Grâce – Delphine Bertholon

Comme tous les ans au moment des fêtes de fin d’année, Nathan vient passer quelques jours de vacances chez Grâce, sa mère, en compagnie de ses enfants. Dans la maison familiale, il retrouve sa soeur Lize mais cette année, le sapin traditionnellement trop grand ne trône pas dans le coin du salon. Quelque chose ne va pas…

Les jours suivant confirment cette impression. Les jumeaux sont réveillés en pleine nuit par des jets de projectiles dans leur chambre, Grâce avoue qu’elle a découvert un couteau planté dans le plafond, elle a déplacé une armoire pour bloquer l’accés au grenier et elle est ébouillantée dans sa baignoire suite à un problème de cumulus. Tout cela fait vraiment beaucoup.

Le récit alterne entre présent et extraits d’un journal écrit par Grâce dans les années 1980. A l’époque, son mari n’avait pas encore disparu sans laisser d’adresse mais il était souvent absent pour des raisons professionnelles. Grâce ayant décidé de reprendre le travail, ils avaient embauché une jeune fille au pair polonaise pour s’occuper des enfants. Jalouse de sa beauté et de sa jeunesse, Grâce ne l’aimait pas. Pourtant, tout se passait bien avec Nathan et Lize.

Les évènements présents auraient-ils un rapport avec ce passé ? L’ex-mari de Grâce est le coupable idéal. Il est revenu dans la région pour la rencontrer, elle et ses enfants, alors qu’il n’a pas donné signe de vie depuis plus de trente ans. Mais les choses ne sont pas aussi simples qu’on pourrait le croire. Nathan va de découvertes en révélations. Il y a des évènements dont il ne se souvient plus car il était trop petits, d’autres lui ont été cachés.

Les secrets, les non-dits, les rapports familiaux, la (re)construction d’êtres malmenés par la vie semblent être des thèmes récurrents chez Delphine Bertholon.

Ajoutez à cela une narration bien construite et vous ne serez pas déçu. En effet, l’auteur tient le lecteur en haleine et sait rendre son narrateur attachant. Nathan, veuf depuis la naissance des jumeaux -sa femme est décédée pendant l’accouchement- assume ses responsabilités de père et fait face à son passé avec brio. Cela ne l’empêche pas d’avoir des failles, comme tout un chacun. Cela le rend d’autant plus humain.

BERTHOLON, Delphine, Grâce, JC Lattès, 2012.

La bulle de secrets

Pierre-Yves revient de son footing quotidien quand il aperçoit un ado en pull-over rouge plaqué contre le mur en crépis d’une maison. Il n’y fait pas plus attention que cela mais le reconnaît bien quand il le retrouve… sur le fauteuil de son salon. Le jeune homme est entré et s’est installé pendant que Pierre-Yves enlevait ses chaussures dans le garage. Pas gêné !

Polo a fugué suite à une énième engueulade avec son beau-père et il ne sait pas trop où aller. Alors il est entré et maintenant, il refuse de partir. Il profite d’ailleurs du fait que Pierre-Yves soit sous la douche pour attraper un paire de menotte accrochée dans l’entrée. Il s’attache au radiateur et menace d’avaler les clés si le retraité s’approche de lui.

S’engage alors un étrange dialogue placé sous le sceau du secret.

Polo explique à Pierre-Yves que son père est parti du jour au lendemain sans donner de nouvelles et qu’il l’a attendu pendant des jours et des jours. Sa mère a fini par lui faire un cadeau qui n’était pas du tout de son goût le jour de ses huit ans : un beau-père. Entre Polo et cet homme, le courant n’est jamais passé et l’adolescent n’en peut plus des remarques incessantes sur son comportement, ses résultats scolaires, etc. Il en veut à sa mère aussi. C’est pour cette raison qu’il a décidé de fuguer.

Pierre-Yves a lui aussi un secret bien caché. Et il faudra toute la ténacité de Polo pour qu’il réussisse à s’ouvrir enfin.

Je crois que c’est encore une fois chez Jérôme et Noukette que j’ai repéré ce roman. Les premières pages ne m’ont pas semblé très crédibles. Je les ai même trouvées un peu caricaturales. D’un côté, l’ado au vocabulaire bien de son âge en rébellion contre sa famille. De l’autre, le retraité bougon qui utilise des mots et des expressions de son temps. Et entre les deux, un dialogue impossible.

Puis au bout de quelques pages, la mayonnaise prend. Les blessures de chacun apparaissent et les personnages se révèlent tel qu’ils sont vraiment. Ils deviennent bien plus attachants une fois les carapaces tombées. Polo fait preuve de maturité dans ses réflexions. Pierre-Yves n’est pas si sûr de lui qu’il veut le faire croire. Et l’échange permet à chacun d’avancer. Un roman à découvrir donc !

BENASTRE, Sophie, La bulle de secrets, Oskar éditions, 2014.

La fille qui n’aimait pas les fins – Yaël Hassan et Matt7ieu Radenac

Maya adore lire. Mais elle dévore les livres tellement vite que sa mère ne peut pas lui en acheter tout le temps. Cette dernière décide donc de l’inscrire à la bibliothèque, ce qui n’est pas du tout du goût de Maya. Ce qu’elle veut, elle, c’est posséder des romans et les accumuler sur les rayonnages de sa bibliothèque. Même si elle ne les lit jamais jusqu’au bout ! En effet, Maya n’aime pas les fins alors elle laisser un marque page lorsqu’elle sent que l’intrigue va se résoudre. Surprenant, non ? Maya est également signopaginophile : elle collectionne les marque-pages. Elle en a au moins autant que de livres.

A la bibliothèque, la jeune fille fait la connaissance de Manuelo, un vieux monsieur très sympathique qui partage sa passion pour la lecture. Assez vite, elle s’aperçoit qu’il lui cache des choses. Elle découvre par exemple qu’il est écrivain. Pourquoi ne lui a t-il rien dit ? Maya n’est pas au bout de ses surprises.

Un des thèmes principaux de La fille qui n’aimait pas les fins est l’amour de la lecture. Certains lecteurs se retrouveront sans doute à travers le personnage de Maya. Ce passage m’a par exemple beaucoup parlé : « Comment fait-elle pour vivre sans la compagnie des livres ? C’est vrai que moi j’ai grandi avec, que j’ai même poussé entre eux, au milieu d’eux, dans un joyeux fouillis de manuscrits. Les plus beaux souvenirs que je garderai à jamais de lui sont ceux de nos lectures, moments privilégiés entre tous, où, encore petit, je me blottissais le soir contre lui, me suspendant à sa voix grave et mélodieuse. Plus tard nous avons pris l’habitude de lire, à tour de rôle, les extraits de nos livres préférés« . p. 174

Il est aussi question dans ce livre de deuil (Maya a perdu son père et vit avec sa mère et son beau-père), d’amitié, de secret de famille et de relations familiales. L’ensemble est agréable à lire, notamment grâce à Maya, cette petite fille attachante qui grandit et approche peu à peu de l’adolescence. 

HASSAN, Yaël, RADENAC, Matt7ieu, La fille qui n’aimait pas les fins, Syros, 2013.

L’enfant des marges – Franck Pavloff

Première lecture de la rentrée littéraire et premier coup de coeur ! J’ai dévoré ce livre, je n’avais pas envie qu’il se termine, je ne voulais pas le refermer…

Ioan est un ancien photographe qui vit seul dans un mas des Cévennes. Après la mort accidentelle de son fils, il a décidé de ranger son appareil photo pour passer ses journées à réparer les murets en pierre qui s’écroulent sans cesse autour de chez lui. Se couper du monde pour ne pas avoir à l’affronter. Travailler avec ses mains pour ne pas avoir à penser. Oublier.

Le seul ami de Ioan, le seul avec qui il discute de temps en temps, c’est Justin, un vieil homme du pays. Leurs discussions ressemblent d’ailleurs plus à un monologue qu’à un échange. Ioan n’est pas prêt à entendre les autres. Pourtant, une phrase prononcée par son ami le touche profondément :  « maintenant que tu connais la fissure, elle ne te laissera plus en paix« .

Cette fissure, c’est la mère de Valentin, son petit-fils aujourd’hui adolescent, qui la provoque. Ioan n’avait plus de nouvelles d’elle depuis longtemps mais aujourd’hui elle l’appelle au secours. Valentin a disparu à Barcelone et ne donne plus de nouvelles depuis plusieurs mois.

Sans réfléchir, Ioan se retrouve au volant de sa voiture, direction Barcelone. Il pense faire un aller-retour pour ramener en France ce petit garçon qu’il portait sur ses épaules il y a quelques années, avant que le drame ne vienne fracasser sa vie. Finalement, il erre dans la capitale catalane, rencontre squatteurs et autres artistes ou marginaux. Il doit surtout faire face à un passé qu’il a volontairement enfoui et qui ressurgit à un moment où il ne s’y attendait pas. 

Parti pour rechercher son petit-fils, Ioan se retrouve donc confronté à son histoire familiale et au passé trouble de la guerre civile espagnole.

L’enfant des marges est une pépite dans laquelle le lecteur découvre par petites touches l’intimité d’un homme solitaire, mystérieux et refermé sur lui-même qui s’ouvre peu à peu aux autres. Ce récit initiatique regorge de personnages secondaires atypiques tous plus intéressants les uns que les autres qui aident Ioan dans sa quête de lui-même. Et puis, il y a aussi Barcelone, cette ville hors normes dont le coeur bat au son de ses habitants tout comme le roman vibre au rythme de la vie.

Un grand merci aux éditions Albin Michel pour l’envoi de ce livre.

PAVLOFF, Franck, L’enfant des marges, Albin Michel, 2014.

Cette main qui a pris la mienne – Maggie O’Farrell

 Années 1960. Contre l’avis de sa famille, Lexie rejoint Londres pour y vivre sa vie. Dans le Devon, avec ses parents, elle étouffe. La capitale britannique lui offre la possibilité de laisser libre cours à son ambition. D’abord employée dans un grand magasin, elle est chargée de conduire les clients, en ascenseur, d’un étage à un autre. Ce travail ne lui plaît pas mais lui permet d’être autonome et de payer sa chambre dans une pension de Soho. C’est là-bas qu’elle retrouve Innes, croisé par hasard chez ses parents, dont elle tombe sous le charme. L’homme, journaliste dans la revue d’art Elsewhere, lui propose de travailler pour lui en tant que secrétaire. Lexie accepte mais refuse sa proposition de venir vivre chez lui. Son caractère insolent et indépendant lui permet de tenir tête, au moins pour un temps, à cet homme fou amoureux d’elle.

Années 2000. Elina vient de donner naissance à un petit garçon. L’accouchement s’est déroulé dans des circonstances si difficiles qu’elle ne se souvient même plus avoir donné la vie. Si, au départ, son comportement est inquiétant, elle reprend pied petit à petit. S’occuper d’un bébé n’est pas tous les jours facile, bien entendu, mais Elina retrouve la mémoire et s’organise. Par contre, Ted, son compagnon, suit un chemin inverse. La naissance de son fils a été pour lui un moment traumatisant car il a cru perdre Elina mais juste après l’accouchement, son comportement est normal. C’est dans les semaines qui suivent qu’il commence à être envahi par l’angoisse. Des éléments de sa propre enfance qu’il avait complètement oubliés se rappellent à lui sans qu’il comprenne pourquoi. Dans une quête désespérée, il va mettre au jour un terrible secret.

Le récit alterne les histoires de Lexie et d’Elina, toutes les deux passionnantes, sans que le lecteur comprenne le lien entre les deux. On sent bien que le destin de ces deux femmes est lié mais comment ? La réponse ne vient que dans la dernière partie.

Lexie est un personnage au destin extraordinaire. Son courage et sa force de caractère sont exemplaires. Quant à Elina, son amour pour son enfant et pour son compagnon l’aide à surmonter les moments difficiles et à se surpasser. Les secrets de familles sont destructeurs et ressurgissent souvent au moment où on ne s’y attend pas, on le sait depuis que la psychanalyse s’est penchée sur le sujet. Maggie O’Farrel nous en offre encore un bel exemple à travers Cette main qui a pris la mienne, un roman qui se dévore.

O’Farrel, Maggie, Cette main qui a pris la mienne, Belfond, 2011.

Le silence – Jean-Guy Soumy

Quand Jessica apprend le suicide de son mari, un célèbre mathématicien de renommée internationale, toutes ces certitudes s’effondrent. Celui-ci s’est tiré une balle dans une modeste chambre d’hôtel sans laisser aucune explication. Pas de lettre, pas d’indices dans sa vie de tous les jours qui auraient pu permettre de déceler un problème. Jessica en veut à Alexandre d’avoir fait voler en éclat leur bonheur familial. Phil, leur fils aîné qui est également mathématicien, ne comprend pas lui non plus. Quant à Lewis, le cadet qui est autiste, il est toujours enfermé dans son monde.

Jessica veut trouver des explications et entreprend de trier un à un les papiers de son mari. Au milieu de raisonnements mathématiques auxquels elle ne comprend absolument rien, elle tombe sur deux poèmes d’Armand Robien, cet auteur sur lequel elle travaille depuis longtemps et pour lequel son mari ne montrait pas vraiment d’intérêt. Elle trouve aussi l’original d’une photo de ses beaux-parents et découvre que le cliché qu’elle connaît depuis toujours a été retouché. Cela lui met la puce à l’oreille. Petit à petit, elle remonte la piste du passé d’Alexandre et découvre que son mari n’était pas tout à fait celui qu’elle croyait.

Je ne veux pas vous en dire plus sur ce passé caché mais sachez que j’ai passé un très bon moment en compagnie de ce livre. Je m’étonne d’ailleurs de ne pas en avoir entendu parler plus que ça. Il est sorti début 2013 et semble être passé inaperçu. Dommage, vraiment !

Jessica est un personnage touchant qui voit voler toutes ces certitudes en éclat lorsqu’elle comprend que l’homme qu’elle aimait depuis des années lui mentait. Pire encore, en dissimulant son passé à tout le monde, c’est son honneur et celui de la famille qu’il a mis en jeu. Bien entendu, elle est en colère mais elle essaie aussi de comprendre les choses et d’aider ses fils à aller mieux. L’amour et l’attention qu’elle apporte à Lewis notamment est très touchant. Ce dernier est autiste et sa réaction face à la mort de son père est étonnante. Finalement, n’est-ce pas lui le plus clairvoyant de la famille ?

Antigone a été conquise elle aussi.

SOUMY, Jean-Guy, Le silence, Robert Laffont, 2013

Un secret – Philippe Grimbert

Un secret est un roman. Il s’agit donc d’une fiction. Mais Philippe Grimbert explique dans une courte interview, à la fin de cette version audio, qu’il s’est inspiré de sa propre histoire familiale pour écrire ce livre.

Né en 1948, Philippe Grimbert est d’une santé fragile. Il se rend régulièrement chez le médecin et a un physique plutôt chétif. Ses parents sont très sportifs et le jeune garçon sent bien que son père est déçu qu’il soit incapable de suivre la lignée familiale. Son physique le complexe. Il ne se sent pas toujours bien dans sa peau. Alors, pour se consoler de ses chagrins et pour se sentir moins seul, Philippe Grimbert s’invente un frère. Plus beau, plus fort, plus brillant.

Il imagine aussi une histoire familiale à partir de bribes de conversations entendues à droite et à gauche. Puisque ses parents lui livrent très peu d’informations sur leur jeunesse et leur vie avant sa naissance, il invente. Il remarque aussi qu’ils ont parfois des réactions surprenantes comme cette fois où il découvre une peluche au milieu de vieilles affaires. Ils semblent troublés, mal à l’aise. Mais qu’importe, le jeune garçon l’adopte de suite et la surnomme Sim.

Un peu plus tard, à l’école, Philippe regarde un film documentaire sur la Seconde Guerre Mondiale et l’attitude idiote d’un caïd de la classe le met dans un tel état de rage qu’il se bat avec alors que d’habitude, il s’efface dans ce genre de circonstance. A ses parents, il ne raconte pas les raisons exactes de cette bagarre. Par contre, il se confie à Louise, sa voisine et amie âgée de 60 ans.

Louise se décide alors à lui révéler le secret de la famille. Caché depuis des années, ce dernier a toujours suinté. Et si Philippe se sent souvent si mal, s’il s’est inventé un frère, ce n’est pas tout à fait par hasard…

J’ai vu le film adapté de ce roman il y a quelques mois ou années et je me souviens avoir aimé. J’ai préféré encore sa version audio, lue par l’auteur lui-même. La voix est agréable est les presque 3 heures d’écoute passent à une vitesse folle. Les passages où l’auteur invente une histoire à ses parents sont parfois un peu longs mais au final, Un secret est un roman passionnant. Il n’a pas remporté le prix Goncourt des lycéens en 2004 et celui des lectrices de Elle en 2005 par hasard !

GRIMBERT, Philippe, Un secret, Audiolib, 2008.

Le premier été – Anne Percin

Deux soeurs se retrouvent pour vider la maison de leurs grands-parents dans un village de Haute-Saône. Catherine, la benjamine, n’a pas que des bons souvenirs là-bas. Il y a une quinzaine d’années, l’été des ses seize ans, un évènement lui a brutalement fait perdre son innocence. Le passage de l’adolescence à l’âge adulte s’est fait avec beaucoup de cruauté pour elle. Angélique, son aîné, vivait ses premiers amours avec insouciance et ne se rendait pas du tout compte du sentiment de honte qui minait le coeur de Catherine. Tout cela reste encore aujourd’hui enfoui au plus profond d’elle-même et l’empêche d’avancer correctement en tant qu’adulte.

Le secret de la jeune femme, je croyais l’avoir deviné et en fait je me suis complétement trompée. Anne Percin entretient le suspens et donne quelques fausses pistes avant de révéler enfin l’évènement qui a marqué à jamais la vie de Catherine. Le roman est remarquablement bien écrit, les sentiments des différents personnages bien analysés mais je n’ai pas du tout été touchée par cette histoire. Impossible de m’identifier à Catherine, de partager sa honte et son malaise. Je suis restée totalement à l’extérieur de ce roman dont je reconnaîs cependant toutes les qualités. Dommage !

Un grand merci à Véro qui fait voyager ce livre.

PERCIN, Anne, Le premier été, Le Rouergue, 2011.

Rose – Tatiana de Rosnay

Paris, Saint Germain, Second Empire. Rose Bazelet vient de recevoir une lettre d’expropriation. Son quartier, la rue Childebert qu’elle connaît depuis toujours, sa maison dans laquelle Armand, son mari, a toujours vécu, doivent être détruits pour laisser place à un grand boulevard. Le préfet de Paris, le baron Haussmann, a entrepris de gigantesques travaux de modernisation de la capitale et ce n’est absolument pas du goût de la vieille dame. Veuve depuis plusieurs années déjà, elle a décidé d’écrire à son mari pour lui raconter sa vie et son combat pour sauver cette maison qu’ils aimaient tant, cette maison dans laquelle plusieurs générations se sont succédées, cette maison qui garde entre ses murs les souvenirs de toute une vie.

Rose avait des rapports très distants avec sa mère. Jeune mariée, elle a emménagé dans la demeure de son mari et a trouvé du réconfort et du soutien au quotidien auprès de sa belle-mère. Armand était très tendre et très amoureux. Ils ont eu deux enfants et Rose n’a jamais réellement compris pourquoi elle aimait plus son fils que sa fille. D’ailleurs, ses relations avec son aînée sont toujours très compliquées.

Depuis le décès d’Armand, elle a noué une amitié avec Alexandrine, la jeune fleuriste. Le libraire du quartier lui a donné le goût de la lecture. Elle qui n’ouvrait jamais un livre a dévoré Flaubert, Baudelaire, Edgar Poe, Balzac ou encore Zola. Un chiffonier fait aussi partie de son entourage ainsi que la propriétaire d’un hôtel restaurant. Le Paris du XIXème siècle était encore celui des petites rues, des petits commerces, des petits métiers.

Alexandrine, elle, est favorable aux grands travaux du baron Haussmann, symboles de modernité. Mais les habitants concernés par les expropriations voient leur vie changer du jour au lendemain et Rose n’est pas la seule à voir tout cela d’un mauvais oeil.

Un joli roman épistolaire avec une narratrice très attachante et une galerie de personnages secondaires vraiment réussie. L’amour, la solitude, l’amitié, les relations parents-enfants : autant de thèmes traités de manière remarquable.

Quelques bémols tout de même : j’ai deviné très vite le secret de Rose. Un souvenir cauchemardesque la hante. Elle l’a toujours gardé pour elle et veut enfin l’avouer à son mari dans cette lettre. Elle en parle dès le début du roman et à de nombreuses reprises mais ne l’explique vraiment que dans les dernières lignes. Cette insistance autour du secret m’a quelque peu ennuyée. Je n’ai pas compris non plus l’attitude d’Alexandrine dans le dénouement. Je ne trouve pas d’explication satisfaisante. J’aimerais bien avoir votre avis à ce sujet si vous l’avez lu !

Extrait :

« Je le sais désormais, en tant que lecteur, il faut faire confiance à l’auteur, au poète. Il savent comment s’y prendre pour nous extirper de notre vie ordinaire et nous envoyer tanguer dans un autre monde dont nous n’avions même pas soupçonné l’existence. C’est ce que font les auteurs de talent. » p. 172-173

Un grand merci à Sandrine qui fait voyager ce livre.

Les avis de Stephie, Clara, et Laure.

DE ROSNAY, Tatiana, Rose, Editions Héloïse d’Ormesson, 2011.

L’amour est une île – Claudie Gallay

Je l’attendais avec impatience ce livre… Retrouver la plume et l’atmosphère si particulière des romans de Claudie Gallay : c’était pour moi un moment de bonheur en perspective… Et je n’ai pas été déçue même si je préfère de loin la Manche des déferlantes à l’Avignon de L’amour est une île. Et oui entre la mer, le vent et les vagues ou la ville, la chaleur et la foule, mon choix est vite fait !

Cette année là en Avignon, il fait horriblement chaud et la grève des intermittents perturbe très fortement le festival. Mathilde, celle que l’on appelle la Jogar et qui est devenue une actrice célèbre depuis qu’elle a quitté la ville, est de retour au pays. Odon Schnadel, metteur en scène et directeur du Chien fou, un petit théâtre, a appris sa présence par la rumeur. Il a été son amant et elle le hante toujours. Ils vont forcément se croiser. Comment la rencontre va t-elle se passer ?

Malgrès toutes les questions qu’il se pose, Odon doit continuer à diriger sa compagnie et jouer à tous prix cette pièce de Paul Selliès qu’il a montée pour le festival. Marie, la jeune soeur de l’auteur -un inconnu désormais décédé- rôde autour du théâtre et de la troupe. Que veut-elle ? Que cherche t-elle à savoir ? Pourquoi a t-elle un comportement si étrange ?

A l’image de la chaleur ambiante, les personnages de L’amour est une île sont hantés par le passé et le poids des secrets et des non-dits. L’écriture de Claudie Gallay retranscrit à merveille l’ambiance pesante qui règne sur le festival et ses comédiens. Les personnages secondaires sont nombreux et souvent très intéressants. Bref, ce roman est une belle réussite même si je le trouve un peu trop triste et pessimiste à mon goût !

« Odon encaisse. Il regarde son assiette. Il s’est senti coupable souvent. Longtemps. Pour tout. Coupable d’avoir aimé Mathilde, et d’avoir quitté Nathalie, abandonné Juile. On peut être coupable de ses passions« . p. 199

 Un grand merci à Leiloona qui fait voyager ce livre.

GALLAY, Claudie, L’amour est une île, Actes Sud, 2010.

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