ça t’apprendra à vivre – Jeanne Benameur

Ce petit livre prenait la poussière sur les étagères de mon CDI et je l’ai ressorti pour préparer la rencontre de nos chères têtes blondes avec Jeanne Benameur, rencontre à laquelle je n’ai pas pu assister pour des raisons qui me dépassent mais ça c’est une autre histoire…

En 1958, l’auteur a cinq ans et vit dans la prison où son père travaille en tant que directeur, en Algérie. Quand les conditions deviennent trop risquées là-bas, toute la famille s’enfuit direction la France et plus précisément, La Rochelle. Cette nouvelle vie ne plaît pas du tout à Jeanne. Il fait froid, l’appartement est trop grand et lui fait peur, ses parents ne lui témoignent pas d’amour et se disputent parfois très fort, etc. Malgré tous ses efforts, la petite fille n’arrive pas à rendre sa vie et celle des siens un peu plus heureuse.

« Alors, vas-y ! Regarde-moi ! Je suis là, devant toi. Je suis ton remède, ta potion. Regarde-moi ! Je suis là pour ça, moi. Je suis la petite, la chérie, la dernière. Je suis ce que tu veux, ce que tu dis vouloir.

Mais ça ne suffit pas.

Triste quand même.

Alors quoi ? Qu’est-ce que je peux faire, moi ? Je ne sais plus. J’essaie d’être parfaite. Je fais tout bien et surtout pas de bruit.

Alors quoi ?

ça ne suffit pas.

Je ne suiffis pas. » p. 55-56

Avec beaucoup de distance, sans pathos, Jeanne Benameur raconte ici son enfance douloureuse dans une famille de quatre enfants où le père cogne parfois sur son fils et où la mère ne semble pas très proche de sa petite dernière. Elle fait part également des difficultés liées à la guerre d’Algérie et à l’exil forcé.

Le propos n’est pas gai du tout mais on retrouve avec bonheur l’écriture à l’économie et pleine de sensibilité de l’auteur. Je me demande tout de même quelle est la part de vérité et quelle est la part de fiction dans cette autofiction.

ça t’apprendra à vivre a également été publié dans des collections pour adultes où, à mon avis, il a plus sa place. Je ne suis pas certaine que de jeunes ados trouvent de l’intérêt pour ce texte, surtout si il ne connaissent pas l’auteur.

Un passage qui a particulièrement retenu mon attention :

« Mais je ne suis pas bête. Ce que j’écris sur ces pages est mesuré. Le cahier peut tomber entre n’importe quelles mains de la maison. Je ne me laisse jamais aller.

Les pensées philosophiques, oui ! Les commentaires de faits divers, tant qu’on veut !

Ma révolte, ma souffrance, jamais !

Je dis tout mais je maquille. Jamais à nu !

Pour réussir à tout dire, je me sers de tout. Les tempêtes, les grandes marées, les rafales qui cassent les arbres, ça me va. J’arrive à me délester. J’écris. Moi je comprends quand je relis. Personne d’autre ne peut savoir. » p. 112-113

BENAMEUR, Jeanne, ça t’apprendra à vivre, Seuil Jeunesse, 1998.

10 réflexions sur « ça t’apprendra à vivre – Jeanne Benameur »

  1. @clara : je pense que c’est le genre de texte qui peut te plaire.
    @Leiloona : oui, c’est autobiographique. Et je n’ai pas pu voir l’auteur parce que je suis tombée malade et que j’avais un arrêt de travail du mardi au jeudi. Sachant que je suis partie en fin de matinée le mardi, que le mercredi je ne bosse pas et que le jeudi j’étais capable d’aller travailler et d’assister à le rencontre, j’ai voulu que mon chef déchire l’arrêt et n’en tienne pas compte. Il n’a pas voulu…

  2. Je l’ai lu cet été, jamais fait de billet d’ailleurs, curieux ça… On retrouve la plume de Benameur, et oui, je confirme, il a bien plus sa place dans une collection adulte ! Je l’avais en BabelJ d’ailleurs…

  3. J’ai rencontré l’auteure en lecture… je comprends ta frustration !! Vraiment une personne marquante et intéressante. Je note ce livre, j’étais totalement passée à côté, merci donc !!

La parole est à vous !

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