Demain, demain – Laurent Maffre

Nanterre, bidonville de La Folie, 1er octobre 1962. Soraya débarque d’Algérie avec ses deux enfants, Samia et Ali, pour rejoindre son mari qui travaille en France depuis quelques temps déjà. Elle pensait découvrir un joli appartement comme ceux qu’elle voyait sur les cartes postales mais la déception est de taille. Kader a honte. Il n’a pas osé lui dire dans quel taudis il vivait. Pas d’eau courante, pas de lumière, pas de fenêtre, un toit qui fuit à la moindre averse, pas de chauffage, pas de place, etc.

Et les difficultés ne font que s’accumuler. Samia tousse tout le temps et il est impossible de la soigner correctement dans de telles conditions. La boue est omniprésente. Il est très difficile d’envoyer les enfants à l’école ou d’aller travailler sans se faire repérer comme habitant du bidonville à cause des chaussures toutes sales. L’approvisionnement en eau et l’évacuation des déchets est un véritable problème. Bref, le vie quotidienne n’est faite que de difficultés ou presque.

Pire encore, les habitants du bidonville doivent cacher les moindres travaux de réparation qu’ils effectuent car il est absolument interdit de construire ou de réparer quoi que ce soit. La police veille et détruit tout si elle s’aperçoit que quelqu’un n’a pas respecté la loi. Si une maison brûle et bien tant pis, les habitants doivent se débrouiller pour se reloger mais ne peuvent pas reconstruire.

Kader et Samya font des démarches pour obtenir un logement HLM. C’est leurs fils Ali, très bon à l’école, qui les aide à remplir les papiers. Ils savent très bien que leur demande a peu de chance d’aboutir mais n’en peuvent plus de leurs conditions de vie. Le pire, c’est que Kader passe ses journées à travailler sur les chantiers de construction de ces logements qui sont inaccessibles ou presque aux immigrés.

Comme tous ceux qui sont originaires d’Afrique du Nord, Kader et les siens doivent faire face au racisme. Ils sont considérés comme des moins que rien, humiliés. Ils n’osent pas dire à leur famille restée en Algérie la réalité de ce qu’ils vivent en France. Au pays, on croit qu’ils gagnent beaucoup d’argent et ils ont honte.

Heureusement, la solidarité règne au bidonville de La Folie. Les familles se réunissent et s’entraident. Quand une femme accouche, les autres prennent en charge ses enfants et préparent les repas. Quand un logement, brûle, on se débrouille pour reloger les habitants à droite et à gauche. Et puis, il y a aussi des moments de bonheur tout simple où on mange, on danse et on rigole un peu.

Demain, demain est un vrai coup de coeur. L’histoire en général et plus particulièrement celle de la France m’intéresse beaucoup alors quand une BD apporte des informations historiques de manière aussi intéressante, je ne peux qu’être enthousiaste ! Le dessin en noir et blanc de Laurent Maffre est une vrai réussite. Les dernières pages apportent un plus. Elles sont consacrées au témoignage de Monique Hervo, une militante qui a vécu pendant douze ans à La Folie pour aider les habitants.

Demain, demain est à mettre entre toutes les mains, non seulement parce que le livre raconte le passé de notre pays mais aussi parce que, malheureusement, ces bidonvilles qui avaient disparu pendant quelques années réapparraissent aujourd’hui. C’est caché, on en parle peu mais c’est une réalité dont nous devrions avoir honte et que nous devrions combattre. Quant au racisme, je n’en parle même pas… Là aussi il y aurait des choses à dire et à faire…

L’avis de Mo, celui de Brize de Canel et de Choco.

Un grand merci à PriceMinister qui m’a permis de lire ce livre dans le cadre de l’opération La BD fait son festival. Je note la note de 18/20 à Demain, demain.

MAFFRE, Laurent, Demain, demain, Actes Sud BD / Arte éditions, 2012.

9 réflexions sur « Demain, demain – Laurent Maffre »

  1. Ton enthousiasme fait plaisir à lire (et tu as raison, dans ton dernier paragraphe : il n’y a pas que le passé, qui doit nous préoccuper… ) !

  2. Pour avoir connu le bidonville de Nanterre il y a 50 ans je sais où vivaient ces populations. Puis on a construit à la hâte les barres ce qui fut un progrès momentané, sans se douter que l’on construisait des bombes à retardement…

La parole est à vous !

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