Une photo, quelques mots #38 : Le miroir aux alouettes

© Julien Ribot

Samedi, 16h. Le frigo est plein, la maison propre et le linge repassé. Les inévitables corvées du week-end sont enfin terminées. Thomas est parti avec Mathis au foot. Je décide de profiter de ce rare moment de solitude pour boire un thé et faire une pause. De la fenêtre de la cuisine, j’observe la campagne alentour. Le temps est gris, il fait froid, la végétation dort encore et il n’y a pas âme qui vive. Même les oiseaux sont aux abonnés absents. Pourtant, c’est beau et je me sens bien ici.

Le petit bip de mon téléphone portable m’indique un nouveau message et me sort de mes pensées. Non, je n’ai pas besoin de nouvelles chaussures, même à -30%. Poubelle ! Un petit tour sur Facebook par automatisme et je découvre que Steph est en week-end à Strasbourg. Julie, comme d’habitude, s’extasie sur les prouesses artistiques de sa petite dernière. Nina, elle, a pris un café en terrasse. Avec un homme sans doute car sur la photo, on aperçoit un avant-bras poilu. C’est certainement son nouveau mec…

Et moi, qu’est-ce que je pourrais montrer ? Ma tasse de thé et mon sachet Lipton ? Les crampons maculés de boue de mon fils quand il va rentrer ? L’arbre triste que j’observais tout à l’heure ?

Je préfère regarder les autres s’agiter en silence. Parfois, je clique sur j’aime pour marquer mon intérêt. Je commente le plus souvent dans ma tête et, je dois bien l’avouer, je me sens un peu voyeuse quand je traque une information nouvelle sur la vie privée d’un des mes contacts. Mais ça, je ne l’avouerai à personne.

Je ne sais pas me mettre en scène. Ou plutôt, non, je refuse de le faire. J’ai eu un parfum Chanel pour mon anniversaire et hier soir, nous avons dégusté un délicieux plateau de fruit de mer au restaurant. Il aurait suffit que je sorte mon iphone et en quelques secondes, le tour était joué. Avec un bon filtre et un petit recadrage, même pas besoin de faire trop attention à la lumière ou à la bouteille d’eau qui gâche l’arrière plan.

Mais la réalité de ma vie, ce n’est pas cela. Et le miroir aux alouettes, je préfère le regarder de loin plutôt que de le faire briller.

C’était ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona.

11 pensées sur “Une photo, quelques mots #38 : Le miroir aux alouettes”

  1. C’est certain que Facebook nous donne souvent une vision « idéale » de la vie des autres. Je pense comme ton narrateur que « l’intime » doit rester intime. « Facebookienne » depuis très peu de temps, j’apprécie surtout les échanges qui se font sur les romans, avec beaucoup plus de réactivité que par des commentaires sur le blog (du moins quand on ne se contente pas d’un « j’aime »)

  2. Ce que j’aime bien avec les réseaux sociaux, c’est que ça permet des échanges plus personnels que le blogs. C’est un bon complément en fait. Mais certains se laissent piéger par cette vison idéale et en souffrent. C’est dommage.

  3. Ton texte pose une question intéressante, je pense qu’il faut savoir sélectionner ce que l’on montre sur les réseaux sociaux. On peut en faire partie tout en gardant son intimité, il faut savoir participer sans trop se dévoiler. Mais on peut également très bien vivre sans comme ton personnage !

  4. « Je ne sais pas me mettre en scène. Ou plutôt, non, je refuse de le faire. » Belle réponse à ta question posée plus haute (« Et moi, qu’est-ce que je pourrais montrer ? ») et qui pointe avec pertinence ce qui se joue (pas toujours, heureusement ) sur FB.

  5. Un texte en apparence tout simple, qui se déroule tranquille comme une journée ordinaire, et qui finalement nous amène tous et toutes à réflechir sur notre relation aux réseaux sociaux!!!…..Bravo, c’est fort!

  6. Tellement vrai ! j’en parlais il y a peu de temps avec une personne qui ne se sentait pas bien en voyant les vies des autres qui lui semblaient belles.
    Je me suis efforcée de lui dire que ce n’était souvent qu’une façade. et je lui ai même donné mon propre exemple avec des sujets donc je ne parle pas du tout sur FB par exemple. Si les « amis » FB par exemple ne montrent pas ce qui est moins beau alors oui on a l’impression que la vie est plus belle ailleurs que chez nous, qu’on ne fait rien d’extraordinaire, qu’on a moins d’amis, qu’on sort moins….etc

La parole est à vous !

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