Tu t’appelais Maria Schneider – Vanessa Schneider

L’actrice Maria Schneider, aujourd’hui décédée, est surtout connue pour avoir joué aux côtés de Marlon Brando en 1972 dans le film à scandale Le dernier Tango à Paris de Bertolucci. De son vivant, elle a pour projet d’écrire une autobiographie mais elle renonce finalement, par peur de se lancer dans une aventure compliquée. Elle n’a sans doute pas vraiment envie d’évoquer son père, sa mère, la drogue. Sa cousine, la journaliste Vanessa Schneider, avait accepté d’écrire ce livre avec elle. Ce n’est que quelques années après sa mort qu’elle décide finalement de mener à bien ce projet, seule.

« Ce livre est pour toi, Maria. Je ne sais pas si c’est le récit que tu aurais souhaité, mais c’est le roman que j’ai voulu écrire. »

Vanessa Schneider revient donc sur l’histoire de cette jeune actrice paumée et victime d’un scandale qui la dépasse. Je n’ai jamais vu dernier Tango à Paris et ce n’est pas se récit qui va m’en donner envie ! Alors qu’elle n’a que 19 ans, Maria sort détruite du tournage de ce film qui raconte une histoire charnelle entre un quadragénaire et une adolescente. La scène de la sodomie avec une plaquette de beurre, pour laquelle l’actrice n’avait pas été prévenue, défraie la chronique. Plus tard, elle tourne dans d’autres films mais à chaque interview, c’est toujours sur le Tango qu’on l’interroge. Il aurait été intéressant d’entendre son point de vue à ce sujet. Malheureusement, ce n’est qu’à travers le regard de sa cousine que nous y avons accès, et ce de manière assez succincte.

Très tôt chassée de chez sa mère, une mannequin roumaine, Maria vit quelques temps chez son oncle, le père de Vanessa. Elle est en manque de repères. Son père, l’acteur Daniel Gélin, qui ne l’a jamais reconnue et qu’elle rencontre pour la première fois à l’âge de 16 ans, ne l’aide pas du tout, bien au contraire. L’actrice sombre dans la drogue dure, fait plusieurs overdoses, est insupportable avec son entourage. La toxicité de son histoire familiale et sa carrière professionnelle donnent quelques clés pour comprendre comment elle en arrive là. Mais là encore, c’est à travers le regard de sa cousine que nous la voyons et tout cela reste finalement très superficiel.

Pour être honnête, je n’ai même trouvé aucun intérêt à la lecture de ce récit. Certes, il est bien écrit –le style est direct, précis, fluide- et le viol impuni dont Maria Schneider est victime est ignoble. Cependant, si elle n’avait pas été une actrice connue, si Vanessa Schneider n’avait pas été journaliste au Monde, ce texte aurait-il trouvé un éditeur ? De plus, il se veut un hommage à l’actrice mais il met également en scène l’histoire familiale de la journaliste, qui règle au passage quelques comptes dont le lecteur se moque éperdument. A moins d’aimer les pages people des magazines, qui sont pourtant conspués à plusieurs reprises dans l’ouvrage.

SCHNEIDER, Vanessa, Tu t’appelais Maria Schneider, Grasset, 2018.

21 réflexions sur « Tu t’appelais Maria Schneider – Vanessa Schneider »

  1. Tu me fais découvrir que je dois surement aimer les pages people des magazines, il faudrait que j’essaye! Trêve de plaisanterie, j’ai plutôt aimé ce livre même s’il manque la voix de Maria. La colère est toujours présente, j’ai aimé cette force que cela donne à l’ensemble.
    L’aventure Elle continue!

  2. Ce livre, c’est tout ce que je n’aime pas, surtout cette histoire de règlement de compte. Décidément, elles sont toutes accro aux drogues, les filles de Daniel Gélin, qu’il les ait reconnues ou pas.
    Il me semble que l’actrice s’était exprimée à plusieurs reprises sur son expérience traumatisante du tournage de Dernier tango à Paris. J’ai tenté de le voir, pour comprendre, j’ai trouvé le film insupportable (et je ne pas arrivée à la fameuse scène).

    1. Oui, elle s’est exprimée mais au bout d’un moment, elle ne voulait plus parler de ce film, ce qui est bien normal. Il y a une scène de sodomie avec une plaquette de beurre qui a été tournée sans qu’elle soit prévenue. Le réalisateur et l’acteur avait tout organisé à son insue. Quelle histoire glauque !

  3. Je ne lis pas ce genre de livre. Je n ai jamais voulu voir le film ou pourtant tout le monde courait a l’epoque. Le metteur en scène ne s est excusé que du bout des lèvres. Pour le reste … on est sûrement dans le copinage et le renvoi d’ascenseur.

    1. Moi non plus je ne lis jamais ce genre de livre Aifelle. Mais comme il fait partie de la sélection du Grand Prix des Lectrices de Elle je n’ai pas eu le choix. L’avantage de ce genre de prix, c’est qu’on sort de sa zone de confort et qu’on fait parfois de jolies découvertes. L’inconvénient, on le voit bien avec ce livre…

  4. J’ai aimé les passages où elle parle d’elle même et de s vie dans les années 70 avec des parents communistes. Par contre je suis d’accord avec toi, c’est un hommage dont je suis resté éloignée (peut-être le « tu ») et les règlements de compte m’ont gênées.

La parole est à vous !