Une journée sur le GR 10

©Romaric Cazaux

La journée a bien commencé. Ils se sont levés de bonne heure et se sentent en forme. Cela fait maintenant un peu plus de quinze jours qu’ils sont partis d’Hendaye pour traverser les Pyrénées à pied par le GR 10 et les douleurs des premiers jours ont disparu. Il marche quelques dizaines de mètres devant, la carte à la main, et elle suit derrière, perdue dans ses pensées. De temps en temps, il s’arrête pour l’attendre mais chacun avance à son rythme.

A 11h, ils arrivent à Etsaut, un petit village où ils ont prévu de dormir. L’étape est beaucoup plus courte qu’ils ne le pensaient alors ils décident d’un commun accord de poursuivre jusqu’au refuge d’Ayous. Deux étapes en une, c’est une journée de gagné et ça permettra de se reposer ou d’aller moins vite quand le besoin s’en fera ressentir.

Sur le Chemin de la Mâture, elle s’arrête pour prendre des photos. Taillé dans la roche au XVIIIème siècle pour que les boeufs puissent passer et acheminer des troncs d’arbres dans la vallée, il domine les gorges d’Enfer situées 200 mètres plus bas. Jusqu’ici, le ciel était dégagé mais elle a l’impression que c’est en train de changer au loin.

Après un court repas composé d’un peu de pain, de jambon de montagne et de fromage, ils repartent. Vers 16h, le ciel est bas et gris. La température chute vite et ils sont obligés de s’arrêter pour sortir les vestes des sacs à dos. Le brouillard se met à tomber et elle ne le voit plus alors qu’il est à seulement 30 mètres devant. Suivre le tracé du GR dans de telles conditions devient difficile. Le GPS indique que le chemin est là, tout près, mais où ? Pas de balisage rouge et blanc, pas de cairns. Elle ne le voit même plus et le suit à la voix. Le peur prend le dessus sur tous les arguments rationnels qu’elle énumère dans sa tête. Elle aimerait bien qu’il l’attende mais le temps passe vite. Ils sont au milieu de nulle part et il faut absolument retrouver le chemin.

Fatiguée, elle bute sur une pierre et tombe de toute sa hauteur. Les nerfs lâchent et elle se met à pleurer comme une gamine. Quelques abricots secs, un peu d’eau et les batteries sont rechargées.

Ils décident de faire demi-tour jusqu’au dernier balisage rouge et blanc qu’ils ont vu et retrouvent enfin leur chemin. Le sommet est perdu dans le brouillard et la montée parait longue. La descente qui suit est relativement facile même s’il faut faire attention en raison des conditions météo. Le refuge est là. Ils auraient pu l’apercevoir depuis le haut du col mais le découvrent alors qu’ils sont à quelques mètres seulement.

La saison n’a pas commencé. Le refuge n’est pas encore gardé et ils sont seuls. D’ici peu, un homme et une femme viendront faire le grand ménage et préparer l’arrivée des premiers randonneurs. En attendant, il faut se débrouiller seul. Pour économiser les lampes frontales, elle allume les bougies laissées là par d’autres marcheurs. Elle trouve encore quelques forces pour faire chauffer de l’eau et préparer le sachet de nourriture lyophilisée. La vue sur le lac et le pic du midi d’Osssau, ce sera pour demain matin. En attendant, une nuit de sommeil bien méritée les attend.

C’était ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona.

13 réflexions sur « Une journée sur le GR 10 »

  1. Je comprends à la lecture de ton texte pourquoi je ne prendrai jamais le chemin de Compostelle! Les émotions sont très bien décrites, tout comme les déambulations. J’aime beaucoup

  2. Moi non plus je ne suis pas prête de faire le chemin de Compostelle mais pour d’autres raisons : trop à la mode, trop de monde, des itinéraires pas toujours des plus jolis, etc.

  3. Oui, c’est aussi ça Compostelle, des périodes d’insécurités suivi de magnifiques moments de réconforts. Ça m’a rappelé d’excellents souvenirs. D’ailleurs, ça sent le vécu, ce récit, je doute que ce soit fictif. Excellent texte.

La parole est à vous !

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