Underground Railroad – Colson Whitehead

Cora, seize ans, est esclave dans une plantation de coton en Géorgie. Elle vit seule depuis que sa mère s’est enfuie vers le Nord sans même la prévenir de son départ. Cora avait alors dix ou onze ans. La jeune fille a appris à ne compter que sur elle-même. Les autres esclaves ne sont pas tendres. Elle est mise à l’écart et doit se battre pour conserver le minuscule lopin de terre que sa mère cultivait. Quand Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle commence par dire non -la peur lui tenaille le ventre- puis finit par accepter.

On pense alors que le pire est derrière eux mais ce n’est bien évidement pas le cas. Un chasseur d’esclaves assoiffé de vengeance parce qu’il n’a jamais réussit à mettre la main sur la mère de Cora, est à leur poursuite. Le propriétaire de la plantation a promis une belle somme à ceux qui les retrouveront. Cora et Caesar empruntent l’underground railroad, ce fameux chemin de fer clandestin dont je n’ai appris l’existence que récemment. Quelques personnes les aident mais ils rencontrent aussi beaucoup de racisme et une violence incroyable. Les noirs sont utilisés à leur insu pour faire des expériences médicales, se font lynchés uniquement en raison de leur couleur de peau, leurs cadavres sont pendus aux arbres, etc. Jamais Cora  n’a l’esprit tranquille, jamais elle ne peut cesser de fuir.

Du point de vue historique, Underground Railroad est un roman fort intéressant qui permet de comprendre les conditions de vie des esclaves dans les plantations. Ceux qui prenaient le risque de s’enfuir n’étaient pas nombreux et on comprend pourquoi quand on découvre le parcours de Cora. Cependant, quelle idée de faire de ce réseau clandestin une véritable voie ferrée souterraine alors qu’il s’agissait uniquement de routes clandestines. Ce choix de l’auteur ne se justifie pas du point de vue narratif et j’avoue ne pas le comprendre. De plus, il m’a manqué quelque chose pour apprécier pleinement l’ouvrage. Un souffle romanesque, une tension, une héroïne plus attachante auraient fait de ce roman un grand roman. Dommage !

WHITEHEAD, Colson, Underground Railroad, Albin Michel 2017.

30 réflexions sur « Underground Railroad – Colson Whitehead »

  1. Comme Aifelle. Ce qui me retient c’est aussi la crainte de ne pas apprendre grand chose que je ne connais pas déjà.(je maitrise mal les doubles négations, bref, tu me comprends)

  2. Le chemin de fer imaginaire a une portée symbolique selon moi, il relève presque du réalisme magique propre à la littérature sud américaine. contrairement à toi j’ai beaucoup aimé cette intrusion « fantastique » dans un roman historique aussi documenté 😉

    1. Oui, je suis d’accord sur la portée symbolique. ça n’a pas vraiment dérangé ma lecture mais je n’ai pas trouvé que ça apportait un plus, bien au contraire. Je dois être trop terre à terre 😉 !

  3. Dommage est ce que je lis régulièrement à propos de ce roman, ainsi que des remarques sur des incohérences historiques. Je crois que je vais passer, pour l’instant j’en suis à me dire  » on verra en poche « …

    1. Il y a des avis plus enthousiastes que le mien. J’espère que ce sera ton cas. Après, je ne regrette tout de même pas de l’avoir lu. Peut-être que j’en attendais trop.

  4. J’ai vu l’auteur à la grande librairie la semaine dernière, et c’est bizarre parce qu’il m’a donné à la fois envie de lire ce livre, et pas. Je crois que je vais attendre un peu avant de l’ouvrir… mais il me fait drôlement de l’oeil depuis qu’il fait partie de notre sélection pour les matchs.

  5. Je rejoins Jérôme dans son commentaire. J’ai aimé cette intrusion fantastique et enfantine. D’ailleurs, l’auteur s’en est expliqué dans les médias littéraires. C’est parce que lui même avait enfant cette vision qu’il l’a introduite dans son roman.
    D’ailleurs, ce n’est pas le seul élément. Chaque personnage noir, jusqu’à Cora elle-même, est un reflet d’une personnalité ayant réellement existé et combattu pour l Égalité des Droits.
    Je n’ai pas ressenti cette distance narrative évoquée dans plusieurs billets.
    Bref, un coup de coeur pour moi!

    1. Je n’ai pas encore écouté ou lu d’interview de l’auteur. C’est vrai que cela permet souvent de mieux comprendre son œuvre. Après, nous avons tous des goûts différents et heureusement !

La parole est à vous !