La guerre de Catherine – Julia Billet

Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que les lois antisémites rendent la vie des juifs de plus en plus compliquée, Rachel Cohen est confiée par ses parents à la Maison des enfants de Sèvres. Cette institution aux méthodes pédagogiques novatrices laisse une grande liberté aux enfants dans les apprentissages. Ainsi, « la Petite République » leur permet de prendre des décisions en  commun et de valider les idées individuelles avant qu’elles ne soient mises en œuvre. Mais la Maison de Sèvres, qui a réellement existé,  protège surtout les enfants juifs des nazis. La mère de Julia Billet, l’auteur de ce roman, a d’ailleurs été une de ses enfants cachés par Yvonne et Roger Hagnauer, alias Goéland et Pingouin, les responsables de l’institution. Le livre s’inspire de sa propre histoire, tout en prenant des libertés avec la réalité.

Grâce à Pingouin, Rachel découvre la photographie et se passionne pour cet art. Son Rolleiflex en mains, elle passe son temps à prendre des clichés et à les développer.

« Pousser cette tristesse au fond de mon ventre et courir après les images, chercher celle qui un jour peut-être me rendra célèbre. Parce que je rêve de devenir une grande reporter sillonnant le monde […]. Je me sens l’âme d’une voyageuse et j’espère bien un jour devenir une grande photographe, journaliste, écrivain, une femme pas comme les autres. Une femme qui ne fuira jamais mais sera au contraire toujours sur le pont, aux premières loges, sans connaître la peur, cette sale trouille qui me mine toutes les nuits. » p.23

La pression nazie s’intensifiant, les enseignants de la Maison de Sèvres décident de donner un nouveau nom et des papiers aux enfants juifs. Rachel Cohen devient alors Catherine Colin et doit oublier son identité, s’inventer une histoire, une nouvelle famille. Comme ses camarades, elle n’a qu’une peur : que ses parents ne la retrouvent pas à cause de ce nouveau nom. Après la rafle du Vel’d’Hiv, tous les enfants juifs sont pris en charge par la résistance et leur fuite vers la zone libre est organisée. Un long périple commence alors pour Rachel-Catherine. A ses côtés, une petite fille orpheline et dans ses mains, le Rolleiflex qui lui permet de rendre compte à sa manière des évènements auxquels elle doit faire face. Catherine photographie les gens qui l’aident, les enfants dont elle croise le chemin, la peur, la solitude mais aussi de trop rares moments de joie et d’espoir.

C’est la lecture de l’adaptation de La guerre de Catherine en bande dessinée qui m’a donné envie de découvrir ce roman jeunesse. Cela m’a d’ailleurs permis de me rendre compte que le scénario de la BD, écrit par Julia Billet elle-même, est fidèle à l’œuvre d’origine, reformulant les phrases ou allant jusqu’à les reproduire mot pour mot.

L’héroïne de cette fiction est une jeune fille attachante, animée par une farouche envie de vivre, que la guerre fait mûrir bien vite. La disparition de ses parents est de plus en plus probable au fil des pages. A chaque fois qu’elle s’attache à quelqu’un, elle est obligée de s’en séparer. Et pourtant, Catherine garde l’espoir chevillé au corps. Son appareil photo, qui est finalement la seule chose dont elle n’est pas obligée de se séparer, lui permet d’endurer la persécution et joue un rôle d’échappatoire. Ses clichés sont autant de témoins de sa vie, de sa guerre. Les passages consacrés à cet art, à la recherche de la bonne lumière, de la meilleure photo, sont d’ailleurs une belle réussite.

Du point de vue historique, le roman laisse une grande place à tous ces résistants -institutions ou simples particuliers- qui ont mis en péril leur vie pour sauver des juifs et permettre à la liberté de triompher. La faim et la peur sont bel et bien là mais la volonté de vivre libre aussi !

BILLET, Julia, La guerre de Catherine, L’école des loisirs, 2012.

18 réflexions sur « La guerre de Catherine – Julia Billet »

    1. Difficile de dire lequel des deux j’ai préféré… Disons que le roman est plus complet, donne plus de détails, forcément. Mais le talent de l’illustratrice apporte une vraie valeur ajoutée dans la BD. Je ne t’aide pas trop sur ce coup là, j’en ai bien conscience…

  1. Et bien tu vois je suis contente de mon idée de billet récap des coups de coeur qui me permet de rattraper quelques billets que je n’avais pas vu passer… 😉 comme celui-ci. J’ai adoré la BD, comme je te l’ai dit, mais je suis certaine que le livre est encore plus fort, un peu comme le titre d’Olivia Rosenthal que j’ai beaucoup aimé dernièrement, un peu sur le même sujet !! A suivre…

      1. Il y a une belle diversité dans cette première sélection, je suis ravie et j’espère que cela donnera des envies d’aller chercher des titres différents oui ! 😉

  2. Merci à Antigone qui me donne l’occasion de découvrir ton coup de coeur ! Un titre que je note pour mes élèves.

La parole est à vous !