Carnets de steppes : A cheval à travers l’Asie centrale – Sylvain Tesson et Priscilla Telmon

Qui s’intéresse à l’Asie centrale parmi mes lecteurs ? Une, deux personnes ? En tous cas, ce n’est pas en présentant un livre sur cette région du monde que je vais faire exploser les statistiques de fréquentation de ce blog !

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Pendjikent

Pendjikent est une ville tadjike de 50 000 habitants, située dans une vallée, à environ 1h en voiture de la frontière avec l’Ouzbékistan.

Le fleuve Zeravchan, qui prend sa source dans les montagnes du Tadjikistan, borde la vallée. Son nom signifie « semeur d’or ». L’or c’est bien sûr l’eau. Il n’y a sans doute aucun rapport avec le métal précieux, encore exploité aujourd’hui au Tadjikistan.

Dans la ville moderne, se trouve le musée Rudaki, du nom d’un célèbre poète samanide, considéré comme le père de la poésie persane, qui serait né à Pendjikent. On trouve pas mal de choses sur l’histoire du pays dans ce musée. Seul période peu abordée : la guerre civile qui a suivi l’indépendance.

Les vestiges de l’ancienne cité sogdienne, fondée au Vème siècle et abandonnée au VIIIème lors de l’arrivée des arabes, sont situés sur une terrasse à 6km de la ville moderne. Le site a été découvert en 1953 et depuis, de nombreuses fouilles ont été entreprises.

C’est à cet endroit que nous faisons une rencontre surprenante pour moi : Nathalie Lapierre, une collègue professeur documentaliste dans un établissement scolaire parisien, passionnée d’archéologie, qui passe tous ses étés à Pendjikent nous propose de nous faire visiter le site. Et oui, même quand on part en vacances très loin, on  retrouve des collègues !

Ses explications sont les bienvenues car avec le temps (pluie, sècheresse, neige…) beaucoup d’endroits fouillés sont revenus à l’état ancien. Dans ces conditions, pas facile de distinguer les deux temples, la citadelle, les remparts, le marché, les habitations… Des peintures murales ont été découvertes il y a quelques années. C’est parce qu’elles ont brulé qu’on les a retrouvées en aussi bon état. Malheureusement, comme beaucoup de ce qui a été découvert à Pendjikent, on ne peut pas les voir. Elles ont sans doute été emportées à Tachkent (capitale de l’Ouzbékistan) ou à Saint-Pétersbourg.

Sur le site, il n’y a pas un arbre qui pousse et l’herbe est complètement grillée. Comme il n’y pas eu de pot de vin de versé, il n’y a pas d’eau…

 

L’âne, un moyen de transport

En Asie centrale, l’âne est un véritable moyen de transport. Les hommes montent dessus comme sur un cheval, avec ou sans selle, et se déplacent ainsi dans les montagnes et les campagnes. C’est pratique pour aller dans les endroits où les voitures ne peuvent pas passer et c’est surtout beaucoup moins cher !

L’animal sert aussi à transporter le foin, les marchandises…et les sacs des touristes ! Sans les ânes, le trek aurait été très difficile pour moi… Porter un sac à dos, même avec le minimum indispensable, plus la tente et la nourriture, c’est pas évident quand on fait des journées à plus de 1000 mètres de dénivelé!

Avez-vous déjà entendu un âne braire ? Oui sans doute, mais peut-être pas en pleine montagne, quand il n’y pas un bruit et que ça résonne un maximum. C’est impressionnant ! En pleine nuit, on se demande ce qui se passe !

Avez vous essayer de monter sur un âne? De lui faire suivre un chemin alors que celui-ci aimerait bien aller ailleurs ? L’expression « têtu comme un âne » n’a pas été inventée pour rien. Mais heureusement, les habitants d’Asie centrale sont plus doués que nous pour ce genre de chose.

Pendant le trek, ce sont principalement des adolescents qui conduisent les ânes. Chacun est responsable de deux ou trois bêtes et les suit tout en les dirigeant à la voix et au bâton. Ce n’est pas un travail de tout repos car les ânes avancent vite. Parfois, il faut courir pour les suivre. Quand ils sont chargés au maximum, que la pente est raide et que les pierres glissent, il arrive qu’ils tombent. Dans ce cas, il faut les aider à se relever et ce n’est pas une mince affaire. Généralement, ils repartent un peu hagard après un moment de panique.

Tous les jours, les ânes partent après nous et arrivent bien avant. Et les adolescents ont l’air en pleine forme, ce qui n’est pas notre cas après une journée de marche !

Ce travail leur permet de rapporter de l’argent à leur famille Il faut du courage pour faire ce qu’ils font.

La vie dans les montagnes du Tadjikistan : suite

A chaque fois que nous passons dans un endroit habité, les gens se rassemblent autour de nous pour nous observer. Nous sommes l’attraction : mieux que la télévision ! Je revois encore cet enfant, dans un village, qui nous voit arriver de loin en 4×4 russe et qui coure comme un fou, sandalettes aux pieds, pour être au bord de la route au moment où nous passons.

Dans les montagnes, des enfants nous proposent des abricots, plus loin, c’est le yogourt, le thé ou le pain : pas une demi-journée de marche sans qu’on vienne nous parler ou qu’on nous propose quelque chose à manger. Quand on prend une photo et que les gens se voient sur l’écran, ils sont vraiment fiers. Vive le numérique !

Un jour, après 9 ou 10 heures de marche une petite fille m’attend sur le chemin pour m’offrir un bouquet de fleurs. Je suis très touchée. Un cadeau alors que je ne la connais même pas! Elle nous accompagne pendant 100 mètres. Je suis tellement dans ma bulle, centrée sur mon effort, que je ne m’aperçois même pas qu’elle boite. Elle s’est cassée la jambe quand elle était plus petite mais ici, ce n’est pas simple de se soigner… C’est dans sa famille que nous nous arrêtons pour boire la thé. Un vrai festin nous attend ! Serrés à quinze dans l’unique pièce de la maison, nous sommes accueillis comme des rois. Pas facile de communiquer mais les sourires en disent long ! Notre guide offre aux enfants des photos prises par d’autres touristes, c’est un trésor précieux !

Ce même jour, un dernier effort après le réconfort : 40 minutes de marche avec un dénivelé dont je me souviendrai longtemps et nous arrivons au camp. Il ne reste plus qu’à monter la tente. 3200 mètres d’altitude, le soleil se couche, le décor est magnifique. Ce soir là, après 11h de marche, nous ne ferons pas long feu !

Le lendemain matin, à l’aube, alors que nous ne sommes pas encore levés, la petite fille de la veille est là avec deux ou trois autres enfants. Les touristes qui se lavent les dents, c’est un vrai spectacle non ? Je me demande bien ce qu’ils peuvent penser en nous regardant. La petite fille, dont je n’ai malheureusement pas retenu le nom, veut nous donner une paire de chaussette. C’est incroyable !

Pour les nomades, c’est un honneur de nous recevoir chez eux. Le top, c’est de pouvoir raconter tout aux voisins dans les moindres détails ! Qu’est-ce qui se dit sur nous? Mystère…

En une semaine, un seul et unique  village  déroge à la règle de l’hospitalité.  Le chemin passe au pied des maisons mais on nous dit de passer ailleurs. Finalement, on y va quand même et tout le monde se cache à notre approche. Dès qu’on avance un peu, les enfants réapparaissent et les femmes suivent, faisant semblant de surveiller leurs progénitures pour ne pas perdre la face. Ah, la curiosité ! Ici, on refuse l’électricité, la télévision… Ce sont des fondamentalistes… Reste de la guerre civile qui a eu lieu après l’indépendance du pays ? 

Heureusement, une fois n’est pas coutume et l’hospitalité des tadjiks ne fait aucun doute !

La vie dans les montagnes du Tadjikistan

Le Tadjikistan est un pays de montagnes : elles occupent 93% du territoire et plus de la moitié du pays se situe à plus de 3000 mètres d’altitude.

Beaucoup de gens vivent dans ces montagnes. Les nomades y passent l’été pour faire paître les troupeaux et rentrent au village à partir du mois d’octobre, quand les conditions météorologiques ne permettent plus de vivre sous la yourte. L’hiver est très rude (entre -20°C et -40°C, d’après mon guide touristique). Tout est recouvert par la neige. La seule occupation des habitants est de nourrir les bêtes. Mieux vaut avoir coupé beaucoup de foin l’été ! Et quand reviennent les beaux jours, les routes sont défoncées, il faut reconstruire les ponts en bois… J’imagine difficilement la vie en hiver là-bas !

 

Nous avons rencontré très peu d’hommes dans les montagnes : ils travaillent en Russie. Le Tadjikistan est tellement pauvre qu’il n’est pas facile d’y gagner sa vie.

Les femmes s’occupent donc de tout. Elles coupent le bois, font le feu, préparent à manger, s’occupent des troupeaux, élèvent les enfants (qui ne vont à l’école que dans les villes et villages)… Quand les maris reviennent, généralement une fois par an, elles tombent enceinte. Ainsi va la vie…

Les nomades sont très accueillants. Très souvent, ils nous offrent le thé, le yogourt et le pain traditionnel, cuit dans un four en pierre. Les femmes sont vêtues de robes très colorées. ça change de nos habits occidentaux, aux couleurs souvent fades. Elles portent un voile, très coloré également, qui ressemble plus à un foulard qu’au voile traditionnel des musulmanes.

L’habitat traditionnel des montagnes est la yourte. La structure est
faite des morceaux de bois récupérés dans la montagne puis assemblés de
façon bien précise. Des morceaux de tissus la recouvre. A l’intérieur,
des tapis sont posés à même le sol. La nuit, on met des tapis plus
épais pour s’allonger et des couvertures. Il n’y a pas de meubles. Des
branches sont assemblées pour pouvoir poser dessus les affaires
indispensables à la vie. Et l’indispensable, pour un nomade tadjik, n’est pas du tout le même que pour un touriste occidental : un peu de vaisselle et quelques vêtements suffisent.

Dans les villages pauvres, les maisons  sont faites de pierres posées les unes sur les autres (on se demande comment ça peut tenir!) ou de torchis. L’intérieur ressemble à celui des yourtes. Généralement, on y trouve un endroit pour faire le feu. Dans les villages plus importants, le torchis est recouvert d’enduits. Sur le sol, toujours des tapis mais cette fois-ci, ils ne sont plus posés à même la terre. Le mobilier est plus moderne mais tout aussi rare : un ou deux coffres, une petite armoire, parfois une chaine hifi, une glace ou une petite table basse.

Nous avons découvert le Tadjikistan en été, sous le soleil, dans des conditions plus que favorables. Les nomades nous ont livré une formidable leçon de vie, se contentant de peu mais restant néanmoins toujours accueillants pour les riches touristes que nous sommes. Je ne peux qu’imaginer leur vie pendant l’hiver et je suis sans doute bien loin de la vérité. Une petite leçon d’humilité !

Les premières photos du Tadjikistan sont là !

Le premier album de ce blog est terminé. Vous y trouverez une petite sélection de photos prises dans les monts Fan’s, au Tadjikistan, en juillet 2007.

Ah, quel bonheur de revoir ces photos ! On ne s’en lasse pas et justement, on se disait qu’on y retournerait bien…

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