Aussi loin que possible – Eric Pessan

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Antoine et Tony n’ont rien prémédité. Ils se retrouvent un lundi matin au pied de leur immeuble, cachent leurs sacs de cours dans un buisson du parc voisin et partent en courant pour voir qui est le plus rapide des deux. Après tout, rater une heure d’histoire géographie ce n’est pas si grave. Comme ils sont plutôt bons élèves, ils ne devraient pas avoir trop de problème. Antoine imitera la signature de son père et Tony montrera sans doute son billet d’absence à ses parents. Ainsi, l’affaire sera réglée.

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Yeruldelgger – Ian Manook – Lu par Martin Spinhayer

Au coeur des steppes mongoles, des nomades découvrent le corps enfoui d’une enfant. A ses côtés, un petit tricycle rouge. L’inspecteur Yeruldelgger est chargé de mener l’enquête. Il a lui même perdu sa petite Kushi il y a cinq ans alors forcément, cette macabre découverte lui rappelle de mauvais souvenirs. Sa fille a été enlevée et assassinée pour l’empêcher de mener à bien une enquête sur la corruption liée à l’achat de terres. Yeruldelgger veut absolument découvrir les meurtriers de la fillette et promet aux nomades de respecter les traditions et de prendre soin de son âme.

Parallèlement à cette affaire, le héros éponyme enquête également sur l’assassinat de trois chinois à Oulan-Bator. Les corps ont été émasculés et les représentants de la Chine dans la capitale de la Mongolie sont hors d’eux. Ils veulent trouver les coupables eux-mêmes. Yeruldelgger n’est pas du tout de cet avis.

L’inspecteur n’est pas aimé de tous, loin de là. Jusqu’à la mort de Kushi, c’était un des meilleurs flics. Depuis, c’est un homme brisé qui n’en fait qu’à sa tête et qui n’a plus rien à perdre. Sa femme s’est murée dans le silence et il ne vit plus avec. Son autre fille fait n’importe quoi de sa vie.

Les pétages de plomb et la violence de Yeruldelgger lui valent beaucoup d’ennuis. Sa franchise aussi. En effet, c’est une personne intègre, ce qui n’est pas le cas de tous ses collègues d’Oulan-Bator. Il est respectueux des traditions mongoles et refuse que la Mongolie cède à la facilité en abandonnant le pays aux chinois ou aux coréens. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié les scènes ou l’on découvre le mode de vie et les coutumes des nomades. La portée critique, en filigrane, est très intéressante.

Avec Oyun, son assistante, Solongo, la médecin légiste et Gantulga, un gamin des rues effronté, Yeruldelgger tente de mener à bien ses enquêtes et de trouver le lien qui les unit. Les embûches sont nombreuses sur son chemin mais l’homme n’a pas froid aux yeux.

Les personnages qui accompagnent l’inspecteur ont tous des personnalités bien marquées. Oyun est une flic dévouée qui a grandi dans les steppes. Elle est prête à risquer sa vie pour lui. Solongo est quelqu’un de très compétent dans son travail. Elle est aussi la gardienne des traditions dont certaines se rapprochent parfois du chamanisme. Gantulga est un gamin débrouillard qui apporte une touche de fraîcheur au roman.

J’ai dévoré cette version audio qui dure un peu plus de 15h30 en moins d’une semaine. La voix de Martin Spinhayer aide à imaginer les paysages et les personnages. Cette plongée en Mongolie a été pour moi un véritable moment de bonheur. Le dénouement est ouvert et j’ai maintenant hâte de mettre la main sous Les temps sauvages, la suite, qui vient de sortir.

Sandrine n’a pas du tout aimé. 

MANOOK, Ian, SPINHAYER, Marin, Yeruldelgger, Audiolib, 2014.

En finir avec Eddy Bellegueule – Édouard Louis – Lu par Philippe Calvario

En finir avec Eddy Bellegueule a fait couler beaucoup d’encre l’année dernière, au moment de sa sortie. Tellement même que je n’avais plus envie de le lire. L’impression d’en savoir déjà beaucoup trop sur le livre. Et puis, sans doute, la peur de ce que je pourrais ressentir.

Il y a d’un côté ceux qui adorent et se retrouvent de près ou de loin dans ce transfuge de classe. Et de l’autre ceux qui détestent, se sentent mal à l’aise face à ce récit autobiographique ou pensent que l’image du milieu social dont il est question ici est caricaturale. Cette version audio m’a très vite permis de comprendre que je ferai plutôt partie de la première catégorie.

Édouard Louis raconte dans ce roman son enfance dans la campagne picarde. Très jeune, il comprend qu’il est différent des autres et fait tout pour ressembler aux garçons de son milieu. Ses parents, eux, n’acceptent pas ses manières efféminées et ses goûts différents. Les mots qu’ils prononcent à son égard sont aussi violents que des gifles ou des coups. Misère, alcoolisme, racisme puis, au collège, harcèlement en raison de son homosexualité, font partie du quotidien d’Eddy Bellegueule. Certaines scènes sont d’une violence effroyable, tant sur le plan physique que psychologique.

Le milieu décrit par Édouard Louis, je l’ai côtoyé de loin pendant mon enfance dans la campagne normande. J’en perçois encore aujourd’hui quelques signes chez certains de mes élèves. Et je sais à quel point ce qu’il raconte est vrai, à quel point ce monde est difficilement compréhensible. Les mots  sont souvent vains. Le fossé qui nous sépare infranchissable.

On a comparé Édouard Louis à Annie Ernaux. Si la seconde a nettement ma préférence, je ne peux qu’être admirative devant ces écrivains qui n’hésitent pas à se mettre à nu et à essayer de comprendre leur milieu et leur parcours.

J’ai beaucoup aimé le texte, le lecteur de la version audio m’a nettement moins convaincue par contre. Contrairement à Enna, Sylire et Sandrine, je trouve que certaines intonations sont forcées et que la lecture manque de naturel. Reconnaissons tout de même que la tâche était rude pour Philippe Calvario. Passer du langage populaire à un langage plus classique aussi fréquement n’est pas chose aisée.

Je pense que j’aurai beaucoup de mal à classer ce titre par rapport aux autres de la sélection du prix audiolib 2015. C’est un livre à part, inclassable. Il est impossible pour moi d’avoir un coup de coeur en raison du sujet. En revanche, je pense qu’il est important de le lire et de le faire lire.

LOUIS, Édouard, CALVARIO, Philippe, En finir avec Eddy Bellegueule, Audiolib, 2014.

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