Rester debout

 

©Kot

Sandalettes et pantacourt en jean. Elle avait choisi de mettre sa tenue favorite ce matin. Pas envie de passer trois heures à décider comment se fringuer. Tout ce qu’elle voulait, c’était se sentir confortable. Déjeuner, se préparer, déposer les filles, partir au boulot et surtout ne pas réfléchir.

Brancher le pilote automatique, ça elle savait très bien faire. Il faut dire qu’elle avait des années de pratique ! Devant les clients, tout allait bien. Ce n’était pas très compliqué, elle était presque invisible pour eux. Tout ce qu’ils voulaient, c’est qu’elle soit à leur service. Les plus fidèles faisaient semblant de s’intéresser à elle mais Émilie était lucide, elle savait très bien que c’était juste pour la forme.

La soirée d’hier était une fois de plus à mettre dans les annales. Elle en avait ras le bol. Le scénario était à chaque fois le même, elle pourrait l’écrire à l’avance. Mieux valait ne pas y penser et affronter la journée comme elle le pouvait.

En fin d’après-midi, elle irait boire un verre avec ses copines puis rentrerait à la maison pour gérer le quotidien. Elle adresserait à peine la parole à son mari et refuserait de lui parler.  Ils avaient fait le tour de la question, c’était terminé, elle avait trop donné. Désormais, il se débrouillerait tout seul avec ses problèmes.

« Comme un rocher qui dure sous les gifles du sel / Comme un arbre solide sous la pluie / Comme un fruit qui mûrit après des nuits de gel / Une plaine asséchée qui retrouve de l’eau« , chantait Jeanne Cherhal dans Femme debout, une des chansons de son dernier album. Ces vers auraient pu être écrit pour Émilie. Elle n’avait pas trop d’autre choix que de subir. Mais elle avait décidé d’y trouver son compte. Elle vivait sa vie s’en se préoccuper de lui. Peu importe ce qu’il pensait. Tout ce qui comptait, c’était son bien être et celui de ses filles.

D’ailleurs, elle avait besoin d’évacuer toutes les tensions de ces derniers temps, de décompresser. Les soirées en célibataire, les entraînements de hand, le rendez-vous mensuel du club lecture de la médiathèque et les après-midi shopping ne lui suffisaient plus. Pour les prochaines vacances, elle partirait donc en Jamaïque. Toute seule. Les filles étaient grandes maintenant, elles n’avaient plus autant besoin d’elle.

C’était ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona.

8 réflexions sur « Rester debout »

  1. Une femme qui (re)commence à s’écouter, à écouter ses besoins, et qui agit pour sortir du quotidien gris. Un texte qui touchera beaucoup de gens !

La parole est à vous !

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