Une photo, quelques mots #42

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©Leiloona

La caresse du soleil printanier sur sa joue lui apporte un peu de chaleur et de réconfort. Dehors, le ciel est bleu et le lilas des voisins s’est paré de ses plus jolies couleurs. Aujourd’hui, elle se sent un peu plus en forme que d’habitude. Elle a envie de sortir, de prendre l’air.

Il lui faut une bonne heure pour se préparer. Elle qui prenait sa douche et s’habillait en moins de quinze minutes porte désormais une attention toute particulière au choix de ses vêtements et surtout du foulard coloré qui donnera une peu de gaieté à sa tenue. Une esthéticienne a su trouver les mots pour qu’elle ose se regarder dans la glace et lui a montré comment donner un joli teint à son visage tout en respectant sa discrétion naturelle. C’est à ce prix qu’elle se sent capable d’affronter le monde extérieur.

Ses pas la portent vers la rue Eau-de-Robec. Son regard se tourne vers les façades des maisons à colombages typiques de Rouen et de la Normandie. Le marron, le bleu ou le rose, sublimés par les rayons du soleil, sont un vrai régal pour les pupilles. La végétation commence à reprendre ses droits en ce mois d’avril. Au loin les voitures accélèrent sur le boulevard Gambetta. Ici, la rue est réservée aux piétons et le doux clapotis de l’eau est apaisant.

Elle s’offrirait bien un verre en terrasse mais les moments où elle se sent bien sont si rares qu’elle préfère en profiter pour visiter le musée de l’Education qui se trouve à quelques pas de là. Les encriers, la craie, les bureaux d’écoliers, les règles et les équerres en bois, les cartes murales, les compas anciens, les bouliers pour apprendre à compter la plongent dans une époque lointaine, celle de ses parents et de ses grands-parents. Elle mesure l’écart abyssal entre les méthodes pédagogiques d’hier et celles d’aujourd’hui. On ne considère plus l’élève de la même façon et heureusement. Cependant, on peine à susciter l’attention de tous et on laisse un trop grand nombre d’enfants sur le bord du chemin.

Plongée dans ses réflexions, elle se sent la vibration de son téléphone portable qui lui indique l’arrivée d’un texto. 42km195. Les larmes lui montent aux yeux, son cœur bat la chamade. Elle est obligée de se réfugier dans les toilettes pour se passe de l’eau sur le visage et se calmer. Sa belle amazone, celle qui, il y a tout juste deux ans, vivait le même combat qu’elle, vient de franchir la ligne d’arrivée du marathon, lui offrant ainsi le plus beau des messages d’espoir.

C’était ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona. J’ai écrit ce texte en pensant à Anne qui a couru hier le marathon du Mont-Saint-Michel pour l’association Roses en baie – Ensemble contre le cancer du sein. Je précise cependant qu’il est le fruit de mon imagination et qu’aucun détail n’est vrai. Je dédie ce texte à Isa et à toutes les amazones.

16 pensées sur “Une photo, quelques mots #42”

  1. Ton texte est très beau, pudique et émouvant, il m’a donné les larmes aux yeux. Bravo pour l’écriture et les sentiments que tu as fait passer et merci pour ton soutien tout au long de l’aventure du marathon ! <3

  2. Le dépassement de soi, le courage, la dignité, la féminité, le goût de la vie, les détails, les odeurs, la légèreté de l’air, l’éducation, la transmission et l’éternel problème de l’égalité des chances…..On trouve tout cela dans ce texte dont le dernier paragraphe est particulièrement touchant…..

La parole est à vous !