On regrettera plus tard – Agnès Ledig

Un soir d’orage, alors qu’elle lit confortablement emmitouflée dans une couverture, Valentine entend frapper de grands coups à sa porte. Armée d’une poêle en fonte pour se défendre en cas de besoin, elle ouvre et découvre un homme trempé, une fillette dans les bras.

Anna-Ninna est fiévreuse et ne tient plus debout. Valentine s’occupe d’elle et appelle le médecin pendant que l’homme, qui s’appelle Eric, part s’occuper de ses chevaux avec un voisin.

Anna-Nina et Eric parcourent la France à bord d’une roulotte depuis de nombreuses années. L’orage a fortement endommagé leur ni douillet et  Valentine leur propose de les loger le temps qu’Eric puisse effectuer les réparations.

Valentine est enseignante. Elle vit seule et en souffre. Très vite, elle s’attache à Anna-Nina. Elle l’emmène dans sa classe et la fillette, qui a tout appris aux côtés de son père, découvre pour la première fois l’école et la vie en collectivité. C’est un réel plaisir pour elle.

Son père en revanche est moins enthousiaste. Il est habitué à passer 24h/24 seul avec sa fille et depuis qu’il est arrivé chez Valentine, il a l’impression qu’Anna-Nina lui échappe. Même s’il sait que ce moment devait arriver un jour où l’autre, il en souffre.

Éric est habitué à vivre au rythme de la nature et ne parle pas beaucoup. Il fuit les questions que Valentine lui pose sur les raisons de son mode de vie atypique. Contrairement à lui, cette dernière est toujours en activité. Elle travaille, jardine, bricole, fait des conserves pour l’hiver, lit, etc. Sa soif d’activité cache une immense souffrance.

Dès les premières pages, le lecteur sait que ces deux là ne se sont pas rencontrés par hasard. Ils doutent d’eux-mêmes, s’attirent, se repoussent et essaient d’avancer comme ils peuvent. Ce sont des écorchés vifs que la vie n’a pas épargné. Peut être comme chacun d’entre nous en somme.

Autour d’eux, gravitent trois personnages secondaires : une femme enceinte emprisonnée pendant la guerre dont on ne découvre le lien avec le reste de l’histoire que vers la fin du roman, l’ami intime de Valentine depuis le lycée et un voisin qui la considère comme sa fille . Eux aussi ont beaucoup de profondeur psychologique. On aurait presque envie de les rencontrer pour discuter un moment.

J’ai dévoré ce roman en quelques heures et je l’ai refermé à fleur de peau, regrettant de devoir quitter ces personnages si attachants. J’ai aimé leur mode de vie simple et leur parler vrai. J’ai aimé aussi leurs failles et leurs tentatives pour aller de l’avant.

Certains reprocheront à On ne regrettera plus tard sa facilité, au niveau du style comme de l’intrigue, et son dénouement attendue. Ils auront sans doute un peu raison mais qu’est-ce que ça fait du bien de lire le sourire aux lèvres et le coeur gonflé d’espoir pour l’avenir !

Leiloona a beaucoup aimé elle aussi.

LEDIG, Agnès, On regrettera plus tard, Albin Michel, 2016.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee – Lu par Cachou Kirsch

Relire un livre, c’est quelque chose que je pratique très rarement. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, que j’ai lu en version papier il y a deux ans, fait partie de la sélection du prix audiolibb 2016. Puisque je suis membre du jury et qu’il s’agit d’un prix de littérature audio, il me fallait donc le relire, au moins en partie, pour me faire une idée de l’interprétation du texte d’Harper Lee par Cachou Kirsch.

De ma lecture en version papier, je gardais le souvenir d’une déception. En effet, je m’attendais au récit du procès d’un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Or toute la première partie du roman est consacrée à la vie des enfants de l’avocat commis d’office dans la petite ville d’Alabama où se déroule les faits. Cela ne m’avait pas empêché d’apprécier le roman mais la première partie m’avait ennuyée.

Dans cette version audio, elle m’a parue moins longue, sans doute parce que je savais à quoi m’attendre. Je ne pensais pas tout lire et au final, je suis allée jusqu’à la fin avec beaucoup de plaisir.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est en réalité un récit universel. Le regard porté par les enfants, et notamment par Scout, sur le monde des adultes est sans concession et criant de réalité. C’est sans doute une des raisons du succès de ce roman, plus de 40 millions d’exemplaires vendus dans le monde entier.

Le lecture de Cachou Kirsch est vraiment réussie. Pas facile pourtant de passer de la voix de Scout Finch, la narratrice, qui est une enfant, à celle des Noirs. Au final, je suis trés heureuse de cette relecture. Je ne me suis pas centrée sur les mêmes aspects du texte et l’interprétation de la comédienne y a sans doute beaucoup contribué.

Les avis d’Enna, Sandrine, A propos des livres et Meuraïe.

LEE, Harper, KIRSCH, Cachou, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Audiolib, 2015.

Vernon Subutex 1 – Virginie Despentes – Lu par Jacques Frantz

Vernon Subutex, ancien disquaire, approche de la cinquantaine et n’a plus de travail. Il s’est petit à petit coupé du monde et vit replié sur lui même. Il n’a plus d’argent pour payer son loyer alors pas question de se donner rendez-vous au restaurant ou au café avec les copains. Il passe ses journées à écouter de la musique ou à glander devant l’ordinateur. 

Dans le passé, tout un petit monde gravitait autour de Vernon. Sexe, drogue, rock’n’roll, voilà en quoi consistait son univers. Aujourd’hui, il a besoin d’aide mais ses copains ont tous suivi des routes différentes et ils ne semblent plus avoir grand chose en commun. L’un d’entre eux est devenu un chanteur célèbre. Un autre est marié et englué dans une vie qui ne lui convient pas. D’autres sont morts, fréquentent le milieu du cinéma ou du porno.

Anti-héros, Vernon Subutex n’attend plus grand chose de la vie. Autour de ce personnage central, gravitent de très nombreux personnages secondaires qui sont l’occasion pour Virginie Despentes de décrire, à travers des trajectoires de vie, les dérives de notre société. Consommation à outrance, drogues, cinéma, pornographie, politique, économie, religion, égoïsme, tout y passe avec un regard froid et sans concessions.

Si j’ai eu du mal à m’intéresser à ce roman au départ en raison de la multiplicité des personnages, j’ai finalement été complètement conquise. Les propos acerbes sur notre société lus par Jacques Frantz m’ont véritablement emportée. Dans ces passages, le rythme s’accèlère, la colère et le dégoût ressortent dans la voix. Quelle prestation remarquable !

Vernon Subutex est un roman extrêmement sombre, parfois vulgaire, souvent glauque. C’est d’ailleurs ce que lui reprochent certains lecteurs. L’univers dépeint dans le roman est tellement trash et repoussant qu’il peut mettre mal à l’aise. Mais le propos est d’une lucidité indéniable et c’est en cela que je l’ai apprécié. Dans mon esprit, le dénouement est assez clair. Je verrai bien si je me suis trompée en lisant la suite !

Les avis d’Enna, Sandrine, Sylire, Estelle et Meuraïe.

DESPENTES, Virginie, FRANTZ, Jacques, Vernon Subutex 1, Audiolib, 2016.

Les meilleur des mondes – Aldous Huxley – Lu par Thibault de Montalembert

Le meilleur des mondes plonge le lecteur dans un univers où l’on compte les années depuis l’invention de la voiture à moteur. Nous sommes donc en 632 après Ford. La bokanovsification permet de contrôler les naissances, de sélectionner les embryons, de les classer selon des castes. Le meilleur des mondes est très hiérarchisé. Chacun a une place bien définie et il n’est pas question de déroger aux règles établies ou d’avoir ses propres sentiments.

Les êtres humains sont conditionnés dès leur plus jeune âge et n’ont plus aucun libre arbitre. Pendant le sommeil des bébés, des phrases enregistrées passent en boucle. On incite très tôt les enfants à avoir une sexualité et posséder un seul partenaire n’est pas du tout bien vu. Un être humain sain d’esprit enchaîne les liaisons sans se poser de question et ne doit surtout pas avoir d’enfant. 

Pendant leurs vacances, Bernard et Lénina, un couple de la caste des Alphas appartenant à l’élite de la société, rencontrent un sauvage c’est-à-dire un homme né de l’union d’un homme et d’une femme et ayant des sentiments et des émotions. Dès lors, leur vie et celle du monde civilisé auquel ils appartiennent va changer.

Le meilleur des mondes est un livre visionnaire -il a été écrit il y a plus de quatre-vingts ans- qui propose une réflexion pertinente sur le clonage, la liberté et le bonheur. Pourtant, je n’ai pas réussi à m’y intéresser. Dès le départ, la voix de Thibault de Montalembert et le texte d’Aldous Huxley n’ont pas retenu mon attention. J’ai failli abandonner une première fois puis, j’ai décidé de poursuivre un peu quand le personnage de Bernard fait son entrée en scène. J’ai finalement abandonné quand il rentre de vacances avec Lénina c’est-à-dire aux deux tiers du roman environ.

Je ne suis pas une grande fan de science fiction, ceci explique sans doute en partie mon ressenti. De plus, le monde décrit dans le roman fait froid dans le dos, les personnages n’ont absolument rien d’attachant et aucune note d’espoir ne se dégage du texte. A mon grand regret, c’est un rendez-vous râté avec ce classique de la littérature ! 

Les avis de Leiloona et de Sandrine.

HUXLEY, Aldous, DE MONTALEMBERT, Thibault, Le meilleur des mondes, Audiolib, .

Millénium 4 – David Lagercrantz – Lu par Emmanuel Dekoninck

La revue Millénium ne rapporte plus assez d’argent. Comme tous ses concurrents de la presse écrite, elle n’a plus autant de succès qu’avant. Le journaliste d’investigation Mickael Blomkvist n’a aucun sujet en vue suffisamment intéressant pour doper les ventes et l’actionnaire majoritaire exerce de nombreuses pressions sur l’équipe.

Il rencontre un homme qui lui parle d’une histoire d’espionnage en haut lieu dans laquelle le professeur Franz Blader a fait appel à une hackeuse punk. Mickael comprend tout de suite que cette jeune femme est son amie Lisbeth Salander dont il n’a plus de nouvelles depuis pas mal de temps. Il se montre plus attentif à ce que l’homme lui explique. Lisbeth ne prend jamais de risque au hasard, la justice est son leitmotiv.

Chercheur de génie dans le domaine des mathématiques et de l’intelligence artificielle, Balder vient de quitter brusquement les États-Unis pour récupèrer son fils autiste dont il n’a pas la garde et se terrer chez lui. Il semble détenir des informations explosives qui mettraient en cause les services de renseignements américains et appelle Mickael Blomkvist en pleine nuit pour le rencontrer.

Dès les premières pages, la tension est palpable. Si Mickael semble fatigué et Lisbeth présente seulement de manière indirecte, par ce qu’on dit d’elle, le professeur, lui, est à bout de nerfs et se sent traqué. Quel secret détient-il ? Qui est concerné par les informations qu’il a en sa possession ? Pourquoi Lisbeth Salander est-elle mêlée à cette histoire ?

Après le décès de Stieg Larson il y a quelques années, c’est David Lagercrantz qui a repris la série Millénium, pour le plus grand bonheur des fans. En 2008, j’ai dévoré le premier puis le deuxième tome mais je suis bien incapable de vous dire pourquoi je n’ai jamais lu le troisième. Cela ne m’a pas empêché de comprendre ce quatrième opus sur lequel je suis un peu moins enthousiaste, ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas aimé.

Le personnage de Lisbeth est toujours aussi intéressant et complexe. On découvre enfin son passé de manière un peu plus fouillée et elle a un côté assez attachant. Mickael, quant à lui, est fidèle à lui-même. Il ne déroge pas à ses valeurs, sauf quand il s’agit de venir en aide à une Lisbeth en danger de mort. Un nouveau personnage, Auguste Balder, le fils du célèbre professeur, fait son apparition dans ce quatrième tome. C’est un petit garçon porteur de handicap mais doté d’une intelligence hors du commun en ce qui concerne les mathématiques. J’ai beaucoup aimé les passages qui le concernent.

L’intrigue, en revanche m’a parue parfois un peu complexe. Je me suis perdue dans les passages sur l’intelligence artificielle et les mathématiques et j’ai finalement renoncé à comprendre dans les détails. Dans ce cas, lire une version audio est un handicap car il est difficile de revenir en arrière. De plus, les personnages sont nombreux et on s’y perd un peu même si la lecture d’Emmanuel Dekonninck est assez réussie, notamment en ce qui concerne les voix de chacun d’entre eux.

Au final, je suis tout de même contente d’avoir découvert ce Millénium 4 !

L’avis de Sandrine.

LAGERCRANTZ, David, DEKONINCK, Emmanuel, Millénium 4, Audiolib, 2015.

 

La renverse – Olivier Adam

Olivier Adam fait partie de ces auteurs dont j’attends chaque nouveau livre avec impatience. Pourtant, La renverse me faisait un peu peur. Une histoire inspirée d’un scandale public sordide, ce n’est pas franchement ma tasse de thé. Il aura fallu quelques billets sur la blogosphère pour que je me décide à l’ouvrir quand même.

A la suite d’un évènement qui le ramène quelques années en arrière, Antoine revient sur son passé. Il a grandi à l’ombre d’un père autoritaire et d’une mère que tout le monde semblait considérer comme idéale. Tout a basculé lorsque cette dernière est entrée en politique aux côtés de Jean-François Laborde, le maire de la ville de M. Elle était de plus en plus absente et a fait l’objet d’un très grave scandale que l’adolescent a découvert par ses camarades puis à travers les médias. A la maison, c’était l’omerta. Antoine et son frère vivaient l’enfer aussi bien au sein de leur famille qu’à l’extérieur. Dès lors, comment se construire et devenir un adulte épanoui ?

Encore une fois, Olivier Adam développe un thème qui lui est cher, celui des liens familiaux. En lisant les phrases suivantes, j’ai d’ailleurs eu l’impression qu’il parlait de lui. « il m’est apparu que Nicolas s’acharnait à généraliser et théoriser la relation complexe qui le liait à ses parents, la difficulté qu’il avait eue à se construire à l’ombre de leurs personnalités dévorantes, à se délivrer de leur regard, de leur emprise, de leurs jugements, de leurs attentes, de leurs goûts, la difficulté qu’il avait encore aujourd’hui à se sentir à la hauteur de leurs attentes, de leur exigence. C’était là une tendance bien connue des romanciers que d’échaffauder des grandes théories en partant de l’observation de leur nombril et de son entourage immédiat. Il leur arrivait néanmoins de toucher juste. » p. 221

S’il est question, dans La renverse, de l’impunité des puissants, ce sont surtout les conséquences désastreuses de leurs actes sur les autres qui sont développées. Antoine, le narrateur, est un héros profondément humain en proie à la tourmente. Depuis qu’il a quitté le domicile familial, il vit en Bretagne, région dans laquelle le déchaînement fréquent des éléments extérieurs colle assez bien à son état d’esprit. C’est un personnage attachant, touchant même. Il est spectateur de sa vie et n’arrive pas à prendre son destin en main. Il en a conscience -on le lui a assez reproché- mais il n’arrive pas à changer le cour des choses. Ses doutes, ses errances touchent à l’universel et ont eu beaucoup d’écho en moi. Avec ce roman habilement construit, Olivier Adam frappe juste encore une foi.

« Je suppose qu’on peut dire qu’il m’a pris sous son aile sur la seule fois de mes lectures. Et qu’elles lui ont suffi à se faire une idée de qui j’étais et de ce dont j’avais besoin. » p. 17

ADAM, Olivier, La renverse, Flammarion, 2016.

La fille du train – Paula Hawkins – Lu par Valérie Marchant, Joséphine De Renesse et Julie Basecqz

Deux fois par jour, Rachel prend le train. Elle a perdu son emploi il y a quelques semaines en raison de son alcoolisme mais continue à faire quotidiennement le trajet pour Londres, faisant ainsi croire à sa colocataire qu’elle travaille toujours.

A chaque fois, son coeur se sert lorsqu’elle passe devant son ancienne maison, celle où habitent désormais son ex-mari, sa nouvelle compagne et leur petite fille. Elle aime par contre observer la jolie propriété de ceux qu’elle a décidé d’appeler Jason et Jess. Elle se les imagine comme un couple idéal, brillant, et découvre au fil du temps certaines de leurs habitudes.

Un matin, Rachel voit Jess embrasser un autre homme dans le jardin. Aussitôt, la colère l’envahie : elle aussi a été trompée par Tom, son ex-mari. Quelques jours plus tard, elle découvre la photo de Jess dans le journal. La femme s’appelle en réalité Mégan Hipwell et a mystérieusement disparu.

Le jour de sa disparition, Rachel se trouvait à proximité de son domicile, ivre morte. Elle n’arrive pas à se souvenir de ce qu’elle a vu ni de ce qui s’est passé.

La fille du train commence comme un vrai thriller. Le suspens est à son comble et on a envie d’avancer au plus vite dans l’écoute pour connaître la suite.

Malheureusement, cela s’essouffle et on tourne en rond. Rachel sombre dans l’alcoolisme et fait n’importe quoi. On se demande même si elle n’est pas complètement folle. A part cela, il ne se passe pas grand chose. Le dénouement ne m’a pas vraiment convaincue. Il m’a même plutôt déçue pour être honnête… Les voix de Valérie Marchant, Joséphine De Renesse et Julie Basecqz sont agréables et servent bien l’histoire qui se laisse finalement lire sans grand enthousiasme.

Les avis de Sandrine et de Meuraïe.

HAWKINS, Paula, MARCHANT, Valérie, DE RENESSE, Joséphine, BASECQZ, Julie, La fille du train, Audiolib, 2015.

Des fleurs pour Algernon – Daniel Keyes – Lu par Grégory Gadebois

Imaginez que vous soyez simple d’esprit et que l’on vous propose de subir une opération qui décuplera votre intelligence. Que feriez vous ?

Charlie Gordon, ouvrier modèle et élève assidu des cours du soir d’Alice Kinnian, accepte la proposition du Pr Nemur et du Dr Strauss. Les deux hommes ont déjà fait les tests sur Algernon, une souris de laboratoire, et informent Charlie des risques.

L’opération est un succès et petit à petit l’intelligence de Charlie se développe. Lui qui ne savait ni lire ni écrire correctement progresse à une vitesse fulgurante. Il commence par se rendre compte de l’attitude de ses collègues qu’il croyait sympathiques et qui en fait se moquaient de sa simplicité d’esprit. Cela le rend bien entendu très malheureux. La colère l’envahi à plusieurs reprises. Cela ne l’empêche pas de continuer à étudier si bien qu’il finit par dépasser le Pr Nemur et le Dr Strauss. Il porte même un regard critique sur leurs travaux de recherches.

Un jour, Algernon, la souris de laboratoire qui a développé ses facultés de la même manière que Charlie Gordon, commence à présenter des troubles…

Charlie Gordon consigne par écrit ce qu’il ressent. Ses premiers textes sont écrits en phonétique, ce qui ne ressort pas dans cette version audio mais Grégory Gadebois, par sa diction, fait clairement ressortir la simplicité d’esprit du héros. L’intelligence de Charlie grandissant, le ton du comédien change. On est face à un homme sûr de lui et doté des mêmes émotions que tout un chacun.

Le lecteur ne peut rester indifférent face au destin du héros. Au départ, il est ignorant et naïf mais heureux. A partir du moment où il croque la pomme de l’intelligence, il se rend compte qu’on le prenait pour un bouffon. S’il ne regrette pas son choix, il est désormais seul et triste. Le dénouement nous montre, s’il en était encore besoin, que le pêché originel n’est pas loin.

Je dois bien l’avouer, cette nouvelle de science fiction m’a mise assez mal à l’aise. J’ai eu pitié pour ce brave Charlie Gordon et j’ai été écoeurée par le comportement de son entourage. Mais au delà de cela, Des fleurs pour Algernon est un roman passionnant de par la réflexion qu’il propose.

Vaut il mieux être ignorant et heureux qu’intelligent et malheureux ? Pourquoi l’homme tombe t-il toujours dans la facilité de la moquerie vis à vis de celui qui est différent plutôt que de s’enrichir à ses côtés ? Jusqu’où faut-il aller dans les recherches scientifiques ? Toutes ces questions restent sans réponses mais elles ont le mérite d’être posées.

L’interprétation du texte par Grégory Gadebois est remarquable. Je n’ai pas été étonnée de découvrir qu’il avait obtenu le Molière « Seul en scène » 2014 pour son adaptation théâtrale et je regrette de ne pas avoir eu l’occasion de la voir !

KEYES, Daniel, GADEBOIS, Grégory, Des fleurs pour Algernon, Audilob, 2015. 1h27 d’écoute.

Rien ne s’oppose à la nuit – Delphine de Vigan – Lu par Marianne Epin

J’ai découvert Rien ne s’oppose à la nuit en version papier il y a quatre ans et c’est avec beaucoup de plaisir que je l’ai relu en version audio.

Je ne reviendrai pas sur l’intrigue. Pour cela, je vous renvoie vers mon billet de l’époque. La relecture m’a permis d’être moins dans l’émotion et de prendre plus de recul par rapport au roman. Le ton très juste de Marianne Epin m’a sans doute aussi aidée dans ce sens. On a l’impression d’entendre les confidences de l’auteur. Aucun d’apitoiement ne ressort de sa voix, aucune larme, aucune tristesse. Le ton est neutre, détaché, et du coup le lecteur est sans doute plus attentif aux propos de l’auteur. 

Ainsi, l’amour que Delphine de Vigan éprouve pour sa mère m’a semblé plus présent que lors de ma première lecture.

La première partie sur l’enfance de Lucile ne m’a absolument pas parue ennuyeuse contrairement à ce que j’ai ressenti il y a quatre ans. Sans doute parce que, connaissant déjà le texte et surtout l’auteur, j’ai fait pas mal de liens avec la suite.

Tout au long de ma relecture, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au dernier roman de l’auteur, D’après une histoire vraie, et de faire des liens entre les deux. Quelle est la part de fiction dans Rien ne s’oppose à la nuit ? Quelle est la part de réalité ? Finalement, peu importe. Ce qui compte, c’est le regard que l’auteur porte sur sa mère et sur les relations qu’elles ont entretenues.

DE VIGAN, Delphine, EPIN, Marianne, Rien ne s’oppose à la nuit, Audiolib, 2015.

Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Enna. Si vous souhaitez découvrir d’autres livres audio sur le thème de la famille, vous pouvez rendre visite à Sylire qui a choisi ce thème pour son RDV mensuel Écoutons un livre. audio.

 

J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus) – Frédérique Martin

L’autre jour, j’ai vendu ma mère. C’est par ces mots que s’ouvre la première nouvelle du recueil de Frédérique Martin.

D’entrée, le ton est donné. Un fils veut vendre sa mère pour quitter l’enfance et vivre enfin sa vie d’adulte. L’argent n’est pas le plus important, dit-il. Pourtant, il la vend comme s’il s’agissait d’un simple bien de consommation. Face à lui les clients n’hésitent pas à marchander. Une fois seul, il se rend compte du manque sans pour autant se remettre en question. Triste monde…

Les textes que nous propose l’auteur dans ce recueil de nouvelles pointent du doigt les dérives de notre société. Avidité, règne de l’argent et du sexe, perte des valeurs, individualisme, domination, les thèmes abordés sont nombreux mais ont tous pour point commun de grossir le trait jusqu’au paroxysme pour faire réfléchir le lecteur sur les travers du monde dans lequel il vit.

Certains reprocheront sans doute à J’envisage de te vendre son aspect caricatural et on ne pourra pas les contredire. Cependant, on rit jaune parce que l’on sait qu’il y a un fond de vrai dans ce que nous raconte Frédérique Martin.

J’ai été assez touchée par La grève des morts, une nouvelle dans laquelle on peut décider de la date et des circonstances de sa mort. Il est ainsi possible de faire une fête comme on le ferait pour un anniversaire ou un mariage et de dire au revoir à ses proches alors que tout va encore bien. Connaissez vous un meilleur moyen d’éviter la souffrance, la maladie, la vieillesse… et d’oublier que nous sommes des êtres humains dotés de sentiments !?

Un autre texte pointe du doigt la télé-réalité. Un autre propose un monde dans lequel les habitants sont obligés de participer à des jeux. Un autre encore se déroule dans un monde où les femmes ne sortent plus de chez elles. 

En fermant ce recueil, on espère qu’une seule chose : que Frédérique Martin n’ait pas des dons de médium !

MARTIN, Frédérique, J’envisage de te vendre (j’y pense de plus en plus), Belfond, 2016.

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