Mon traître – Pierre Alary

Sorj Chalandon est un des écrivains contemporains que je préfère. La lecture de Mon traître, il y a quatre ans, est encore bien présente dans mon esprit. Aussi, se confronter à son adaptation en bande dessinée était un pari risqué. Vais-je retrouver la force Continuer la lecture de « Mon traître – Pierre Alary »

Profession du père – Sorj Chalandon

Premier roman de la rentrée littéraire pour moi et premier coup de coeur !

Profession du père ? C’est une question que les enseignants posent souvent aux enfants dans les fiches de renseignement de début d’année scolaire. Émile, le narrateur, pourrait écrire parachutiste, agent secret, footballeur ou encore professeur de judo. Mais jamais il ne connaîtra le vrai métier de ce père qui vit dans un autre monde et l’entraîne avec lui dans sa folie.

André Choulans impose aux siens un huit-clos, une prison en guise d’appartement. Pas de liens avec la famille, jamais personne à la maison, uniquement le père, la mère et le fils. Avant de rentrer chez lui, il s’assure que personne ne le suit, écoute aux portes pour vérifier que tous les bruits de l’immeuble sont habituels.

Émile et sa mère s’efforcent de ne pas faire de bruits et de ne pas attiser sa colère. André peut entrer sans prévenir dans une colère monstrueuse et devenir violent dans les mots comme dans les actes. Émile en fait régulièrement les frais.

Le roman pourrait alors tomber dans le pathos. Mais la force de l’écriture de Sorj Chalandon, surtout lorsque l’on sait que ce livre est en partie autobiographique, est d’éviter cet écueil. André entraîne son fils dans des histoires d’espionnage qui n’ont ni queue ni tête pour le lecteur adulte. Pour le narrateur, c’est tout autre chose. Il y croit tellement dur comme fer qu’il est bien décidé à participer à l’assassinat du Général de Gaulle.

Dans la dernière partie, le récit laisse une large place à la voix d’Émile devenu adulte. On pense alors à la force de résilience de cet homme qui s’en veut de toujours d’aimer son père. Mais là encore, nulle haine, nul pathos.

L’écriture est d’une force incroyable. On partage les crises d’asthme de l’auteur, on souffre avec lui, on tremble. Mais on a parfois aussi envie de rire (jaune) des histoires folles inventées par ce père malade.

J’ai eu un véritable coup de coeur pour ce roman et j’ai envie de dire à tous ceux que l’aspect autobiographique fait fuir qu’il faut oublier cela. Pas un seul instant je me suis demandée si tel ou tel épisode était réel ou non. Je l’ai lu en apnée et ce n’est qu’après l’avoir refermé que j’ai fait quelques parallèles avec les autres romans de Sorj Chalandon. Ce que je retiendrai finalement de cette histoire c’est que le narrateur a réussi à devenir un homme heureux et profondément humain malgré tout.

Une lecture commune avec Enna et de Thiphanie.

Leiloona et Laure ont également eu un coup de coeur pour ce livre. Gambadou a beaucoup aimé.

CHALANDON, Sorj, Profession du père, Grasset, 2015.

Mon traître – Sorj Chalandon

Antoine est luthier à Paris. En 1975, célibataire, il s’offre un voyage en Irlande pour fêter ses trente ans. A Dublin, il se rappelle d’un de ses clients qui lui a dit que s’il ne connaissait pas le Nord, il ne connaissait pas l’Irlande. Sur un coup de tête, il décide de faire un aller-retour en train à Belfast. Il ne reste que 3 heures sur place mais cela suffit à changer à jamais sa vie.

Là-bas, il rencontre tout d’abord Jim O’Leary et sa femme qui l’invitent chez eux. Jim devient rapidement son ami. Antoine, qui séjourne chez le couple lors de ses voyages successifs, apprend que leur fils est mort sous les balles de l’armée britannique. Dans un bar, il fait la connaissance de Tyrone Meehan, une grande figure de l’IRA (armée républicaine irlandaise), qui a passé plusieurs années en prison pour raisons politiques.

Une amitié très forte se créée entre Antoine (désormais surnommé Tony) et Tyrone. Il faut dire qu’Antoine est tombé littéralement amoureux de l’Irlande du Nord, à tel point qu’en France, il finit par se couper de ses amis. Ces derniers ne comprennent pas son engagement corps et âme pour un pays et une cause qui lui sont totalement étrangers. « J’étais entré dans la beauté terrible et c’était sans retour » p 52.

Le lecteur sait dès le début que Tyrone commettra un jour l’irréparable. En effet, Tony le nomme « Mon traître ». Quelle sera la trahison ? Pourquoi ? Comment ? Autant de questions auxquelles on trouvera des réponses au fil des pages. Ou pas.

Ce roman s’inspire d’une histoire vraie, celle de l’amitié entre l’auteur, qui couvre le conflit en Irlande du Nord pour Libération à cette époque, et Denis Donaldson, un activiste républicain qui a trahi les siens pendant 20 ans. Sorj Chalandon connaît donc très bien son sujet. A travers le personnage de Tyrone, il nous permet de découvrir le clan des activistes. Tony, lui, à le regard de l’étranger un peu naïf qui essaie de comprendre sans juger. Mais peut-on réellement appréhender la guerre ? Est-il possible de comprendre l’un ou l’autre des opposants quand on n’appartient pas à l’un de ces clans ?

Plus que l’histoire d’un pays en guerre, Mon traître  est celle d’une amitié trahie. J’ai particulièrement aimé les réponses données par Sorj Chalandon quand Tony essaie de comprendre les raisons de cette trahison. L’ambiance du pays et les émotions des personnages sont merveilleusement dépeints. C’est un roman magnifique. Maintenant il ne me reste qu’à me précipiter sur la suite, Retour à Killybegs.

L’avis d’Enna, un des premiers sur son blog, celui de Moka et d’Alex.

CHALANDON, Sorj, Mon traître, Le livre de poche, 2009.

La quatrième mur – Sorj Chalandon – Lu par Féodore Atkine

Années 1970. Georges, un étudiant parisien engagé dans de nombreux combats politiques contre les fascistes, fait la connaissance de Samuel Akounis, un grec d’origine juif réfugié en France. Très vite, les deux hommes se lient d’amitié.

Quelques années plus tard, Georges se marie et devient papa d’une petite Louise. Samuel, sur le point de mourir, lui demande de monter Antigone de Jean Anouilh au Liban. Le pays est alors en guerre. Samuel a commencé à réunir des acteurs de différents horizons politiques et religieux, ennemis depuis des années et des années, et à obtenir des autorisations pour jouer la pièce. Il veut permettre aux habitants de se réunir et de faire une courte trêve sur le ligne verte. Malheureusement, la maladie le rattrape. Georges lui promet de mener à bien son utopie.

Il laisse donc femme et enfant à Paris pour se rendre à Beyrouth. Sur place, Samuel a tout prévu. Georges rencontre des membres des différentes communautés religieuses et tente de les comprendre sans les juger. Bien entendu, les résistances sont nombreuses et il faut surmonter les obstacles les uns après les autres. Lui qui s’interrogeait au départ sur l’intérêt d’un tel projet, refuse désormais d’y renoncer. Il veut aller jusqu’au bout coûte que coûte. Pour son ami mais aussi pour tout un tas d’autres raisons.

Les bombardements dévastent alors la capitale libanaise. Georges se retrouve en plein massacre de Sabra et Chatila. La guerre est désormais une réalité pour lui. Une réalité qui le marquera à jamais et dont il ne sortira pas indemne…

Le quatrième mur est un roman poignant dont le lecteur non plus ne sort pas indemne. L’écriture de Sorj Chaladon est d’une force et d’une justesse incroyable. On a l’impression de participer à cette guerre, de ressentir les émotions de Georges, de subir cette tension permanente dans un pays en état de guerre. Et puis, les valeurs véhiculées par le texte sont importantes. La fidélité en amitié et la tolérance vis à vis de ces guerres que l’on ne peut pas vraiment comprendre quand on ne fait pas partie des populations concernées.

J’ai presque regretté de ne pas avoir lu ce livre en version papier pour pouvoir m’arrêter plus facilement, relire certains passages, revenir en arrière. Mais en y réfléchissant, je suis contente d’avoir écouté la version audio. Le texte, en raison de son rythme, se prête bien à une lecture orale et Féodor Atkine en fait une lecture remarquable.

Dans l’entretien, à la fin du livre, on apprend que l’auteur est un ancien journaliste qui a couvert un certain nombre de guerres. Il a mis beaucoup de lui dans le personnage de Georges. Le quatrième mur prend alors une dimension encore plus forte à mon sens.

Cette chronique me paraît bien fade par rapport à ce que j’ai ressenti tout au long de ma lecture. Ce roman fait incontestablement partie des livres qui m’ont marquée. Je n’ai qu’un conseil, lisez-le.

Les avis d’Enna qui parle aussi de sa rencontre avec l’auteur, de Sandrine et de Sylire.

CHALANDON, Sorj, ATKINE, Féodor, Le quatrième mur, Audiolib, 2014.

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