Check-point – Jean-Christophe Rufin

Lionel, Marc, Alex, Vauthier et Maud appartiennent à une petite ONG lyonnaise et embarquent au volant de deux camions de quinze tonnes chargés de vêtements et de vivres direction la Bosnie en guerre. Le problème, c’est que ces cinq là ne s’entendent pas et ils s’en aperçoivent très vite.

Maud, le personnage central de ce roman, a vingt ans. Elle est pleine d’illusions et cette expédition à l’autre bout du monde semble être pour elle un moyen de fuir sa famille, le regard des hommes, le quotidien. Marc et Alex, deux anciens militaires, n’inspirent pas la confiance et sont mis à part du reste du groupe. Lionel passe son temps à fumer des joints et à jouer les chefaillons. En réalité, il se sent mal à l’aise dans son rôle de chef d’expédition et sait très bien qu’il n’a pas les épaules pour assumer une telle fonction. Vauthier, regarde les autres avec un regard mauvais. Il reste toujours seul. C’est un personnage désagréable dont on a du mal à cerner les motivations. Ce convoi ressemble peu à l’image que l’on se fait des humanitaires !

A bord des deux camions, c’est un véritable huit-clos qui se joue. A part aux check-points et dans les rares endroits où ils réussissent à se ravitailler en nourriture, les cinq personnages vivent en vase clos. Les rapports de force établis au départ se renversent à plusieurs reprises au fil des kilomètres. Les personnalités, les blessures et les motivations des uns et des autres se révèlent.

Le roman est construit comme un thriller dont la force réside dans l’évolution des personnages. Celui de Marc, notamment, m’a beaucoup marquée. C’est quelqu’un d’assez énigmatique au départ et qui dégage une force incroyable.  « Mais des amis, de vrais amis, je n’en ai jamais eu. Jamais. C’était le prix à payer, je pense. Encore une fois, la force ne suffit pas. Ce qu’il faut pour se protéger, c’est le mystère. On doit être impénétrable, imprévisible. L’amitié, c’est le contraire : on se dévoile, on laisse quelqu’un entrer dans votre pensée. A l’école, c’était trop dangereux. Après, à l’armée, l’habitude était prise. Je n’ai pas changé« . p. 259

Quelles sont les véritables motivations de ces humanitaires ? Qu’est-ce qui les a poussés à s’engager dans ce domaine ? L’humanitaire pacifique est-il encore possible aujourd’hui ou faut-il s’engager de manière plus radicale ? Ce sont toutes ces questions auxquelles l’auteur tente d’apporter des réponses à travers ce roman passionnant.

RUFIN, Jean-Christophe, Check-point, Gallimard, 2015.

Matin brun – Franck Pavloff – Lu par Jacques Bonnaffé et Denis Podalydès

A force d’entendre mes copinautes parler de livres audios, j’ai fini par aller fouiller dans le maigre fonds de ma médiathèque pour trouver de quoi agrémenter mes trajets en voiture ou mes tâches ménagères. Qui a dit que j’étais influençable ? Personne j’espère !

Matin brun est une nouvelle de Franck Pavloff désormais bien connue. Publiée en 1998 et étudiée depuis quelques temps déjà en classe, elle est toujours d’actualité et le sera encore malheureusement pendant très longtemps je pense… L’être humain a tendance à être lâche et à chercher la facilité et ça, ce n’est pas prêt de changer !

Il est question, dans ce très court texte, d’un état dans lequel on commence par interdire les chats puis les chiens qui ne sont pas de couleur brune. Charlie et son copain se débarrassent donc chacun de leur côté de leur animal de compagnie. Ils regardent la montée du totalitarisme comme de simples spectateurs, sans doute trop préoccupés par leur quotidien. Ils trouvent même des justifications à la censure de la presse ou de certains livres mis à disposition des lecteurs à la bibliothèque. Il faudra que l’état brun aille loin, très loin, pour qu’ils prennent conscience de ce qui est en train de se passer.

Je ne sais pas si c’est parce que je connaissais Matin brun depuis longtemps ou si ce sont les voix et l’interprétation de Jacques Bonnaffé et Denis Podalydès mais j’ai trouvé le texte beaucoup moins percutant dans sa version audio que dans sa version écrite. Je me souviens avoir été vraiment touchée quand je l’ai découvert. Je l’ai d’ailleurs offert autour de moi à l’époque. L’engagement de l’auteur est toujours là dans la version audio mais je l’ai beaucoup moins ressenti.

PAVLOFF, Franck, BONNAFFE, Jacques, PODALYDES, Denis, Matin brun, Radio France, 2002.

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