L’étoile d’Erika -Vander Zee et Innocenti

Elle a parlé de cet album il y a quelques temps et je suis tombée dessus par hasard à la médiathèque. Impossible de passer à côté de cette première de couverture sans la remarquer…
Erika est née en 1944. Sur la route des camps, sa mère l’a sauvée en la jetant par la fenêtre du wagon. Elle a été recueillie par une femme qui lui a donné un nom, un prénom, une date de naissance et s’est occupée d’elle. Erika ne connaît rien de son histoire, de ses origines. Tout ce qu’elle peut faire, c’est imaginer ses parents et ce qu’ils ont vécu.

Un joli récit plein de pudeur, tant dans le texte que dans les illustrations. Les émotions, retenues, n’en sont que plus touchantes. Malgré le tragique, c’est la vie et le bonheur qui reprennent le dessus à la fin. C’est ça que j’ai aimé dans cet album…

VANDER ZEE, Ruth, INNOCENTI, Roberto, L’étoile d’Erika, Milan jeunesse,

« Si c’est un homme » de Primo Lévi

Arrêté comme résistant en février 1944 puis déporté dans une annexe d’Auschwitz jusqu’à la libération du camp, Primo Lévi prend sa plume entre décembre 1945 et janvier 1947 pour raconter l’horreur de l’univers concentrationnaire. Il décrit ses conditions de vie et celles de ses compagnons de malheur. Les privations de toutes sortes, les coups, la violence physique et morale, la lutte pour survivre, le chacun pour soi, la maladie, la faim, la peur, le froid et bien d’autres choses encore, à peine imaginables, faisaient partie du quotidien.

 

J’ai lu beaucoup de documents sur la Seconde Guerre mondiale et les camps de concentration mais Si c’est un homme est vraiment à part. J’ai dû le lire par petits morceaux tellement certains passages m’ont remuée. Celui-là par exemple :

« qu’on offre à quelques individus réduits en esclavage une position privilégiée, certains avantages et de bonnes chances de survie, en exigeant d’eux en contrepartie qu’ils trahissent la solidarité naturelle qui les lie à leurs camarades : il se trouvera toujours quelqu’un pour accepter. Cet individu échappera à la loi commune et deviendra intouchable; il sera donc d’autant plus haïssable et haï  que son pouvoir gagnera en importance. Qu’on lui confie la commandement d’une poignée de malheureux, avec droit de vie et de mort sur eux, et aussitôt il se montrera cruel et tyrannique, parce qu’il comprendra que s’il ne l’était pas assez, on n’aurait pas de mal à trouver quelqu’un pour le remplacer. » p.140

La solidarité dans le malheur, quand on vit dans de conditions aussi atroces, n’existe plus. C’est chacun pour soi. Comment condamner un tel comportement quand on sait que les déportés étaient réduits à l’état d’esclave et pire encore, de bête ?

Au delà de la description de la vie dans le camp, Primo Lévi analyse les comportements humains et tous les mécanismes mis en place par les nazis pour détruire l’homme, non seulement physiquement mais aussi psychologiquement. Il relate des faits bruts, sans haine, avec une lucidité et un recul extraordinaire pour quelqu’un qui écrit si peu de temps après avoir vécu l’impensable. C’est tout cela qui fait la force de son récit.

Un témoignage indispensable, un livre qu’il FAUT lire !

LEVI, Primo, Si c’est un homme, Pocket, 2003.

Je l’ai enfin lu !

On a tellement parlé de ce livre que même ceux qui ne l’ont pas (encore) lu savent de quoi ça parle, à moins d’avoir déserté la blogosphère, les classements des meilleures ventes de livres et les rayons des libraires ces derniers mois. Mon esprit fainéant ce contentera donc de recopier la quatrième de couverture :

Janvier 1946. Tandis que Londres se
relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un
sujet de roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un
inconnu, natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil des
lettres qu’elle échange avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre
son monde et celui de ses amis : un étrange club de lecture inventé
pour tromper l’occupant allemand, le «
Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ».
De lettre en lettre, Juliet découvre l’histoire d’une petite communauté
débordante de charme, d’humour, d’humanité. Et puis vient le jour où, à
son tour, elle se rend à Guernesey…

C’est joyeux et léger malgrè le sujet, parfois loufoque et drôle, ça se lit d’une traite avec le sourire aux lèvres et on referme la dernière page en regrettant que ce soit déjà terminé. A lire donc si ce n’est pas encore fait parce que c’est un livre sur la Seconde Guerre mondiale pas comme les autres.

D’autres avis ici.

 

SHAFFER, Mary Ann, BARROWS, Annie, Le Cercle littéraire des Amateurs d’épluchures de patates, France loisirs, 2008.

« Ritournelle de la faim » de JMG Le Clézio

Ethel grandit pendant l’entre-deux guerres, dans une famille bourgeoise originaire de l’île Maurice. Sa meilleure amie, Xénia, qu’elle admire profondément, vit dans un contexte beaucoup plus difficile : son père est mort en prison et sa mère a dû fuir son pays d’origine, la Russie, juste après la Révolution. Depuis, la misère fait partie du quotidien.

Ethel assiste aux premières conversations de son père et de ses invités du dimanche sur Hitler. Au début, elle ne comprend pas tout mais petit à petit, elle se rend compte que les gens qui l’entourent sont égoïstes, profiteurs et orgueilleux.

Quand la jeune fille hérite d’un terrain magnifique, arboré et calme, en plein cœur de Paris où son grand oncle, Monsieur Soliman, rêvait de faire installer un pavillon indien acheté à l’exposition universelle, son père profite du fait qu’elle soit mineure pour lui faire signer un pouvoir. A la place du pavillon, il fait construire un immeuble hideux. Ethel le vit comme une véritable trahison, d’autant plus que son père investit l’argent n’importe comment et entraîne la banqueroute de toute la famille. Quand elle commence à se rendre compte de la situation, elle essaie de prendre les choses en main mais il est déjà trop tard : la guerre arrive.

 

Je suis tombée par hasard sur ce livre en regardant le présentoir des nouveautés à la médiathèque et j’ai profité de l’occasion car je n’ai jamais lu de livre de Monsieur le Prix Nobel de littérature. Je savais à peine de quoi ça parlait et généralement, dans ce cas là, je ne prend pas de risque car j’ai toujours peur de perdre mon temps avec un navet… Mais là, je me suis dit que je ne voulais pas mourir bête !!!!! Et j’ai bien fait car il s’agit d’un magnifique roman sur la grandeur et la décadence de la bourgeoisie. Par certains aspects, il m’a fait penser à Suite française d’Irène Némirovsky. Pour ne rien gâcher au plaisir, JMG Le Clézio écrit très bien : c’est de la grande littérature !

Un extrait :

« De Londres, Laurent Feld lui avait rapporté des disques inconnus en France, Rhapsody in blue de Gershwin, Dimitri Tiomkin, et aussi Dizzy Gillespie, Count Basie, Eddie Condon, Bix Beiderbecke. C’était sans doute la réponse de Laurent aux plaintes récurrentes des invités d’Alexandre sur les nègres et les métèques qui envahissaient la France, qui allait transformer Notre-Dame en synagogue ou en mosquée. » p. 94

Lire l’avis d’Amanda Meyre.

LE CLEZIO, JMG, Ritournelle de la faim, Gallimard, 2008.

La mémoire, le secret, l’oubli…

Franz-Georg n’a aucun souvenir de sa petite enfance, de tout ce qui s’est passé dans sa vie avant ses 5 ans. Le seul témoin de ce passé est son ours en peluche, Magnus, qu’il gardera à ses côtés tout au long de sa vie ou presque.

L’histoire se passe en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. Les parents de Franz-Georg sont nazis, son père est médecin dans un camp de concentration. Bien entendu, le jeune garçon ne comprend rien de tout cela au début mais au fur et à mesure qu’il grandit, il commence à ouvrir les yeux et à découvrir l’innommable…

Devenu adulte, il fait quelques découvertes sur ce passé qui le hante mais sa mémoire reste percée de nombreux trous…

                               

Voilà un roman dont je n’avais jamais entendu parler (honte à moi !). C’est Malice qui me l’a offert dans le cadre du swap Eternel féminin. Quelle bonne idée elle a eue !

Le secret, l’oubli, les failles de la mémoire, la quête d’une identité : tels sont les thème majeurs de ce roman. J’ai bien aimé ce héros écorché vif, incapable de se sentir bien dans sa vie car il a été trahi et ne sait pas d’où il vient.

L’écriture de Sylvie Germain est assez particulière. Elle nous livre l’histoire de Franz-Georg et de Magnus petit à petit, par fragments. C’est un peu comme un puzzle qu’on a hâte de terminer pour le voir dans sa globalité et lui donner du sens. Seul petit bémol : le texte est entrecoupé de citations, de poèmes et de biographies qui m’ont parfois gênée et dont je n’ai pas toujours bien compris le sens.

Lire les avis de Florinette, Bellesahi, Malice, Cathulu, Sylire qui proposent toutes des liens vers d’autres billets. Ce livre semble avoir fait le tour d’une bonne partie de la blogosphère !

GERMAIN, Sylvie, Magnus, Gallimard, Folio, 2007.

A la mémoire des disparus d’Oradour sur Glane

Rolande Causse rend hommage à travers ce court texte poétique à tous les disparus d’Oradour sur Glane tués par balles ou brulés vifs dans l’église du village le 10 juin 1944 par des SS, 4 jours après le débarquement de Normandie et le début de la libération de la France. Elle raconte avec beaucoup de pudeur les derniers instants de vie avant le drame dans ce gros bourg du Limousin : les enfants à l’école, l’épouse de l’instituteur en train de se faire couper les cheveux, l’équipe de foot réunie en ce samedi, etc. Et puis, l’horreur, l’indicible, avec l’arrivée des soldats allemands.

Les dessins à l’aquarelle de Georges Lemoine illustrent magnifiquement le texte. J’aime beaucoup la première de couverture. Elle en dit long avec, au premier plan, les bottes et le bas du corps d’un soldat allemand en uniforme tourné vers le village dont on voit l’église et les habitations en flammes en arrière plan.

Jean-François s’est rendu à Oradour. Il raconte ce qu’il a ressenti là-bas et dit d’Oradour la douleur que « c’est une parfaite réussite ».

CAUSSE, Rolande et LEMOINE, Georges, Oradour la douleur, Syros jeunesse, 2001.

Maus

Art Spiegelman, célèbre dessinateur new-yorkais, connu notamment grâce à l’immense succès de Maus (prix Pulitzer 1992), raconte la vie de Vladek, son père, émigré juif polonais survivant d’Auschwitz. L’originalité de cette BD en noir et blanc réside dans le fait que les juifs sont représentés par des souris et les nazis par des chats.

Outre l’aspect historique, le livre montre également les répercutions psychologiques du génocide juif et les conséquences pour les générations « d’après ». En effet, Art et son père ont des relations très conflictuelles qu’ils ne parviendront pas à apaiser. Vladek est trop radin et trop exigeant vis à vis de son entourage. Art, lui, culpabilise de ne pas avoir vécu l’horreur, d’être en vie, de ne pas faire aussi bien que son père le souhaiterait, d’avoir du succès grâce à la tragédie vécue par sa famille, etc.

J’avais déjà lu cette BD il y a deux ou trois ans mais je n’ai pas pu résister quand elle m’est passée à nouveau entre les mains.  Il fallait que je la relise… Le sujet est bien évidement très dur mais je trouve que c’est plus facile à lire que les romans ou les témoignages historiques sur le même sujet. Et puis, les touches d’humour apportées par le dessinateur au sujet de son père apaisent un peu les choses…

C’est une BD à ne pas manquer si vous ne la connaissez pas encore !

Kathel a aussi fait un billet sur Maus aujourdh’ui.

SPIEGELMAN, Art, Maus, Flammarion, 1998.

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