La vie commence à 60 ans – Bernard Ollivier

Bernard Ollivier est un écrivain voyageur que j’ai découvert il y a quelques années avec les trois tomes de Longue marche dans lesquels il relate son voyage de 12 000 kms à pied sur la route de la soie. A l’époque, son récit m’avait fait rêver et m’avait permis de me projeter dans les contrées d’Asie Centrale que j’ai découvertes en vrai quelques temps plus tard.

Dans La vie commence à 60 ans, Bernard Ollivier raconte le virage qu’a pris sa vie, l’âge de la retraite venu, et revient notamment sur ce voyage au long cours. Tout a commencé par une grosse déprime et des pensées suicidaires. Veuf depuis quelques années déjà, ses fils partis de la maison, il ne sait pas quoi faire pour occuper tout le temps dont il dispose désormais. Sentiment d’inutilité, solitude, absence de projets… C’est un coup de téléphone d’une nièce qui lui permet de sortir de l’impasse.

Bernard Ollivier prend la décision de parcourir le Chemin de Compostelle pour faire le point sur sa vie et décider de son avenir. A l’époque, El camino comme on le nomme en Espagne, n’est pas aussi célèbre qu’aujourd’hui. En trois mois, il parcourt les centaines de kilomètres qui séparent Paris de Saint-Jacques de Compostelle. Après quelques jours de marche, son corps ne le fait plus trop souffrir et il a tout le temps dont il a envie pour réfléchir. Seul, il repense à son enfance, à son parcours professionnel, à sa femme et à sa famille. Il peut se regarder en face et s’avouer des choses inavouables. Il s’ouvre aussi aux autres et fait de jolies rencontres.

Un jour, il entend parler de deux adolescents belges qui devraient être en prison et marchent avec un accompagnateur vers Compostelle pour se réinsérer dans la société. C’est le déclic. Il décide de fonder l’association Seuil qui vient en aide aux jeunes délinquants en leur proposant une longue marche comme alternative à la prison.

Mais le jeune retraité a aussi un autre projet, totalement fou celui là. Parcourir à pied les 12 000 kms qui séparent Istanbul de Xi’an, en Chine. Il raconte comment cette idée a germé dans son esprit, la préparation du voyage, les moments de doute et d’optimisme, les obstacles rencontrés mais surtout les bienfaits de ces longues heures de marche et des nombreuses rencontres qu’il a faites.

Pour Bernard Ollivier, la vie commence en effet à 60 ans. Le temps qu’il a devant lui lui permet de se rendre utile en aidant les autres et de réaliser des projets auxquels sa vie de famille et son travail ne le prédisposaient pas. Il propose au lecteur un livre plein d’optimisme et surtout un éloge de la maturité. Plutôt qu’une « guerre » entre les jeunes qui bossent et côtisent sans être certains de pouvoir bénéficier un jour de la retraite et les vieux qui profitent tranquillement et égoïstement de la vie, il montre qu’il y a de multiples façons de se rendre utile et que les retraités ont encore beaucoup de choses à apporter à la société.

Il n’y a cependant nul besoin d’approcher de l’age de la retraite pour apprécier La vie commence à 60 ans. En lisant ce récit, on s’interroge sur le sens de sa propre vie, sur ses choix, ses ambitions, ses projets. Comme lui, je partirais bien marcher à travers le monde mais aujourd’hui, ce n’est pas possible. 

« Il n’y a que deux périodes favorables pour s’offrir le monde : avant et après la carrière professionnelle. Entre les deux s’élabore une autre sorte d’aventure, la création de cette merveille essentielle que constitue une famille. C’est sans doute la plus grande affaire de notre vie. La décision de donner naissance à un enfant est un contrat à vie, indénonçable, indéchirable. C’est un contrat long. Je sais qu’il faut vingt-cinq ans pour aider, aujourd’hui, un enfant à s’insérer dans la société. Vingt-cinq années de petits soucis, de petites disputes et de grands bonheurs. Les fonctions de père ou mère de famille et de travailleur ne permettent pas, tant elles sont prenantes, d’envisager une aventure au long cours. Mais il y a des compensations. » p. 189-190

Ces mots m’ont consolée et je me dis qu’il faut être patiente, que le temps viendra pour moi, dans quelques années, de mener à bien ce projet. En attendant, j’ai tout le temps de le murir !

Quelques extraits :

« La peur du manque, cette maladie incurable de ceux qui dans leur enfance ont été pauvres, m’étreignait. » p.22

« La peur d’être jugé avait été, avant même d’écrire mon premier scénario, le principal frein à mon besoin de m’exprimer. Je craignais que mon entourage ne vit, dans les situations parfois bizarres qui venaient sous ma plume, la révélation de quelques pensées inavouables. » p. 140

« Un livre est pour moi la rencontre de deux personnes qui lui apportent autant l’une que l’autre. L’auteur, par la précision de ses descriptions ou l’évocation de ses émotions, fait naître des images dans la tête du lecteur. De son côté, celui-ci dispose d’un imaginaire qui va lui permettre de retenir, de s’approprier, d’enjoliver telle ou telle image. Il va entrer seul dans l’histoire, qu’il s’agisse d’un roman ou d’un récit. Il y apporte sa culture, sa sensibilité, son humeur du moment. Et de cette magie qu’est la rencontre entre l’écrivain et le lecteur naît un ouvrage unique. Car personne ne lit le même. Chaque lecteur réinvente « son » histoire. Les mots sont les mêmes, les images, les émotions sont différentes. » p. 153-154

OLLIVIER, Bernard, La vie commence à 60 ans, Libretto, 2012.

8 réflexions sur « La vie commence à 60 ans – Bernard Ollivier »

  1. Ca a l’air passionnant, effectivement ! J’aime beaucoup, notamment le premier extrait que tu cites. La soixantaine fait un peu peur. Voilà de quoi booster quelques personnes et donner de l’espoir à d’autres !

  2. Je comprends tes interrogations et le bien qu’a pu te faire ce livre… J’ai eu 41 ans hier et le sentiment que le temps (toujours mal occupé ?) est passé trop vite. Heureusement, comme les enfants grandissent, les opportunités de faire des choses pour soi augmentent, et faire des choses avec eux devient aussi de plus en plus agréable. Tu repartiras en voyage, c’est sûr.

La parole est à vous !

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