Vies volées : Buenos Aires Place de Mai – Matz & Mayalen Goust

Pendant la dictature argentine, de 1976 à 1983, les militaires ont non seulement torturé et assassiné les opposants mais ils ont aussi volé leurs bébés pour les confier à des familles proches du régime. Mario, qui habite en colocation avec son ami Santiago à Buenos Aires, se demande s’il ne fait pas partie de ces enfants. Il n’existe aucune photo de sa mère enceinte ni de lui bébé, il ne ressemble pas à ses parents et les questions qu’il pose restent sans réponse. Renfermé, il cogite beaucoup. Santiago, lui, est plus à l’aise, plus joyeux, plus séducteur. Le jour où il accompagne Mario pour passer le test ADN qui lui permettra d’avoir le cœur net par rapport à ses origines, il tombe sous le charme de l’infirmière. Pour faire sa connaissance, il décide de demander un prélèvement pour lui aussi. Les résultats du test bouleversent la vie des deux amis et soumettent leur amitié à rude épreuve.

Vies volées est une bande dessinée historique comme je les aime : grâce à un scénario habile, la petite histoire se mêle à la grande, dénonçant un crime qui concerne environ 500 enfants en Argentine. Sur la Place de Mai, à Buenos Aires, des grands-mères se battent pour retrouver leurs petits-enfants. C’est l’une d’entre elles qui aidera Mario et Santiago dans leur douloureux parcours.

La bande dessinée ne s’arrête cependant pas à ce seul fait historique. Elle interroge la filiation et explique les traumatismes pour ces bébés dont certains découvrent à l’âge adulte que leurs parents ne sont pas leurs parents biologiques. La recherche de leurs origines est longue et douloureuse, parfois condamnée à l’échec. Pour les familles adoptives, ce n’est pas simple non plus. Si certaines ont adopté en connaissance de cause, pour d’autres, la réalité est bien plus complexe.

Matz a su éviter l’écueil du manichéisme et laisse une grande place aux sentiments des personnages, à leur cheminement psychologique. Les silences, les gestes, les regards en disent long. Face à la douleur, la douceur des illustrations de Mayalen Goust est un réconfort. Son trait et ses couleurs semblent vouloir préserver les personnages. A découvrir sans hésiter !

MATZ, GOUST, Mayalen, Vies volées : Buenos Aires Place de Mai , Rue de Sèvres, 2018.

Cette semaine, c’est Stéphanie qui nous donne RDV pour découvrir d’autres formidables BD !

39 réflexions sur « Vies volées : Buenos Aires Place de Mai – Matz & Mayalen Goust »

        1. C’est Mapuche le roman de Ferey que tu as lu ? Il se déroule dans l’Argentine post dictature mais, dans mes souvenirs, pas des bébés volés.

    1. Je l’ai acheté pour le CDI et les deux ou trois élèves qui l’ont lu pour le moment aiment beaucoup. Il sort par bouche à oreille. J’adore quand ça se passe comme ça !

    1. Elle mérite vraiment d’être lue. Le graphisme est réussi et le scénariste a su mêler habillement petite et grande histoire.

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