Un vent de cendres – Sandrine Collette – Lu par Kriss Goupil

Octave, Andreas et Laure reviennent d’un mariage. L’ambiance est à la fête. Ils sont à bord d’une voiture décapotable et roulent vite, trop vite. Quand ils aperçoivent le camion qui a perdu son chargement au milieu de la route, il est trop tard. Laure meurt sur le coup.

10 ans plus tard. Andreas et Octave sont marqués à vie. Andreas ne sort jamais de chez lui. Il est à la tête d’un domaine viticole mais vit reclus dans une des ailes de l’immense demeure. Octave, lui, gère les affaires et donne les ordres à Lubin, l’ouvrier qui s’occupe de la propriété. Son visage est défiguré et il ne peut pas se déplacer sans sa cane.

C’est l’époque des vendanges. Les saisonniers arrivent. Des locaux mais aussi beaucoup de jeunes. Parmi eux, Malo et sa soeur Camille qui ressemble étrangement à Laure. Malo flaire tout de suite le danger. Le regard qu’Octave pose sur sa soeur ne lui plaît pas du tout et il le fait savoir. Camille est jeune et innocente. Elle ne se rend pas compte qu’il se passe des choses anormales autour d’elle.

La tension est palpable et va crescendo jusqu’au dénouement. Le mauvais pressentiment de Malo s’avère tout à fait justifié. Mais que va t-il se passer exactement ?

La voix de Kriss Goupil, à laquelle j’ai eu un peu de mal à m’habituer au départ car elle est aiguë, met en scène cette ambiance angoissante et oppressante de manière admirable. Elle apporte même un vrai plus au texte.

Il y a beaucoup de non-dits dans ce roman. L’imagination du lecteur tourne à plein régime pour interpréter les zones d’ombres. Mais comment imaginer un histoire aussi épouvantable ? Le cadre bucolique, les vignes, les vendanges, le travail difficile mais l’ambiance agréable et festive : rien ne laisse augurer une histoire noire comme celle que nous propose Sandrine Collette. On est bien loin des contes de fées auxquels le roman fait parfois référence…

COLLETTE, Sandrine, GOUPIL, Kriss, Un vent de cendres,CdL Éditions, 2015.

Les visages – Jesse Kellerman

 

Ethan Muller, marchand d’art new-yorkais, découvre grace à l’homme de confiance de son père, une série de dessins hors du commun. Dans un appartement dont le propriétaire est son richissime géniteur, des dizaines de cartons sont entassés. A l’intérieur des centaines et des centaines de dessins représantant des visages et des décors d’une précision extraordinaire. Plus surprenant encore, ces dessins s’assemblent selon une logique bien précise.

L’auteur de cette oeuvre d’art ayant disparu sans laisser d’adresse, Ethan décide de se l’approprier et d’en exposer une partie dans sa galerie. Pendant des heures, il passe en revue chaque dessin. Faire des choix et décider lesquels il va montrer s’avère être un exercice difficile. Le succès de l’exposition est immédiat. Les prix s’envolent et les amateurs d’art semblent plus fascinés encore par tout le mystère qui règne autour du génie qui a réalisé tout cela que par l’oeuvre en elle-même.

Ethan est fou de joie. Jusqu’à ce qu’un policier à la retraite reconnaissent sur le dessin n’°1, le dessin central, les visages d’enfants victimes de meurtres irrésolus…

Malgré une intrigue un peu longue à démarrer, Les visages est un roman captivant. L’histoire principale alterne avec des interludes -un peu mystérieux au début je vous l’accorde- qui reviennent sur le passé de la famille Muller. Pour une fois, pas de sang, pas de meurtre, pas d’angoisse dans ce polar mais une réflexion sur la famille, les secrets, le milieu de l’art ou encore le génie. Il y a du supens, bien entendu, mais ce n’est pas, de mon point de vue la qualité première de ce roman. Le personnage principal, Ethan, et son histoire familiale sont bien plus intéressants.

Les visages est ma première lecture dans le cadre du challenge thrillers et polars organisé par Liliba

KELLERMAN, Jesse, Les visages, Points, 2011.

Le cinquième clandestin – Marin Ledun

Une jeune femme africaine se jette du cinquième étage, rue Mouffetard, à Paris, avec un bébé de trois mois dans les bras. On conclut à un suicide sans essayer d’en comprendre les raisons. Personne ne la connait dans le quartier. Elle est sans-papier. Son proprétaire l’avait menacée de la dénoncer à la préfecture si elle ne payait pas son loyer. Tout cela semble suffisant pour expliquer une telle décision. Mais avec un enfant dans les bras, tout de même…

Quand Mona Cabriole, journaliste à Parisnews, se rend sur les lieux, elle croise le regard d’une jeune femme qui s’enfuit en courant dès qu’elle essaie de lui parler, remarque des comportements surprenants, écoute les gens et pressent que quelque chose de très grave se déroule dans le quartier. Elle veut en savoir plus. Ce suicide n’est pas clair…

Tout le monde semble mentir et fermer les yeux. La peur, les petits arrangements avec soi-même, les raisons de ce comportement sont toujours les mêmes… L’enquête de Mona la mène chez les marchands de sommeil, dans des sous-sols glauques et du côté de la clandestinité.

Roman noir, Le cinquième clandestin se transforme en thriller au fil des pages. Tout commence par une critique de notre société qui veut renvoyer les sans-papiers chez eux par charters mais n’hésite pas à les faire travailler dans les pires conditions pour trois fois rien ou à leur louer des chambres insalubres. Et puis l’enquête de Mona avance, la journaliste se rend compte que le sujet sur lequel elle travaille est vraiment trés dangereux, elle prend de plus en plus de risques pour comprendre et surtout obtenir des preuves. Le lecteur, lui, se demande bien comment elle va se sortir de tout cela.

Un roman trés court qui se dévore du début à la fin !

LEDUN, Marin, Le cinquième clandestin, La Tengo éditions, 2009.

Alex – Pierre Lemaître

Alex, une jolie fille, sa fait enlever en pleine rue. Un seul témoin, qui donne l’alerte. Sauf que la police ne connaît ni l’identité d’Alex ni celle de son ravisseur… Pas de famille qui se manifeste. Pas d’amis. L’affaire est bien compliquée pour l’inspecteur Camille Verhoeven et son équipe.

Enlévement, séquestration, meurtres, etc. L’angoisse est constante. Le point de vue d’Alex alterne avec celui de la police. On la croit perdue mais…

Un livre qui donne la chair de poule. Un livre qui fourmille de détails plus horribles les uns que les autres. Un livre qui fait faire des cauchemars la nuit. Un livre qu’on a du mal à refermer avant la dernière page. Un livre qui va de rebondissements en rebondissements. Un livre à lire si on n’a pas peur d’avoir peur !

Un grand merci à Sandrine qui fait voyager Alex.

LEMAÏTRE, Pierre, Alex, Albin Michel, 2011.

Totally Killer – Greg Olear

Quand les éditions Gallmeister ont commencé à faire la pub de ce livre, la première de couverture m’a tout de suite tapé dans l’oeil. Et puis, j’ai lu quelques bonnes critiques alors quand lasardine m’a proposé de me le prêter, je n’ai pas pu résister !

Taylor Schmidt, jeune femme sexy fraîchement diplômée d’une université du Missouri, débarque à New-York en 1991 pour chercher du travail. Nous sommes en pleine période de crise et la jeune femme va d’agence de recrutement en agence de recrutement sans aucun espoir. Jusqu’au jour où, ô miracle, on lui propose le job de ses rêves dans l’édition ! Sauf que le prix à payer est très… particulier : Taylor va devoir assassiner quelqu’un.

Voilà un roman original, c’est le moins que l’on puisse dire ! Dès le départ, Todd, narrateur et colocataire de Taylor, annonce la couleur : l’histoire se termine mal et la jeune femme va mourir. Toute la question est donc de savoir comment et pourquoi. De ce point de vue, le dénouement m’a d’ailleurs  déçue… Par contre, j’ai beaucoup apprécié l’humour grinçant et les critiques acerbes de notre société. En lisant Totally Killer, je me suis dit que la fiction n’était peut être pas si loin que ça de la réalité par moment… Une satire sociale très pessimiste, c’est donc cela que je retiendrai de ce thriller. Quant à l’intrigue, je pense que j’en attendais plus d’où une légère déception.

OLEAR, Greg, Totally Killer, Gallmeister, 2011.

Ikigami 1 – Motorô Mase

Dans le pays de Fujimoto, une loi a été élaborée pour rappeler à chacun la valeur de la vie et assurer ainsi la prospérité de la nation. Tous les jeunes entrant à l’école sont vaccinés et une dose sur mille contient un poison qui se révélera mortel entre 18 et 24 ans. Tous vivent donc de façon plus ou moins consciente avec un couperet au dessus de la tête.

Fujimoto, lui, est un fonctionnaire de l’État chargé de donner aux jeunes condamnés l’Ikigami c’est-à-dire le préavis de mort. A partir de là, ils n’ont plus que 24 heures à vivre. Mais à quoi occuper ces dernières heures ? Et comment annoncer à de jeunes gens pleins d’avenir qu’ils ont été condamnés à mort de façon totalement arbitraire pour le bien de la nation ?

Un manga qui démarre fort. Fujimoto se pose beaucoup de questions sur le sens de son travail mais reste finalement très passif. Quant aux condamnés à mort, ils choisissent de vivre leurs dernières heures de manières totalement différentes et certaines scènes, très réalistes, font froid dans le dos. En tous cas, le lecteur ne s’ennuie jamais. Un thriller à suivre donc !

MASE, Motorô, Ikigami 1, Kazé manga, 2010.

%d blogueurs aiment cette page :