Une vie périphérique – François Bégaudeau

Loin des récits catastrophistes ou, au contraire, trop optimistes sur la banlieue, François Bégaudeau raconte ici dans un style journalistique l’histoire de Fatima, une jeune femme comme tant d’autres qui vit une vie ordinaire et essaie d’aller de l’avant.

La mère de Fatima se marie une première fois en Algérie à l’âge de seize ans, avec un cousin. Elle a trois enfants puis, demande le divorce en raison du fort penchant pour l’alcool de son époux. Sans ressources, elle laisse ses beaux-parents partir en France avec ses trois enfants. C’est un véritable déchirement mais elle n’a pas d’autre choix. Un an et demi plus tard, elle obtient un visa et débarque à Paris. Elle fait des ménages et met de l’argent de côté pour aller voir ses enfants au Havre aussi souvent que possible. C’est à Paris qu’elle rencontre son nouveau mari et met au monde des jumeaux, Mehdi et Fatima.

Pendant toute son enfance, Fatima voit son père malade et sa mère travailler durement. Son bac STT en poche, elle multiplie les missions d’intérim. Les levers à l’aube, les kilomètres à pied pour aller à l’usine, le travail à la chaîne, la fatigue, elle connaît déjà alors qu’elle est encore bien jeune. Elle intègre quelques temps plus tard une école d’infirmière. Elle s’accroche mais elle n’est pas aidée. Fatima prend le train à 5h30 le matin et rentre à 20h le soir. Comme réussir des études dans ces conditions ?

Elle finit par abandonner et décide de partir de la maison, de prendre son envol. Elle trouve un emploi comme hôtesse de caisse au Auchan de Neuilly-Plaisance et s’installe dans un petit deux pièces. Elle gravit les échelons et s’occupe en plus d’une jeune femme handicapée. Le cinéma est un de ses seuls loisirs, avec les sorties entre copines de temps en temps ou une balade à Paris.

En une vingtaine de pages à peine, François Bégaudeau nous raconte une vie ordinaire. On se rend bien compte à travers ce texte qu’on n’a pas tous les mêmes chances au départ. Si Fatima fait un bac STT, ce n’est pas parce qu’elle ne peut pas aller en filières générales, c’est parce qu’elle suit ses copines, que ses parents ne sont pas derrière pour l’inciter à faire autre chose et que la conseillère d’orientation et les profs n’interviennent pas dans sa décision, etc. Si ensuite elle travaille au lieu de poursuivre des études en BTS c’est parce que la gestion (matière essentielle en bac STT)  ne lui plaît pas et qu’elle a besoin d’argent. Quand elle réussit à intégrer une école d’infirmière, celle-ci est privée ce qui signifie des frais de scolarité importants. En plus, cette école est tellement loin de chez elle qu’elle ne peut pas étudier dans de bonnes conditions. Inutile de dire que ses parents n’ont pas les moyens de lui payer un logement étudiant…

La jeune femme n’est cependant pas malheureuse. Elle gagne sa vie et peut s’offrir quelques loisirs. Elle est donc aussi loin de l’image catastrophiste que l’on donne des jeunes de banlieue dans les médias que des réussites exceptionnelles. Une vie ordinaire en somme, une vie comme Monsieur ou Madame tout le monde avec ses joies et ses peines.

Pas besoin, une fois de plus, de longs palabres sur la banlieue. Une vie périphérique de François Bégaudeau suffit à en dire beaucoup sur le sujet et c’est peut être plus parlant encore.

BÉGAUDEAU, François, Une vie périphérique, Storylab, 2012.

7 réflexions sur « Une vie périphérique – François Bégaudeau »

  1. @Valérie : Ah bon, pourquoi ? A cause de « Entre les murs » ?
    @antigone : je ne sais pas si c’est disponible sur papier. En tous cas, je l’ai lu en version numérique.
    @Alex : ce n’est pas un roman, plutôt un reportage journalistique, mais c’est certain, c’est bien loin des gros titres !!!
    @Midola : je ne l’avais jamais lu non plus jusqu’ici.

La parole est à vous !

%d blogueurs aiment cette page :