Un printemps à Tchernobyl – Emmanuel Lepage

 

22 ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, Emmanuel Lepage, dessinateur de bandes dessinées, décide de se rendre sur les lieux de l’accident en compagnie d’autres artistes engagés. Son objectif est de réaliser un reportage en dessin, de témoigner d’une réalité. Bien entendu, il se pose des questions sur sa légitimité à se rendre dans un tel lieu, lui qui n’est pas spécialement engagé dans le combat contre le nucléaire et se contente le plus souvent d’être spectateur du monde qui l’entoure. 

Avant le départ, des douleurs insupportables l’empêchent de dessiner. Les traitements n’y font rien et les multiples spécialistes qu’il rencontre n’arrivent pas à le soulager. Au dernier moment, il hésite à partir. Finalement, il se rend tout de même sur les lieux de la catastrophe. Une fois sur place, les douleurs disparaissent petit à petit.

La zone qui entoure la centrale est encore très fortement contaminée et il est indispensable de prendre de nombreuses précautions. Emmanuel Lepage est père de deux enfants et ne peut pas se permettre de prendre des risques. Pourtant, il le sait, le risque zéro n’existe pas, surtout à Tchernobyl.

Au fil des jours et des semaines, le dessinateur se pose des questions sur la façon de rendre compte de l’invisible. La nature et la vie ont repris leurs droits. Certains endroits semblent même bucoliques. Pourtant, le compteur de microsiervets ramène vite à la réalité…

Emmanuel Lepage se demande aussi pourquoi il a tant voulu se rendre dans un endroit si risqué. La réponse ne vient qu’au bout d’un long moment. Il était nécessaire pour lui d’affronter sa peur du danger, du mystère, de l’inconnu. Et au final, c’est la vie qui prend le dessus, la vie qui semble plus forte que la mort.

Les dessins de cet album sont très sombres, ce qui est logique avec un sujet pareil. Pourtant, de temps en temps, le noir, le marron et le gris laissent la place au vert de la nature et de la vie.

J’avais entendu le plus grand bien de cette bande dessinée et je n’ai pas été déçue. Avec Un printemps à Tchernobyl, on est vraiment très proche du reportage, de documentaire. On a tant parlé de cette catastrophe nucléaire qu’Emmanuel Lepage ne nous apprend bien entendu rien de nouveau sur l’accident en lui même. L’intérêt de son travail réside dans sa réflexion sur la façon de rendre compte de quelque chose qu’on ne voit pas mais qui est pourtant bien présent et représente toujours un danger bien réel : la présence de la radioactivité.

On sent l’auteur impliqué dans son travail, tant d’un point de vue professionnel que personnel. Sans nul doute, cette expérience l’aura marqué et lui aura appris beaucoup de choses sur lui même.

Un grand merci à Jérôme, Noukette, Mo ou encore Stephie sans qui je n’aurais sans doutre jamais découvert ce travail remarquable.

LEPAGE, Emmanuel, Un printemps à Tchernobyl, Futuropolis, 2012.

13 réflexions sur « Un printemps à Tchernobyl – Emmanuel Lepage »

  1. J’ai pas le souvenir d’un graphisme sombre au final. Je retiens plus la beauté des paysages. J’ai l’impression que le fusain du départ de l’album exprime son ressenti de spectateur d’un désastre, mais qu’il change d’avis au fil de son séjour en découvrant la beauté de la nature qui reprend ses droits.

  2. C’est sombre mais c’est vrai que ce qui reste au final, c’est cette explosion de couleurs. Et on voit bien toute l’évolution dans la perception de l’auteur au fil du séjour. La beauté de la nature lui pose quand même problème car elle masque la réalité du désastre.

  3. Je l’ai lu la semaine dernière, et je l’ai trouvé magnifique, dans son propos et dans les planches. Après avoir lu « la nuit tombée » d’Antoine Choplin » et vu le film « la terre outragée », je me fais une meilleure idée du sujet.

  4. Superbe cet album. il m’a donné envie de découvrir « Voyage aux iles de la Désolation » et j’attends déjà son prochain ouvrage avec beaucoup d’impatience !^^

  5. Lepage est en train de devenir l’un de mes dessinateurs BD préféré… Je viens de lire « Oh les fille ! », mais il n’arrive pas à la cheville du magistral « Voyage aux îles de la Désolation »…

La parole est à vous !

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