Anne Frank au pays du manga

C’est un type de lecture nouveau pour moi dont je vous parle aujourd’hui. Anne Frank au pays du manga est une bande dessinée documentaire interactive que j’ai découverte grâce à la chronique numérique d’Erica sur La mare aux mots. Mais qu’est-ce qu’une bande dessinée documentaire interactive ? Comme son nom l’indique, c’est une BD mais qui a la particularité d’apporter des informations au lecteur à l’aide de textes, de dessins, de son et de vidéos. Anne Frank au pays du manga propose une mine d’informations passionnantes !

Depuis sa première publication en 1952, le Journal d’Anne Frank est le plus lu et le plus étudié des livres étrangers au Japon. Pourtant, les japonais ne connaissent pas ou peu l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et ne peuvent pas faire le lien avec la Shoah puisque, bien souvent, ils ne savent même pas ce que c’est. Il faut dire qu’au Japon, l’enseignement de l’histoire ne ressemble pas au notre. Les élèves apprennent une succession de dates et remplissent des QCM lors des évaluations.

Comme vous le savez certainement, c’est le pays du manga et il en existe sur tous les sujets. Ainsi, il n’est pas rare pour les habitants de découvrir le Journal d’Anne Frank à travers ce type de publication. Personnellement, j’ai été assez étonnée par les quelques planches de celui sur Hitler. Le visage du Fuhrer défiguré par la colère ressemble à celui du méchant typique du manga. Les japonais semblent penser qu’il vaut mieux découvrir l’histoire ainsi que ne pas la connaître. Certes… mais cela me laisse tout de même perplexe !

Anne Frank au pays du manga permet de confronter la vision de l’histoire des occidentaux à celle des japonnais. Au pays du soleil levant, on ne considère pas les responsables des crimes contre l’humanité comme chez nous. L’extrême droite tient une place importante et n’hésite pas à remettre en question certains faits historiques quand cela l’arrange. Pour autant, nous ne sommes pas exempts de reproches. Comme le fait remarquer un des personnages à l’auteur, connaissons nous Sadako Sasaki, petite fille décédée d’une leucémie suite au bombardement d’Hiroshima ?

La conception de cette bande dessinée documentaire interactive est parfaitement réussie. Au fil des cases, on découvre de temps à autre une petit signe + derrière lequel se trouvent des diaporamas, des interviews, etc. J’ai appris énormément de choses sur le Japon et cela m’a permis de réfléchir à notre façon d’enseigner en France. Même si les programmes en changent pas dans le bon sens et que les exigences baissent, je crois que nous avons de la chance de permettre à nos élèves de réfléchir.

Si mon billet vous a convaincu, vous pouvez découvrir Anne Frank au pays du manga pour PC ici ou le télécharger sur AppStore ou Google Play. Comme c’est gratuit, vous n’avez aucune excuse pour ne pas le faire !

LEWKOWICZ, Alain, BOURGEAU, Vincent, POTT, Samuel, SAINSAUVE, Marc, Anne Frank au pays du manga, Arte France, Subreal productions, 2012.

Les enfants des justes – Christian Signol – Lu par Philippe Allard

Virgile et Victoria vivent dans un village reculé de Dordogne, pas très loin de la ligne de démarcation. La rivière sépare la France libre de la France occupée. Le couple vit librement ou presque. Virgile est menuisier et passe ses journées dans son atelier, comme son père l’a fait avant lui. Victoria, elle s’occupe des bêtes et de la maison. Leur vie ressemble à celle de beaucoup de gens de la campagne à cette époque là.

De l’autre côté de la ligne de démarcation, les allemands sont présents partout. Grâce à son laisser-passer, Victoria se rend tout de même de temps en temps à la ville pour faire quelques courses. Le jour où le Docteur Dujaric demande à Virgile s’il veut bien transporter des gens dans sa barque, la nuit, pour les faire passer en zone libre, le couple accepte avec naturel. Au départ, ils ne se rendent pas vraiment compte du danger. Ce qu’ils font leur paraît normal.

A leur grand regret, Virgile et Victoria n’ont jamais eu d’enfant. C’est donc avec bonheur qu’ils acceptent de s’occuper de Sarah, une petite fille juive que ses parents ont voulu mettre en sécurité. Sarah est une citadine. Elle ne connaît rien de la vie à la campagne et a bien du mal à supporter la séparation avec ses parents. Mais la bonne humeur, le dévouement et la persévérance de Victoria pour faire en sorte que la petite fille se sente ici comme chez elle finissent par lui faire retrouver le sourire.

Le danger est sans cesse présent. Virgile et Victoria s’efforcent d’être courageux et discrets mais n’ont pas l’impression de faire quelque chose d’héroïque. Ils agissent ainsi par devoir. Ainsi, ils refusent l’argent qu’on leur propose pour la garde de Sarah et la considèrent comme leur propre fille. Quelques mois plus tard, ils accueillent également un petit garçon.

Virgile et Victoria sont des braves gens mais pas pas dans le sens péjoratif du terme. Leur simplicité et leur bon sens les rendent attachants. C’est un couple solide, qui s’aime et possède de vraies valeurs. Par bien des aspects, ils sont attendrissants.

Si le sujet et l’écriture n’ont rien d’original, le roman est tout de même agréable à lire. La voix de Philippe Allard, très sobre, sert parfaitement le texte et rend un bel hommage à ce couple de justes au grand coeur.

Merci Sandrine de m’avoir permis de découvrir ce livre.

SIGNOL, Christian, ALLARD, Philippe, Les enfants des justes, Audiolib, 2012.

Jacob, Jacob – Valérie Zenatti

Jacob, jeune juif de 19 ans, appartient à une famille modeste de Constantine. II vit dans un appartement minuscule avec ses parents, un de ses frères, sa belle-soeur qui est enceinte et ses neveux et nièces. Tout ce petit monde dort dans la même pièce et la cohabitation n’est pas toujours simple.

A côté de son père et de son frère, deux rustres qui imposent leur dictat et qui sont craints par toute la famille, Jacob fait figure d’ange. Il joue avec les enfants, se lève la nuit avant que Camille ne réveille les hommes par ses crises de somnambulisme, part à la recherche de Gabriel quand celui-ci est absent à l’heure du dîner. Les femmes de la famille, elles, sont soumises à leur mari. En charge de l’éducation des enfants, elles sont responsables s’ils dérogent aux règles.

Nous sommes en 1944 et la famille de Jacob ignore tout de la guerre. Quand ce dernier est enrôlé pour libérer la France, personne ne comprend réellement les enjeux. Ses parents sont fiers, Jacob va devenir un homme, un vrai. Ce dernier participe au débarquement de Provence alors que sa famille le croit toujours en Algérie. Avec Ouabedssalam, Attali et Bonnin, ses compagnons d’infortune, il perd peu à peu sa douceur et sa candeur en découvrant la triste réalité de la guerre. Trois ans avant son incorporation, on lui refusait l’école car il était juif. Au moment où se déroule l’histoire, la France a besoin de lui pour la délivrer…

Et le pire dans cette histoire, c’est que Jacob et sa famille ne se rendent même pas compte à quel point ils sont manipulés. Ils sont trop pauvres, trop rustres, pas assez instruits pour avoir du recul sur la situation. Quelques années après la Seconde Guerre mondiale, comme tous les Pieds Noirs ou presque, la famille va fuir l’Algérie pour cette France qui ne voudra pas d’eux. L’histoire se répète et le lecteur assiste impuissant à la douleur de cette famille.

Grâce à une écriture extrêmement bien maîtrisée et fluide, Valérie Zenatti montre l’impact de l’Histoire sur l’histoire d’une famille parmi tant d’autres. Cela donne un roman vraiment réussi.

Une lecture commune que je partage avec Laurie.

ZENATTI, Valérie, Jacob, Jacob, Éditions de l’Olivier, 2014.

Kinderzimmer – Valentine Goby

Pendant la Seconde Guerre mondiale, au camp de Ravensbruck, la Kinderzimmer est une pièce réservée aux nourrissons. Pour les rares femmes qui accouchent là-bas, c’est une lueur d’espoir.

Mila -Suzanne Langlois de son vrai nom- travaille dans un magasin de musique quand elle se fait arrêter en 1944. Résistante, elle codait des messages sur des partitions de musique et cachait ceux qui s’opposaient à l’ennemi. Après un court séjour à Fresnes, elle arrive à la mi-avril en Allemagne, à Ravensbruck. Elle sait qu’elle est enceinte mais fait tout pour le cacher. Elle est tellement occupée par sa survie au quotidien qu’elle pense peu à ce bébé qui va bientôt naître. Elle se demande même si elle ne s’est pas trompée. Au camps, plus aucune femme n’a ses règles alors…

Mila perd pourtant les eaux au travail, dans l’atelier de couture dans lequel elle a été affectée, et donne naissance à un petit James qui la raccroche à la vie. Désormais, elle a une deuxième bouche à nourrir. Le lait manque, les changes aussi. Les bébés ne sont pas les mieux lotis, loin de là : « James boit du lait en poudre quand un cadavre est porté à la morgue et que les chatons de la Schewster ont suffisamment déjeuné. » (p.100 de la version numérique).

Kinderzimmer fait partie de ces romans qu’on ne lit pas par plaisir mais qu’il faut lire. Parce qu’on ne dira jamais assez l’horreur, parce qu’on ne décrira jamais assez les conditions de vie et de mort de ces hommes et de ces femmes traités moins bien que des animaux. « Maintenant, dit une femme, chui marquée comme mes vaches. » (p.23 de la version numérique). L’auteur résume très bien son objectif dans les dernières pages du livre : « il faut des historiens pour rendre compte des évènements; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l’instant présent. » (p154-155 de la version numérique).

Et effectivement, dans Kinderzimmer, c’est le quotidien de Mila qui est décrit. Ses pensées, ses peurs, sa lutte pour sa propre survie puis celle de son fils, la maladie, les appels en pleine nuit, le froid, la vermine, la merde, la faim, les coups. « Mais rien n’y fait. Sous leurs coudes pliés, les prisonnières françaises encaissent les coups et achèvent la Marseillaise. De toute façon, qu’ont à perdre des condamnés à mort ? » (p.55-56 de la version numérique).

Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce roman. On ne peut pas aimer un tel livre. Mais Valentine Goby a eu raison de l’écrire. Comme tous les auteurs qui ont écrit avant elle. Comme tous ceux qui écriront après.

« elle n’a pas oublié que le chien n’a pas mordu, que sa vie a tenu à cela, le vie tient à si peu de chose, à un pari. La vie est une croyance. » (p.154-155 de la version numérique).

« ne pas mourir avant la mort. Vivre, dit-on. » (p.103 de la version numérique).

Une lecture commune avec Noukette, Jérôme, Sandrine, Hérisson et Valérie.

Merci Véro 🙂 !

GOBY, Valentine, Kinderzimmer, Actes Sud, 2013.

Max – Sarah Cohen-Scali

Max -Konrad von Kebnersol pour les autorités- est un exemple parfait du programme Lebensborn initié par Himmler et mis en place dès 1933 en Allemagne. Il est né le 20 avril 1936, date anniversaire du Fürher. C’est pour cette raison qu’il a été baptisé par Hitler lui-même. Dès sa naissance, on l’a pesé, mesuré et observé sous tous les angles pour être certain qu’il répondait à tous les critères de perfection de la race aryenne et qu’il n’était pas nécessaire de l’éliminer.

Sa mère a été scrupuleusement sélectionnée par les nazis et son père est un soldat SS. Ils ne se connaissaient pas. Leur rencontre a été organisée pour qu’ils conçoivent un enfant et c’est tout. Comme toutes les femmes sélectionnées pour ce programme, la mère de Max l’a nourri pendant quelques mois au sein, sous étroite surveillance, dans un endroit conçu exprès pour élever la future élite de la nation. Ils ont ensuite été séparés de force et ont continué leur vie chacun de leur côté sans avoir de nouvelles l’un de l’autre.

A travers l’histoire de Max, ce sont toutes les atrocités commises par l’Allemagne nazie que Sarah Cohen-Scali donne à voir aux adolescents. Extrêment bien documenté, il couvre la période 1936-1945, de l’apogée du Reich à sa défaite. Le lecteur découvre l’endoctrinement et les conditions dans lesquelles les enfants étaient éduqués par des nazis prêts à tout pour parvenir à leurs fins. La façon de penser de Max et son comportement font froid dans le dos. Tout petit, il est déjà conditionné. Ses réflexes dérangent et mettent mal à l’aise le lecteur. Max est un roman qui prend aux tripes et qu’on ne peut pas lâcher avant la fin.

COHEN-SCALI, Sarah, Max, Gallimard jeunesse, 2012.

Un secret – Philippe Grimbert

Un secret est un roman. Il s’agit donc d’une fiction. Mais Philippe Grimbert explique dans une courte interview, à la fin de cette version audio, qu’il s’est inspiré de sa propre histoire familiale pour écrire ce livre.

Né en 1948, Philippe Grimbert est d’une santé fragile. Il se rend régulièrement chez le médecin et a un physique plutôt chétif. Ses parents sont très sportifs et le jeune garçon sent bien que son père est déçu qu’il soit incapable de suivre la lignée familiale. Son physique le complexe. Il ne se sent pas toujours bien dans sa peau. Alors, pour se consoler de ses chagrins et pour se sentir moins seul, Philippe Grimbert s’invente un frère. Plus beau, plus fort, plus brillant.

Il imagine aussi une histoire familiale à partir de bribes de conversations entendues à droite et à gauche. Puisque ses parents lui livrent très peu d’informations sur leur jeunesse et leur vie avant sa naissance, il invente. Il remarque aussi qu’ils ont parfois des réactions surprenantes comme cette fois où il découvre une peluche au milieu de vieilles affaires. Ils semblent troublés, mal à l’aise. Mais qu’importe, le jeune garçon l’adopte de suite et la surnomme Sim.

Un peu plus tard, à l’école, Philippe regarde un film documentaire sur la Seconde Guerre Mondiale et l’attitude idiote d’un caïd de la classe le met dans un tel état de rage qu’il se bat avec alors que d’habitude, il s’efface dans ce genre de circonstance. A ses parents, il ne raconte pas les raisons exactes de cette bagarre. Par contre, il se confie à Louise, sa voisine et amie âgée de 60 ans.

Louise se décide alors à lui révéler le secret de la famille. Caché depuis des années, ce dernier a toujours suinté. Et si Philippe se sent souvent si mal, s’il s’est inventé un frère, ce n’est pas tout à fait par hasard…

J’ai vu le film adapté de ce roman il y a quelques mois ou années et je me souviens avoir aimé. J’ai préféré encore sa version audio, lue par l’auteur lui-même. La voix est agréable est les presque 3 heures d’écoute passent à une vitesse folle. Les passages où l’auteur invente une histoire à ses parents sont parfois un peu longs mais au final, Un secret est un roman passionnant. Il n’a pas remporté le prix Goncourt des lycéens en 2004 et celui des lectrices de Elle en 2005 par hasard !

GRIMBERT, Philippe, Un secret, Audiolib, 2008.

L’enfant cachée – Loïc Dauvillier

Elsa se réveille en pleine nuit et aperçoit de la lumière dans le salon. Sa grand-mère est assise sur le canapé, les larmes aux yeux. La petite fille lui explique que quand elle fait des cauchemars, elle les raconte à sa mère et après, ça va mieux. Dounia décide alors de lui parler de ce qu’elle a vécu, il y a très longtemps, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. C’était pendant la Seconde Guerre mondiale, juste après la défaite de 1940. Dounia est d’origine juive. Je ne vous raconte pas la suite, je pense que vous l’imaginez sans problème…

L’enfant cachée est une bande dessinée destinée aux jeunes lecteurs à partir de la fin de l’école primaire. Le livre aborde la question de l’antisémitisme et de la déportation des juifs avec beaucoup de finesse, sans rentrer dans le détail de tout ce que ce peuple a subi. Le point de vue adopté est celui de la petite fille cachée par ses parents pour être sauvée. On ne peut rester insensible à tout ce qu’elle ressent et d’ailleurs, les larmes me sont montées aux yeux plusieurs fois.

Le jeune lecteur qui ne connaît pas bien la Seconde Guerre mondiale ne manquera pas de se poser des questions sur les raisons de cette histoire. En tant qu’adulte, je regrette tout de même qu’Elsa, la petite fille de Dounia, ne soit qu’un prétexte. Elle n’est présente qu’au début et à la fin du récit. Je n’ai pas aimé non plus la façon dont sont dessinés les personnages. Ils ont tous une tête proportionnellement beaucoup plus grosse que le reste du corps.

Il n’en reste pas moins que L’enfant cachée est un très bon livre pour permettre aux enfants de comprendre une période de l’histoire si difficile, sans pour autant les choquer avec des détails ou des images sordides. 

Edit du 28 mai : voici le commentaire posté par Loïc Dauvillier suite à ce billet. Vous trouverez ma réponse dans les commentaires.

Bonjour,
Je suis Loîc, le scénariste de la bande dessinée.
Merci pour votre lecture et votre note.
Pour Elsa, certes, nous aurions pu lui donner plus d’ampleur dans cette histoire mais ce n’est pas le sujet. Elsa n’est pas un prétexte. Comme bien souvent, les personnes dans la situation de Dounia ont gardé le silence. Elles n’ont pas parlé à leurs enfants. Il a fallu une génération pour pouvoir libérer la parole. Ceci explique l’importance de la place d’Elsa dans cette histoire.
Développer le personnage d’Elsa, ce serait s’intéresser à sa réaction vis à vis de la confidence de sa grand-mère. Ce n’est pas le sujet.
Pour le graphisme… on pourrait croire que l’utilisation des grosses têtes (et donc des petits corps) n’a qu’un sens esthétique. Ce n’est pas le cas. Nous nous adressons à des enfants. Notre intention est de travailler sur l’humain. Par le dessin, nous devons réussir à faire passer les émotions. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. L’enfant doit immédiatement comprendre le sentiment du personnage. En maternelle, on apprend aux enfants à lire sur le visage les émotions… On sait que la position des yeux et de la bouche nous indique clairement ce que ressent la personne en face de nous.
En partant de ce postulat, il nous a semblait évident que le graphisme devait mettre en évidence les yeux et la bouche…. le meilleur moyen est de les mettre bien en évidence par une augmentation de la dimension.
Marc Lizano n’a rien inventé. C’est une technique qui se pratique dans de nombreuses bande dessinée comme peanuts (snoopy).

loïc

DAUVILLIER, Loïc, LIZANO, Marc, SALSEDO, Greg, L’enfant cachée, Le Lombard, 2012.

La femme de nos vies – Didier Van Cauwelaert

Comment exister alors qu’on aurait dû mourir et qu’un autre a décidé que l’on vivrait à sa place ? C’est la question à laquelle a été confronté David Rosfeld. Ce nom est d’ailleurs celui du garçon qui lui a sauvé la vie et lui a donné son identité.

Son nom de naissance est Jurgen Bolt. Il naît dans une famille d’agriculteurs allemands quelques années avant la Seconde Guerre mondiale. Considéré depuis toujours comme un attardé par ses parents, ces derniers décident d’améliorer un peu leur quotidien en l’échangeant contre un peu d’argent. En effet, à cette époque là, le ministère de la Santé offre une prime aux Aryens qui donnent leur enfant. C’est un bon moyen de purifier la race…

C’est ainsi que Jurgen se retrouve, en compagnie de nombreux juifs, dans un hôpital psychiatrique où l’on expérimente la chambre à gaz. Là-bas, il fait la connaissance de David Rosfeld, un adolescent juif aussi silencieux et solitaire que lui, qui passe son temps à lire un livre, Le secret des atomes. Diagnostiqué comme surdoué et repéré par Ilsa Schaffner, une scientifique, David doit sortir de l’hôpital psychiatrique pour rejoindre une école expérimentale et éviter ainsi une mort certaine.

Mais l’adolescent pense qu’il n’est pas fait pour vivre. Son intelligence est théorique. Il ne sait pas vivre avec les autres. Il décide donc qu’il ira à la chambre à gaz et que Jurgen Bolt deviendra David Rosfeld, sera heureux pour lui et surtout transmettra au monde ses importantes découvertes scientifiques ainsi que celles de sa mère. Un allemand sauvé en se cachant sous une identité juive, c’est le comble !

Toute cette histoire et sa suite, c’est David, le narrateur, qui la raconte à Marianne, la petite fille de la scientifique Ilsa Schaffner. La jeune femme a toujours pensé que sa grand-mère était une nazie. C’est ce que l’histoire et les médias ont retenu. C’est aussi ce que sa mère, décédée aujourd’hui, lui a toujours dit. Mais Jurgen Bolt / David Rosfeld va lui révéler un secret bien gardé, une vérité bien différente de l’histoire officielle.

Écrit à la deuxième personne du pluriel – David Rosfeld s’adresse à Marianne dans une sorte de monologue- La femme de nos vies raconte une histoire d’amour, de valeurs et de convictions politiques sur fond de Seconde Guerre mondiale. Le roman montre également comment les scientifiques qui ont fait des découvertes importantes ont été spoliés ou, pire encore, comment on s’est servi de leur travail pour véhiculer le mal. Le roman est inspiré d’une histoire vraie et le contexte dans lequel il s’inscrit lui donne une dimension humaine vraiment intéressante.

David Rosfeld est un personnage attachant. Sa vie est incroyable. Etre aussi fort, ne pas sombrer dans la dépression, réussir à être heureux et à aider les autres après avoir vécu de telles choses semble incroyable.

La femme de nos vies est incontestablement un roman à découvrir. En tous cas, il m’a réconcilée avec Didier Van Cauwelaert !

Les avis de Noukette, Clara, Leiloona et l’Irrégulière.

VAN CAUWELAERT, Didier, La femme de nos vies, Albin Michel, 2013.

Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire – Sarah Kaminsky

Adolfo Kaminsky est un homme au destin hors du commun. Interné à Drancy pendant la Seconde Guerre mondiale, il doit le fait de ne pas avoir été déporté vers les camps de la mort uniquement à sa nationalité argentine. Ses parents, juifs d’origine russe, se sont exilés en France au début des années 1930. Trés tôt, Adolfo Kaminsky se passionne pour la chimie et dès l’âge de dix-sept ans il se sert de ses connaissances pour fabriquer des faux-papiers aux juifs. Chaque minute de sommeil est pour lui du temps de travail en moins et donc des vies de perdues.

« Mais je défendais fermement l’idée que chaque individu, particulièrement s’il est traqué et que sa vie est en danger, puisse jouir du droit de circuler librement, de traverser les frontières, de choisir la destination de son exil. » p.110

A la fin de la guerre, il continue son activité pour le compte de l’espionnage et du contre-espionnage français. Ainsi, il permet à des espions de s’infilter en Allemagne pour récupérer des preuves de l’existence des camps avant que l’ennemi ne détruise tout. Anti-colonialiste avant l’heure, il arrête de travailler pour l’État au moment de la guerre d’Indochine. Il aide ensuite un réseau clandestin d’imigration des rescapés des camps en Palestine.

Adolfo Kaminsky rencontre lui-même des problèmes pour obtenir un permis de séjour en France. Il lui faut des papiers argentins et aussi les preuves d’un travail légal.

« Je me suis souvenu de mon premier faux. Le bien-fondé de mon action était alors incontestable. Transgresser la loi, il le fallait. Mais n’avais-je pas ainsi basculé sans retour dans l’illégalité ? J’avais toujours veillé à ce que mon savoir et mes techniques ne servent que des causes légitimes. J’avais toujours veillé à ne jamais transiger avec mon sens de l’éthique et de la moralité. Mais j’étais à nouveau hors la loi, et je me demandais si, du jour où j’avais réalisé mon premier faux, je n’étais pas tombé dans un engrenage dont j’aurais toute ma vie du mal à me défaire. » p.120

Après plusieurs années d’interruption, l’homme poursuit son activité de faussaire pour le FLN. Les accords d’Évian signés, il aide de nombreux hommes et femmes qui combattent la dictature en Amérique du Sud, en Afrique, etc.

Adolfo Kaminsky ne fait jamais de profits. Grand défenseur des droits de l’Homme, il souhaite garder sa liberté et son indépendance. Il vit donc très pauvrement et exerce une double activité : photographe le jour pour gagner un peu d’argent et faussaire la nuit. Sa vie sentimentale est des plus chaotiques car il doit toujours vivre dans le secret, l’urgence et le danger.

Écrit par sa fille, ce livre retrace la vie extraordinaire d’un homme de conviction.

KAMINSKY, Sarah, Adlofo Kaminsky, une vie de faussaire, Calmann-Lévy, 2009.

Le confident – Hélène Grémillon

Camille vient de perdre sa mère. Au milieu des mots de condoléances, une enveloppe épaisse retient son attention. A l’intérieur, une lettre d’un certain Louis qui raconte une histoire d’amitié, d’amour et de mère porteuse sur fond de Seconde Guerre mondiale. Une erreur, pense t-elle au début. Camille est éditrice. C’est peut être un moyen original trouvé par un auteur pour se faire remarquer. Mais chaque semaine, le mardi, une nouvelle lettre arrive et la jeune femme commence à comprendre que ces courriers lui sont bien destinés. Elle se rend compte qu’elle ne connait pas tout de son passé. Un terrible secret se dévoile petit à petit.

Un magnifique roman dont on entend beaucoup parler sur la blogosphère en ce moment. Il se dévore du début à la fin. L’écriture est fluide, le suspens insoutenable et l’histoire pas si simple qu’on pourrait le penser au départ. Au moment où Camille va devenir maman, elle découvre que sa propre mère n’était pas tout à fait comme elle le croyait. Le seul reproche que je ferai à ce livre, c’est que le ressenti de la jeune femme n’est pas assez développé. Les autres personnages, eux, sont plus fouillés. Les sentiments et les motivations des uns et des autres sont bien exposés -notamment grâce au changement de narrateur- et même les actes les plus horribles trouvent une explication. Au lecteur de les excuser ou non… Un premier roman prometteur !

Merci à Clara qui fait voyager ce livre.

GRÉMILLON, Hélène, Le confident, Plon, 2010.

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