La fée de Verdun – Philippe Nessman

Jeune fille d’origine populaire Nelly Martyl est douée pour le chant et travaille très dur pour réaliser son rêve, devenir chanteuse d’opéra. Elle devient rapidement une cantatrice vedette et l’emblème de son époque.

Sa vie, comme celle de beaucoup de français, bascule en 1914 lorsque la Première Guerre mondiale éclate. Nelly ne peut pas rester spectatrice. Elle veut défendre sa patrie et décide de devenir infirmière. Pendant plusieurs années, elle soigne les hommes sur le front.

Le narrateur, un jeune homme de vingt ans, découvre par hasard le destin de cette femme hors du commun et décide de faire des recherches pour en savoir plus sur elle. Le lecteur découvre ainsi la vie de Nelly Martyl au fur et à mesure de ses avancées. Fiction et documentaire se mêlent avec ici et là des photos et des textes d’époque.

La vie de Nelly pendant la Première guerre mondiale est passionnante. L’auteur, Philippe Nessman, a su la rendre vivante. Les récits de la vie dans les tranchées et des combats sont nombreux mais ici, l’émotion est présente et communicative. On est bien loin des manuels d’histoire ou des reportages historiques.

J’ai beaucoup moins adhéré à la partie où le narrateur raconte ses recherches. Par exemples les dialogues avec sa grand-mère, qui a découvert Nelly Martyl recouverte de sang en plein Paris en 1943, semblent artificiels. Dommage car cette biographie romancée avait tout pour me plaire.

NESSMAN, Philippe, La féé de Verdun, Flammarion, 2016.

Mentine 3 : Pas de cadeau – Jo Witek

« Marre de mes parents et de ceux de Johanna. Eux, ils avaient toujours de plus gros soucis que nous, les adolescents. Eux, ils avaient toujours le droit d’être fatigués, stressés, impatients, intolérants. Tout ce qu’ils vivaient était une priorité, c’était toujours plus sérieux, plus légitime que nos petits bobos débiles de jeunes ! J’en avais plus qu’assez des adultes et de leur montagne d’égoisme. Mon idée n’était pas seulement une solution au problème de mon amie, mais une résistance affichée à l’omnipotence des adultes !« . p. 127-128

Avec une bonne dose de mauvaise fois, Mentine essaie de justifier la très grosse bêtise qu’elle a commise. Mais quand elle doit donner des explications à ses parents, elle est nettement moins loquace et n’ose même pas lever la tête pour les regarder.

Encore une fois, Mentine est sévèrement punie : plus de téléphone portable, plus aucune sortie, plus de copine à la maison, pas de cadeau à Noël et une ambiance plombante dans l’appartement familial.

Fidèles à leurs habitudes, ses parents lui trouvent une punition intelligente qui lui permettra de vivre une belle leçon de vie. Elle passe ses vacances de Noël à faire du bénévolat pour les Restos du coeur.

Le troisième tome de Mentine est un vrai délice. Sur fond de guitare et de flamenco, c’est une belle histoire d’amitié qui nous est proposée. Jo Witek sait se renouveler et faire évoluer son héroïne si bien qu’on ne s’ennuie pas un seul instant. Le ton est frais et léger en apparence. Certains sujets propres à l’adolescence sont cependant abordés avec beaucoup de justesse ce qui fait que bon nombre de jeunes pourront s’identifier. Un série à recommander à tous les collégiens !

Retrouvez mon avis sur le tome un ici et sur le tome deux là.

WITEK, Jo, Mentine 3 : Pas de cadeau, Flammarion, 2016.

Mentine 2 : Cette fois c’est l’internat – Jo Witek

A peine refermé le premier tome de Mentine, j’ai enchaîné sur le deuxième. Moins de trois mois après la rentrée scolaire, l’adolescente se bat avec une de ses amies pour une histoire de garçon et de confiance trahie. Elle est immédiatement renvoyée de son collège et devient la risée de ses camarades qui découvrent qu’elle leurs a caché sa précocité intellectuelle.

Désespérée, Mentine acceptes la proposition de son père : intégrer un internat spécialisé pour les jeunes à très haut potentiel…. en Suisse ! Elle doit donc quitter le cocon familial et sa meilleure amie Johanna. Elle part pour ce nouvel établissement avec de gros à priori mais sera plutôt agréablement surprise.

On retrouve ici la Mentine à l’humour décapant qui fait le succès de cette série. Mal dans sa peau et souvent désagréable avec les autres, elle est cependant attachante car on voit bien qu’elle se bat avec ses propres émotions. Jo Witek est décidément douée pour se mettre dans la peau d’une adolescente. Il ne me reste plus qu’à enchaîner sur le troisième opus qui vient de sortir.

WITEK, Jo, Mentine 2 : Cette fois c’est l’internat, Flammarion, 2015.

Mentine 1 : Privée de réseau – Jo Witek

Cette fois, c’est trop ! En plus d’être insupportable à la maison, Mentine passe en 3ème avec seulement 9,5 de moyenne générale alors que c’est une élève intellectuellement précoce. Pour la punir, ses parents décident de l’envoyer dans le Larzac, chez un ami de la famille, pour les vacances.

Habituée à l’agitation de la vie parisienne, Mentine se retrouve dans un trou paumé avec pour seule compagnie les moutons de la bergerie de Raoul. Et en plus, son téléphone portable ne capte pas !

Rebelle, mal dans sa peau et à vif, l’adolescente décide de mener la vie dure à Raoul et à Éric, un ado un peu plus âgé qu’elle qui fait un stage à la bergerie et se destine à être éleveur. Le seul problème, c’est qu’elle tombe sur plus têtu qu’elle.

Privée de réseau est le premier titre de la série Mentine. On découvre une adolescente impertinente qui laisse tomber son masque au fil des pages. Elle aimerait être comme tout le monde et vit son haut potentiel intellectuel comme un handicap. Pour ne pas se faire traiter de « boulette », elle préfère cacher sa précocité et faire n’importe quoi en classe, ce qui n’est pas du tout du goût de ses parents. Dans le Larzac, elle découvre que le bonheur est possible même si la vie n’est pas facile tous les jours.

Le ton est frais, léger. L’humour est au rendez-vous. Et on tourne les pages les unes après les autres avec beaucoup de plaisir. Un roman à découvrir dès la 6ème !

WITEK, Jo, Mentine 1 : Privée de réseau, Flammarion, 2015.

Le bébé et le hérisson – Mathis

C’est grâce à Jérôme, qui a glissé ce livre sous mon sapin à Noël dernier, que j’ai lu à ma fille son premier petit roman sans illustrations. Elle a été trés attentive à l’histoire de Jules, ce jeune garçon qui n’a pas la vie facile mais fait peuve d’un coeur en or.

Ses parents ne s’occupent pas de lui ni de sa soeur mais le pire, c’est qu’ils ne se réveillent pas quand Léo, le bébé de la famille, pleure la nuit. Ils le mettent également sur le palier et referment la porte quand il crie trop fort et qu’il les empêche de vaquer à leurs occupations.

Jules trouve refuge dans les livres. « J’ai bien envie de tout démolir. Heureusement, mon regard s’arrête sur le livre que je suis en train de lire. Posé sur mon lit défait, il semble m’attendre. Je l’ouvre et, au bout d’un chapitre, ma colère disparaît complètement. » (p.22-23). Le jour où l’école organise une sortie dans un village du livre, son père refuse qu’il y participe. Comment un père qui passe son temps devant la télé et une mère qui a les yeux sans cesse rivés sur les jeux vidéos peuvent-ils comprendre ce qu’apporte la lecture à leur fils ?

Malgré tous ses problèmes, Jules fait preuve de courage et de solidarité. On sent que c’est un petit garçon sensible et généreux, tourné vers les autres. Avec sa soeur Manon, ils s’occupent du bébé comme ils peuvent et tentent de vivre au mieux aux côtés de leurs parents défaillants.

Jérôme a raison, ce très court roman est une pépite. Réussir à faire passer un message si fort en si peu de mots et avec autant de finesse est vraiment extraordinaire !

J’ai été surprise de voir que ma fille, qui est en CP, avait finalement bien compris l’histoire qu’elle a d’ailleurs beaucoup aimé elle aussi. En refermant le livre, elle m’a fait un gros câlin et m’a dit, à propos des parents, « tu ferais jamais ça, toi, maman. Et papa non plus ». C’était un beau moment…

MATHIS, Le bébé et le hérisson, Thierry Magnier, 2015.

Super Louis et l’île aux 40 crânes – Florence Hinckel

Le jour, Louis a un existence des plus banales. Il est secrétement amoureux de Vanessa, adore le Nutella et se fait parfois embêter par Brutus et sa bande. La nuit, le jeune garçon enfile son costume de super-héros et combat les méchants. Pas un seul ne lui résiste !

Tout se complique lorsque Louis, Brutus et Vanessa se font enlever par Nubuck le gangster et se retrouvent prisonniers sur l’île aux 40 crânes, le royaume de Balafre-à-Dents-d’Or.

L’aventure, l’humour et la fantaisie sont au rendez-vous dans ce petit roman jeunesse. Louis, Vanessa et Brutus ne vont pas avoir d’autre choix que de se serrer les coudes pour faire face à la terrible épreuve à laquelle ils sont confrontés.

Les illustrations d’Anne Montel qui permettent de faire une pause de temps en temps dans le texte ne manqueront pas de plaire aux jeunes lecteurs. Elles contribuent d’ailleurs à l’humour tout comme les fiches du guide de survie du super-héros et les quelques jeux de mots.

Derrière cet humour, sa cache de la sensibilité. On comprend que le père de Louis, qui était pompier, est décédé lors d’une intervention. Les fréquentes transformations du jeune garçon en super-héros ne sont donc peut être pas tout à fait anodines. Les valeurs véhiculées dans le roman (solidarité, amitié, persévérance) sont également intéressantes.

Même si ce titre n’est pas mon préféré de la collection Pépix -il est sans doute un peu trop fantaisiste pour moi- Super Louis et l’île aux 40 crânes est un roman que je recommande vivement pour les enfants de fin de primaire ou de début de collège.

HINCKEL, Florence, Super Louis et l’île aux 40 crânes, Sarbacane, 2014.

L’académie de danse Gala : Lou veut danser – Anne-Claire Lévêque et Isabelle Maroger

Lou est en CP et travaille bien à l’école mais elle est trop timide. Sa maman décide donc de l’inscrire à une activité pour laquelle elle lui laisse le choix. Le problème c’est que Lou n’a pas envie de dessiner, ni de chanter, de nager ou de prendre le risque de recevoir un ballon en pleine figure. 

Le jour où sa copine Malika l’invite a un spectacle de danse auquel sa mère, danseuse professionnelle, participe, Lou a un déclic. Elle veut faire de la danse. Lors de la première séance, la petite aimerait bien pouvoir se cacher dans le trou d’une souris. Mais sa copine Malika est là pour l’encourager et dès qu’elle se lance, elle se sent incroyablement bien.

Un livre sur la danse pour les petites filles, c’est du classique et ma méfiance naturelle me faisait craindre le pire avec ce petit roman destiné aux jeunes lecteurs de CP. Mais j’ai été trés agréablement surprise. Lou est un personnage attachant et Anne-Claire Lévêque a su éviter avec brio la caricature. L’amitié et l’ouverture aux autres sont mis en avant et c’est loin d’être inutile dans la société actuelle !

Les illustrations d’Isabelle Maroger sont elles aussi réussies. J’ai particulièrement apprécié les expressions du visage, la gestuelle ainsi que le comique ou la tendresse qui ressortent dans certaines scènes.

Au niveau de la lecture, je trouve ce lire particulièrement bien adapté pour le CP. Ma fille a lu quelques passages et je lui ai lu les autres car plus de 30 pages, même si le texte est court, c’est encore trop compliqué pour elle. A la fin quelques exercices de compréhension sont proposés ainsi qu’une petite activité pour fabriquer soi-même ses ballerines. Voilà un roman que nous avons beaucoup aimé toutes les deux et que nous ne manquerons pas de relire !

LEVEQUE, Anne-Claire, MAROGER, Isabelle, L’académie de danse Gala : Lou veut danser , Belin jeunesse, 2015.

Tant que nous sommes vivants – Anne-Laure Bondoux

Hama et Bo sont tous les deux salariés de l’usine. Elle travaille comme ouvrière le jour et lui comme forgeron la nuit. Ils attendent chaque jour avec impatience le moment du changement d’équipe. Ils ont alors quelques instants pour se serrer dans les bras l’un de l’autre. A la maison, Hama laisse des petits mots à Bo mais cela ne suffit pas à combler le manque. Ces deux là s’aiment énormément et aimeraient passer plus de temps ensemble.

Un matin, Bo manque à l’appel. Hama décide de prendre sa place. C’est à ce moment là que la catastrophe arrive. Leur vie en restera marquée à jamais.

C’est un beau roman d’aventure sur fond d’amour et d’onirisme que nous offre Anne-Laure Bondoux avec Tant que nous sommes vivants.

Hama et Bo habitent dans une ville sans nom peuplée d’être repliés sur eux-mêmes et vivant dans la misère qui n’est pas sans rappeler l’univers de Zola. Les deux amoureux sont un rayon de soleil dans ce monde si triste mais la différence fait peur et attise la méchanceté. Ils n’ont alors d’autre choix que de partir à l’aventure pour vivre leur destin. Le lecteur les suit alors dans des contrées étranges, coupées du monde, où ils sont confrontés aux difficultés de la vie.

N’étant pas une adepte du fantastique, je n’ai pas adhéré totalement à ce récit initiatique mais je dois reconnaître qu’il est extrêmement bien écrit et propose une belle parabole de la vie. Il est certain qu’il passionnera bon nombre de lecteurs et je n’hésiterai pas à le conseiller autour de moi.

BONDOUX, Anne-Laure, Tant que nous sommes vivants, Gallimard, 2015.

Il était 2 fois dans l’Ouest

Mes élèves me demandent souvent des romans qui font rire et où il y a de l’action. L’humour et l’aventure sont justement les deux principales caractéristiques de la collection Pépix des éditions Sarbacane. Après L’ogre au pull vert moutarde de Marion Brunet et La drôle d’évasion de Séverine Vidal je poursuis donc ma découverte de cette collection avec un autre titre de Séverine Vidal.

La mère de Luna est maquilleuse pour le cinéma. Elle vient d’obtenir un contrat pour un tournage en Arizona et, comme elle est en vacances, Luna l’accompagne pour un mois. Beaucoup d’enfants auraient sauté de joie à sa place mais Luna, elle, préférerait aller chez ses grands-parents puis chez son amie comme tous les ans. Elle a peur de rester enfermée dans la caravane à attendre sa mère. Elle ne se doute pas que c’est tout le contraire qui l’attend.

Dès son arrivée à Momument Valley, elle fait la connaissance de Josh, un jeune indien navajo de son âge. A ses côtés, elle découvre les croyances indiennes, les animaux sauvages et dangereux, un vieux cow-boy aussi fou que cruel et… l’amour !

Luna et Josh se retrouvent seuls en danger au plein coeur du territoire indien. Le milieu est hostile, il fait nuit, ils n’ont aucun moyen d’appeler au secours et ne savent pas comment se sortir de la situation catastrophique dans laquelle ils sont tombés. Heureusement, leur persévérance et leur sens de l’humour vont les aider.

Autour d’eux, gravitent de nombreux personnages secondaires comme la mère de Luna, le frère de Josh, le réalisateur du film ou Odette, la poule en peluche de Luna. L’ensemble est plein de peps et on ne s’ennuie pas un seul instant.

Une des élèves à qui je l’ai conseillé a couru après moi à deux reprises pour me dire qu’elle adorait. Pourtant, elle voulait un livre rapide à lire pour son travail de français et m’a dit ne pas aimer lire. Maintenant, elle vient tous les jours ou presque pour me demander si celui qui a emprunté La drôle d’évasion l’a rendu !

VIDAL Séverine, Il était 2 fois dans l’Ouest, Sarbacane, 2015.

Tout foutre en l’air – Antoine Dole

Tout foutre en l’air : c’est pour cette raison que la narratrice de ce court texte part en courant de chez ses parents après une énième dispute.

C’est fois-ci, elle a tout programmé. Olivier l’attend. Olivier, c’est celui qu’elle aime ou du moins qu’elle croit aimer. Il a quatre ans de plus qu’elle, ils se sont rencontrés sur Internet et depuis, elle ne se sent plus seule. Olivier la comprend comme jamais personne auparavant. Ce vide, cette tristesse au fond d’elle, ce sentiment de mal être et de décalage par rapport aux autres, Olivier le ressent également.

Ensemble, les deux adolescents courent sous la pluie. Ils vont réaliser ce qu’ils ont décidé de faire depuis longtemps. Ce ne sont pas des paroles en l’air, des choses qu’on dit et qu’on ne fait jamais, des fausses promesses à soi-même ou aux autres. Aujourd’hui, ils vont « le faire ».

Faire quoi ? C’est là que tout le talent d’Antoine Dole se révèle. J’avais une hypothèse dès le départ et j’étais certaine de moi. Mais l’auteur entraîne le lecteur là où il veut et j’avoue que je me suis bien faite avoir. A tel point qu’à peine terminé, j’ai relu le texte une deuxième fois (il fait une cinquantaine de page, ça aide !) pour comprendre comment j’avais pu me laisser avoir de la sorte.

L’écriture à la première personne du singulier permet d’être au plus prêt des pensées et émotions de la narratrice. On ressent sa rage, son désespoir puis le doute qui commence à s’imisser. Les phrases sont courtes, le rythme soutenu. Le texte se lit d’un souffle, sans aucune pause ni respiration. Jusqu’à cette fin qui laisse place à la lumière et offre un formidable message d’espoir.

A mettre entre les mains de tous les grands ados et des adultes aussi.

Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Laurie qui est moins fainéante que moi et qui vous propose des liens vers d’autres chroniques.

DOLE, Antoine, Tout foutre en l’air, Actes Sud Junior, 2015.

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