Des âmes simples – Pierre Adrian

« Ce qui repousse les caméras m’attire. Ceux qui trébuchent, ceux qu’on ne voit pas. » C’est pour aller à la rencontre de ceux dont on n’entend jamais parler que le narrateur de Des âmes simples passe quelques semaines en vallée d’Aspe, dans les Pyrénées, aux côtés de Frère Pierre. Il a choisi la période de Noël et ce n’est pas un hasard. A cette époque de l’année, la solitude est exacerbée.

Pierre officie à Lescun depuis toujours et connaît bien les habitants du village et des alentours. « Pierre, l’histoire de ta vie dépasse la fiction d’un roman« , lui disait sa mère. En effet, des trajectoires de vie, des êtres paumés qui viennent demander secours, des bonheurs fragiles fauchés du jour en lendemain, il en connaît de multiples. Et peu importe si ces hommes et ces femmes portent la foi ou non. Pierre ne fait pas de distinction. Il répond présent en toutes circonstances et en toute simplicité. Les rapports qu’il entretient avec ceux qui croisent sa route sont authentiques, bien éloignés des faux semblants auxquels notre époque nous a habitués.

Aux côtés de Pierre, le narrateur découvre une vallée désertée dans laquelle restent ceux qui ont toujours vécu là ou n’ont guère d’autres choix. Les camions filent à toute vitesse vers l’Espagne depuis que la voix de chemin de fer n’est plus en service. Ici, personne ne s’arrête et on vit à l’abri de l’agitation du monde. Ce qui ne veux pas dire que la vie est belle pour autant, bien au contraire. La vallée est grise, terne. Où qu’on soit, le regard se porte immanquablement vers la montagne. A juste titre, sa force magnétique est comparée à celle de la mer. Les villageois ont du mal à s’en éloigner comme ils ont du mal à faire face à la désespérance.

Des âmes simples avait tout pour me plaire : donner la parole aux oubliés, à ceux que l’on ne voit jamais parce que nos vies sont si différentes, en toute authenticité et en plus dans un cadre qui me plaît tant. Malheureusement, l’aspect spirituel est bien trop présent à mon goût dans ce récit tiré d’une expérience vraie. Cette dimension a réellement gâché mon plaisir, à tel point que j’ai fini par m’ennuyer. Et puis, je refuse de croire que ces montagnes sont uniquement celles du désespoir et des ténèbres. Si je partage une certaine vision de la société avec l’auteur, je suis finalement bien plus optimiste que lui.

Marilyne a été enthousiasmée par cette lecture.

ADRIAN, Pierre, Des âmes simples, Équateurs, 2016.

14 réflexions sur « Des âmes simples – Pierre Adrian »

  1. Je l’ai noté chez Maryline et je l’ai feuilleté en librairie. Je me suis demandée s’il était bien pour moi … et ton avis me fait réfléchir encore plus. A voir plus tard peut-être.

  2. Et bien, malgré ta déception, je suis ravie de ta lecture. Les avis contrastés sont essentiels. Comme tu l’as lu dans ma chronique, j’ai apprécié ce qui t’a ennuyée, ceci explique cela 🙂 . Merci de t’être laissée tentée, je vais suivre ce jeune auteur.

  3. En lisant ta chronique, justement je me disais que le côté religieux me gênerait un peu dans ce genre d’histoire.
    C’est sur que la montagne peut être belle et joyeuse ou grise et sinistre…plus que la mer…

La parole est à vous !