du prix audiolib auquel je participe pour la 3ème année consécutive et que la lectrice était Marianne Epin, j’étais vraiment heureuse d’avoir l’occasion de le relire.

Pour l’intrigue, je vous renvoie à mon billet de l’époque. Marianne Epin qui lit également Rien ne s’oppose à la nuit, du même auteur, est une lectrice de talent. Elle sait donner vie à la narratrice. J’ai d’ailleurs été surprise d’entendre la vraie voix de Delphine de Vigan dans l’entretien qui se trouve à la fin du livre.

Cette relecture m’a permis de me concentrer sur des aspects du roman auxquels je n’avais pas forcément prêté attention la première fois. Ainsi, je me suis aperçue que L., la femme que rencontre la narratrice et qui a une emprise très importante sur sa vie, n’était pas une initiale de prénom choisie au hasard. L. c’est aussi Elle (le double de l’auteur ?), et à l’oral, c’est vraiment flagrant.

J’ai beaucoup apprécié l’entretien avec l’auteur. J’aurais même aimé qu’il soit un peu plus long. On n’en trouve pas dans tous les livres audios mais quand il y en a, c’est un vrai plus. Cela permet de prendre du recul sur l’oeuvre et de la remettre en perspective.

DE VIGAN, Delphine, EPIN, Marianne, D’après une histoire vraie, Audiolib, 2015.

On regrettera plus tard – Agnès Ledig

Un soir d’orage, alors qu’elle lit confortablement emmitouflée dans une couverture, Valentine entend frapper de grands coups à sa porte. Armée d’une poêle en fonte pour se défendre en cas de besoin, elle ouvre et découvre un homme trempé, une fillette dans les bras.

Anna-Ninna est fiévreuse et ne tient plus debout. Valentine s’occupe d’elle et appelle le médecin pendant que l’homme, qui s’appelle Eric, part s’occuper de ses chevaux avec un voisin.

Anna-Nina et Eric parcourent la France à bord d’une roulotte depuis de nombreuses années. L’orage a fortement endommagé leur ni douillet et  Valentine leur propose de les loger le temps qu’Eric puisse effectuer les réparations.

Valentine est enseignante. Elle vit seule et en souffre. Très vite, elle s’attache à Anna-Nina. Elle l’emmène dans sa classe et la fillette, qui a tout appris aux côtés de son père, découvre pour la première fois l’école et la vie en collectivité. C’est un réel plaisir pour elle.

Son père en revanche est moins enthousiaste. Il est habitué à passer 24h/24 seul avec sa fille et depuis qu’il est arrivé chez Valentine, il a l’impression qu’Anna-Nina lui échappe. Même s’il sait que ce moment devait arriver un jour où l’autre, il en souffre.

Éric est habitué à vivre au rythme de la nature et ne parle pas beaucoup. Il fuit les questions que Valentine lui pose sur les raisons de son mode de vie atypique. Contrairement à lui, cette dernière est toujours en activité. Elle travaille, jardine, bricole, fait des conserves pour l’hiver, lit, etc. Sa soif d’activité cache une immense souffrance.

Dès les premières pages, le lecteur sait que ces deux là ne se sont pas rencontrés par hasard. Ils doutent d’eux-mêmes, s’attirent, se repoussent et essaient d’avancer comme ils peuvent. Ce sont des écorchés vifs que la vie n’a pas épargné. Peut être comme chacun d’entre nous en somme.

Autour d’eux, gravitent trois personnages secondaires : une femme enceinte emprisonnée pendant la guerre dont on ne découvre le lien avec le reste de l’histoire que vers la fin du roman, l’ami intime de Valentine depuis le lycée et un voisin qui la considère comme sa fille . Eux aussi ont beaucoup de profondeur psychologique. On aurait presque envie de les rencontrer pour discuter un moment.

J’ai dévoré ce roman en quelques heures et je l’ai refermé à fleur de peau, regrettant de devoir quitter ces personnages si attachants. J’ai aimé leur mode de vie simple et leur parler vrai. J’ai aimé aussi leurs failles et leurs tentatives pour aller de l’avant.

Certains reprocheront à On ne regrettera plus tard sa facilité, au niveau du style comme de l’intrigue, et son dénouement attendue. Ils auront sans doute un peu raison mais qu’est-ce que ça fait du bien de lire le sourire aux lèvres et le coeur gonflé d’espoir pour l’avenir !

Leiloona a beaucoup aimé elle aussi.

LEDIG, Agnès, On regrettera plus tard, Albin Michel, 2016.

Refuges – Annelise Heurtier

Mila, une jeune italienne, vient passer ses vacances avec ses parents à Lampedusa, l’île de son enfance. Depuis qu’elle a perdu son frère et que sa mère a sombré, la famille n’est jamais revenue dans ce lieu paradisiaque. Mila se souvient des bons moments passés en compagnie de sa grand-mère et espère retrouver un peu de bien être et de sérénité sur l’île.

Ses parents ont décidé de donner un coup de neuf à la maison en repeignant les murs. Pour elle, pas question de rester avec eux, l’ambiance est bien trop triste. Elle préfère parcourir l’île à vélo, seule, s’arrêtant ici où là au grè de ses envies.

Par l’intermédiaire d’une connaissance commune, Mila rencontre Paola, une jeune fille de son âge qui travaille sur l’île tous les étés. Cette dernière a l’air heureuse, épanouie et sûre d’elle. Mila aimerait bien être pareille.

Parallèlement à l’histoire de cette adolescente, on découvre celles de migrants ayant fuit l’Erythrée pour rejoindre l’Europe. Lampedusa est un endroit tristement connu aujourd’hui en raison de sa situation géographique stratégique pour ceux qui espèrent une vie plus décente sur le vieux continent. A l’époque où ce déroule cette fiction, en 2006, les médias en parlaient encore peu.

Les jeunes hommes dont il est question ici ont une rage de vivre incroyable et sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins. Ont-ils vraiment d’autres choix ? La vie qu’ils mènent depuis leur naissance dans la Corne de l’Afrique n’en est pas une…

Comment l’histoire de Mila et celle de ces migrants se rejoignent-elles ? Il vous faudra lire ce magnifique roman jusqu’aux dernières lignes pour le savoir et comprendre pleinement son titre, Refuges.

Le personnage de Mila est attachant. Pleine de doutes et de désespoir, on la voit évoluer et s’interroger au fil des pages jusqu’à ce qu’elle trouve enfin son chemin. Quant aux autres personnages, les migrants, ils sont plus nombreux et leurs trajectoires sont moins détaillées mais elles sont évoquées avec pudeur et on en sait suffisament pour imaginer le reste.

J’ai été envoûtée du début à la fin par cette histoire de vie remplie de sensibilité et d’empathie. On referme le livre le sourire aux lèvres et le coeur rempli d’espoir malgré le sujet extrêmement difficile.

« Ugo a arrêté de se détruire, parce qu’il n’espère plus de choses impossibles. Il a compris, nous avons compris, que la seule issue que l’ont ait, c’est de faire avec. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille se résigner, ou faire comme si ça n’existait pas. On fait ce qu’on peut faire avec nos moyens. » p. 222

HEURTIER, Annelise, Refuges, Casterman, 2015.

Mémoire de fille -Annie Ernaux

Annie Ernaux fait partie de ces très rares écrivains dont j’achète les romans sans même savoir de quoi il est question. Dans Mémoire de fille, je savais qu’elle parlait de sa première expérience sexuelle, rien de plus. Avec un autre auteur, je me serais peut être méfiée du sujet. Avec elle, je savais que je pouvais y aller les yeux fermés.

Longtemps, Annie Ernaux a essayé d’écrire ce livre sans jamais y parvenir. Ce qui s’est passé cet été là, et surtout la façon dont cela s’est déroulé, est un tel objet de honte qu’il est difficile d’en parler ou d’écrire de manière directe sur le sujet.

Celle qui s’appellait alors Annie Duchesne, et qu’Annie Ernaux appelle dans ce texte « la fille de 58 » ou « elle », est tombée amoureuse de H., le moniteur-chef de la colonie de vacances dans laquelle elle travaillait cet été là. Ils ont passé la nuit ensemble, elle a découvert à quoi ressemblait un sexe d’homme, et le lendemain, il l’a rejetée pour une autre. Cette autre, c’est la fille parfaite pour Annie Duchesne. Elle est élégante et exerce le métier d’institutrice. Pour la fille d’épicier-cafetier, elle est le symbole de la réussite sociale, un idéal à atteindre.

La fille de 58, 10 avant mai 1968 et la libération sexuelle, s’est alors laissée aller dans les bras d’autres hommes. Des hommes qui lui étaient tous indifférents. Dans sa tête, il n’y avait qu’ H. A la colonie, elle devient la risée des autres moniteurs, la fille facile, la putain. Mais elle s’en moque et suit son chemin. Ce n’est qu’une fois la rentrée passée, alors qu’elle a quitté l’école religieuse d’Yvetot pour le lycée Jeanne d’Arc de Rouen, qu’elle prend du recul sur son comportement et que la honte l’envahie.

Comme toujours avec Annie Ernaux, chaque phrase, chaque mot, chaque verbe, chaque adjectif est choisi avec soin. La mémoire ne sert qu’à donner l’image la plus proche possible de la réalité. Il est souvent nécessaire de relire plusieurs fois certains passages pour en saisir toute la portée. L’auteur nous donne quelques clés, faisant ça et là quelques remarques sur son travail d’écriture.

Les va-et-vient incessants entre le passé et le présent donnent à Mémoire de fille une dimension vraiment intéressante. On mesure tout l’écart qu’il y a entre la société de la fin des années 1950 et aujourd’hui. Mais on observe surtout comment cette première expérience sexuelle a été un évènement marquant dans la vie d’Annie Duchesne et a influencé l’évolution et les choix de vie de celle qui deviendra quelques années plus tard Annie Ernaux. Un roman qui fait désormais partie de mes indispensables !

 ERNAUX, Annie, Mémoire de fille, Gallimard, 2016.

Vernon Subutex 1 – Virginie Despentes – Lu par Jacques Frantz

Vernon Subutex, ancien disquaire, approche de la cinquantaine et n’a plus de travail. Il s’est petit à petit coupé du monde et vit replié sur lui même. Il n’a plus d’argent pour payer son loyer alors pas question de se donner rendez-vous au restaurant ou au café avec les copains. Il passe ses journées à écouter de la musique ou à glander devant l’ordinateur. 

Dans le passé, tout un petit monde gravitait autour de Vernon. Sexe, drogue, rock’n’roll, voilà en quoi consistait son univers. Aujourd’hui, il a besoin d’aide mais ses copains ont tous suivi des routes différentes et ils ne semblent plus avoir grand chose en commun. L’un d’entre eux est devenu un chanteur célèbre. Un autre est marié et englué dans une vie qui ne lui convient pas. D’autres sont morts, fréquentent le milieu du cinéma ou du porno.

Anti-héros, Vernon Subutex n’attend plus grand chose de la vie. Autour de ce personnage central, gravitent de très nombreux personnages secondaires qui sont l’occasion pour Virginie Despentes de décrire, à travers des trajectoires de vie, les dérives de notre société. Consommation à outrance, drogues, cinéma, pornographie, politique, économie, religion, égoïsme, tout y passe avec un regard froid et sans concessions.

Si j’ai eu du mal à m’intéresser à ce roman au départ en raison de la multiplicité des personnages, j’ai finalement été complètement conquise. Les propos acerbes sur notre société lus par Jacques Frantz m’ont véritablement emportée. Dans ces passages, le rythme s’accèlère, la colère et le dégoût ressortent dans la voix. Quelle prestation remarquable !

Vernon Subutex est un roman extrêmement sombre, parfois vulgaire, souvent glauque. C’est d’ailleurs ce que lui reprochent certains lecteurs. L’univers dépeint dans le roman est tellement trash et repoussant qu’il peut mettre mal à l’aise. Mais le propos est d’une lucidité indéniable et c’est en cela que je l’ai apprécié. Dans mon esprit, le dénouement est assez clair. Je verrai bien si je me suis trompée en lisant la suite !

Les avis d’Enna, Sandrine, Sylire, Estelle et Meuraïe.

DESPENTES, Virginie, FRANTZ, Jacques, Vernon Subutex 1, Audiolib, 2016.

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